Le 4 juin 2026 marque le 37ᵉ anniversaire de la répression sanglante de la place Tiananmen à Pékin, un événement dont la mémoire est désormais strictement contrôlée en Chine continentale, selon RFI. À Hong Kong, où des milliers d’activistes s’étaient réfugiés après 1989, les commémorations traditionnelles subissent depuis six ans un étouffement progressif, sous l’effet de la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin en 2020.
Ce qu'il faut retenir
- Le 4 juin 2026 correspond au 37ᵉ anniversaire du massacre de Tiananmen, dont la répression a fait plusieurs centaines, voire milliers de morts selon les estimations.
- Hong Kong, ex-colonie britannique, était devenue après 1989 un lieu central des commémorations, notamment au parc Victoria.
- Depuis 2020, la loi sur la sécurité nationale impose à Hong Kong des restrictions drastiques sur les rassemblements publics.
- Les veillées commémoratives au parc Victoria sont désormais interdites, et leurs organisateurs risquent jusqu’à 10 ans de prison.
- Plusieurs figures de l’opposition hongkongaise sont actuellement jugées pour leur rôle dans ces commémorations.
La loi sur la sécurité nationale, outil de répression des mémoires contestataires
Adoptée en 2020 sous la pression de Pékin, la loi sur la sécurité nationale a profondément transformé l’espace public hongkongais. Elle criminalise désormais toute forme d’expression jugée subversive par le gouvernement chinois, y compris les hommages aux victimes de Tiananmen. RFI souligne que cette législation a permis de dissoudre des organisations pro-démocratie et de limiter drastiquement les libertés de réunion et d’expression, autrefois emblématiques de l’identité hongkongaise.
Dans ce contexte, les commémorations du 4 juin, autrefois autorisées et massivement suivies, sont désormais interdites au parc Victoria, un lieu symbolique où des milliers de bougies étaient allumées chaque année en mémoire des victimes. Les autorités locales justifient cette interdiction par le risque de « troubles à l’ordre public », une rhétorique désormais récurrente pour étouffer toute contestation.
Des militants jugés pour avoir commémoré un événement historique
Plusieurs organisateurs de veillées commémoratives sont aujourd’hui sous le coup de poursuites judiciaires. Parmi eux figurent des figures connues de l’opposition, comme Chow Hang-tung, une avocate et militante condamnée en 2023 pour avoir participé à une commémoration non autorisée. Selon RFI, ces procédures pourraient aboutir à des peines de prison allant jusqu’à 10 ans, en vertu des dispositions de la loi sur la sécurité nationale.
Les avocats de la défense dénoncent une instrumentalisation de la justice pour faire taire toute velléité de mémoire. « Ces procès sont une tentative claire de faire disparaître toute trace de Tiananmen à Hong Kong », a déclaré Law Yuk-kai, directeur de l’organisation Human Rights Monitor, à RFI. Pour les autorités hongkongaises, il s’agit au contraire d’éviter les provocations et de préserver la « stabilité » de la région, un argument récurrent depuis l’adoption de la loi.
Un tournant dans la mémoire collective hongkongaise
Avant 2020, Hong Kong était le seul territoire chinois où les commémorations de Tiananmen pouvaient se tenir openly. Chaque 4 juin, des milliers de personnes se rassemblaient au parc Victoria, allumant des bougies et scandant des slogans en mémoire des victimes. Ces rassemblements étaient devenus un symbole de la résistance hongkongaise face à Pékin. RFI rappelle que, en 2019 encore, plus de 180 000 personnes avaient participé à la veillée, selon les organisateurs.
Désormais, les possibilités de commémoration se réduisent comme peau de chagrin. Les quelques initiatives qui persistent, comme des rassemblements discrets ou des hommages en ligne, sont systématiquement réprimées. Les musées locaux, autrefois lieux de mémoire, ont vu leurs expositions sur Tiananmen censurées ou retirées. « Hong Kong perd peu à peu sa mémoire collective », déplore un ancien manifestant, cité par RFI sous couvert d’anonymat.
Les commémorations de Tiananmen à Hong Kong illustrent ainsi le basculement progressif de l’ancienne colonie britannique sous l’emprise autoritaire de Pékin, où la mémoire historique est désormais soumise à la censure d’État.
Adoptée en juin 2020, cette loi impose à Hong Kong des restrictions sévères sur les libertés politiques, notamment la liberté d’expression, de réunion et d’association. Elle criminalise toute activité jugée subversive par Pékin, avec des peines pouvant aller jusqu’à la prison à perpétuité.