Trois ans après le passage dévastateur du cyclone Daniel en Libye, qui avait révélé l’état de délabrement des infrastructures du pays, la reconstruction avance lentement mais les séquelles restent profondes. Ce drame, survenu en septembre 2023, avait causé des milliers de morts et mis en lumière l’abandon des barrages, certains datant des années 1970. Selon France 24, qui a recueilli le témoignage de Clémence Waller, le chemin vers la résilience s’avère semé d’embûches, entre retards administratifs et besoins colossaux en investissements.
Ce qu'il faut retenir
- Le cyclone Daniel, survenu en septembre 2023, a causé des milliards de dollars de dégâts et des milliers de victimes en Libye.
- Les barrages défaillants, construits dans les années 1970, ont été pointés du doigt comme l’une des causes principales des inondations catastrophiques.
- La reconstruction, bien qu’entamée, se heurte à des retards et à un manque chronique de financements publics et privés.
- Les autorités libyennes, divisées entre deux gouvernements rivaux, peinent à coordonner les efforts de relance.
- Les populations locales, encore traumatisées, réclament des comptes sur la gestion de cette crise.
Un désastre humain et matériel aux conséquences durables
Le 10 septembre 2023, le cyclone Daniel frappait la côte est de la Libye, notamment les villes de Derna, Benghazi et Soussa. Les pluies diluviennes, combinées à la rupture de deux barrages obsolètes près de Derna, avaient provoqué des inondations d’une violence inouïe. Plus de 4 000 morts avaient été recensés, selon les bilans officiels, tandis que des milliers de personnes disparaissaient encore à ce jour. « Le bilan humain reste incertain, mais le traumatisme est indélébile », a souligné Clémence Waller, auteure d’un reportage pour France 24.
Côté infrastructures, les dégâts étaient colossaux : routes emportées, hôpitaux endommagés, réseaux d’eau et d’électricité paralysés. Les barrages de Derna et de Abou Mansour, construits il y a plus de cinquante ans, n’avaient jamais fait l’objet de rénovations majeures. Leur effondrement avait aggravé une situation déjà critique, révélant l’incurie des décennies de négligence. « Ces ouvrages étaient des bombes à retardement », a rappelé un expert en hydraulique cité par France 24.
Une reconstruction au ralenti, entravée par des divisions politiques
Trois ans après la catastrophe, les promesses de reconstruction peinent à se concrétiser. Les autorités libyennes, divisées entre le gouvernement d’union nationale basé à Tripoli et les autorités rivales de l’Est, peinent à s’accorder sur une stratégie commune. Les fonds internationaux, bien que mobilisés, arrivent au compte-gouttes. Selon des chiffres relayés par France 24, seulement 30 % des projets prévus ont été lancés, et moins de 15 % achevés.
Les habitants, eux, expriment leur frustration. À Derna, des familles continuent de vivre dans des abris de fortune, faute de logements décents. « On nous avait promis des aides, mais nous n’avons rien vu », témoigne un père de famille interrogé par France 24. Les associations locales dénoncent un manque de transparence dans la gestion des fonds alloués à la reconstruction. Le gouvernement de Tripoli a pourtant annoncé un plan d’urgence de 2,5 milliards de dollars, mais sa mise en œuvre reste chaotique.
Un pays encore sous le choc, entre traumatisme et espoir
Au-delà des chiffres, le cyclone Daniel a laissé des cicatrices profondes dans la société libyenne. Les survivants décrivent une angoisse permanente face aux intempéries, tandis que les autorités tentent de restaurer la confiance. Des campagnes de sensibilisation sur les risques d’inondation ont été lancées, mais leur impact reste limité. « Les Libyens ont appris à vivre avec l’incertitude », confie un psychologue travaillant dans la région.
Pourtant, des signes d’espoir émergent. Des ONG locales, soutenues par des donateurs internationaux, ont restauré des écoles et des centres de santé. À Benghazi, un projet de modernisation des systèmes d’alerte météo a été lancé en 2025. Mais pour les experts, ces initiatives restent insuffisantes sans une véritable volonté politique.
La question des barrages, elle, reste entière : leur rénovation complète pourrait prendre dix ans, selon les estimations. En attendant, les Libyens doivent composer avec un environnement toujours aussi fragile.
Les inondations catastrophiques de septembre 2023 à Derna sont principalement attribuées à la rupture de deux barrages obsolètes, construits dans les années 1970, combinée à des pluies diluviennes liées au cyclone Daniel. Ces ouvrages, non entretenus depuis des décennies, n’ont pas résisté à la pression des eaux, aggravant une situation déjà critique.