Trois gynécologues-obstétriciens ont publié une tribune dans Le Monde pour critiquer la manière dont l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a analysé le lien entre la fermeture des petites maternités et l’augmentation de la mortalité infantile en France. Selon eux, l’institution aurait minimisé l’impact de ces fermetures sur la santé des nouveau-nés et des mères.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois gynécologues-obstétriciens dénoncent une analyse de l’IGAS jugée incomplète sur la mortalité infantile.
  • Ils estiment que la fermeture des petites maternités a été négligée dans le rapport de l’inspection.
  • La tribune, publiée dans Le Monde, remet en cause les conclusions officielles.
  • Les signataires rappellent que la taille d’une maternité ne détermine pas mécaniquement la mortalité infantile.

Dans leur tribune, les trois spécialistes — le Pr Jean-Marie Jouannic, le Dr François Goffinet et le Dr Olivier Parant — soulignent que l’IGAS n’a pas suffisamment pris en compte le rôle des petites structures dans l’accès aux soins obstétricaux. D’après eux, la centralisation des naissances dans de grands centres hospitaliers pourrait, au contraire, aggraver certains risques pour les patientes et les nouveau-nés. « Personne n’a soutenu que la taille d’une maternité détermine mécaniquement la mortalité infantile », rappellent-ils, tout en reconnaissant que la qualité des soins dépend avant tout des moyens humains et matériels disponibles.

Leur prise de position intervient après la publication, en juin 2026, d’un rapport de l’IGAS pointant une hausse de la mortalité infantile en France. L’institution avait alors mis en avant plusieurs facteurs, dont la réduction du nombre de maternités, sans établir de lien direct de causalité. Les trois gynécologues-obstétriciens estiment que cette analyse occulte des réalités locales, notamment dans les zones rurales ou les territoires sous-dotés en grands établissements. « La fermeture de petites maternités a souvent entraîné une augmentation des transferts in utero, ce qui peut retarder la prise en charge des urgences obstétricales », explique le Pr Jouannic.

Un débat récurrent sur l’organisation des soins obstétricaux

La question de l’organisation des maternités en France est un sujet récurrent depuis plusieurs années. Entre 2010 et 2026, près de 150 maternités ont fermé leurs portes, principalement en raison de difficultés financières ou de normes sanitaires jugées trop strictes. Cette tendance s’inscrit dans une logique de rationalisation des coûts, mais elle a aussi suscité des inquiétudes quant à l’accessibilité des soins pour les femmes enceintes, en particulier dans les départements les moins urbanisés. Les trois signataires de la tribune rappellent que les petites maternités, souvent perçues comme moins performantes, jouent un rôle clé dans le maillage territorial des soins.

Pour étayer leur argumentaire, ils citent des études montrant que les transferts in utero, souvent nécessaires lorsque les petites structures ferment, peuvent être associés à une augmentation des complications néonatales. Selon eux, ces transferts, bien que justifiés par la recherche de compétences spécialisées, ne sont pas sans risque. « Un accouchement prématuré qui doit être transféré en urgence peut voir son pronostic s’aggraver », précise le Dr Goffinet. Ils appellent ainsi à une évaluation plus nuancée de l’impact des fermetures, en intégrant des critères autres que la seule mortalité infantile.

L’IGAS maintient sa position malgré les critiques

Interrogée par Le Monde, l’IGAS a indiqué que son rapport ne remettait pas en cause le rôle des petites maternités, mais qu’il visait à identifier les causes structurelles de la hausse de la mortalité infantile. « Notre analyse montre que la mortalité infantile est un phénomène complexe, influencé par de multiples facteurs », a déclaré un porte-parole de l’institution. L’IGAS a également rappelé que certaines petites maternités souffraient de difficultés récurrentes, comme un manque de personnel qualifié ou des équipements obsolètes, ce qui pouvait justifier leur fermeture.

Les trois gynécologues-obstétriciens reconnaissent ces problèmes, mais insistent sur la nécessité de ne pas sacrifier l’accessibilité des soins sur l’autel de l’efficacité. Ils proposent, entre autres, de renforcer les partenariats entre les petites et les grandes maternités, afin de garantir une prise en charge optimale sans éloigner les patientes de leur territoire. « Il ne s’agit pas de s’opposer à la modernisation, mais de veiller à ce qu’elle ne se fasse pas au détriment des patientes », conclut le Dr Parant.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes de ce débat dépendront en partie des réactions des autorités sanitaires. Une réunion est prévue en septembre 2026 au ministère de la Santé pour discuter des mesures à mettre en place afin de réduire la mortalité infantile. Plusieurs associations de patients et de professionnels de santé ont déjà annoncé leur intention de demander un audit indépendant sur l’impact des fermetures de maternités. Reste à voir si ces initiatives aboutiront à un réexamen des politiques publiques en matière de périnatalité.

Au-delà de ce cas précis, cette tribune illustre les tensions persistantes entre rationalisation des coûts et préservation de l’accès aux soins pour tous. Alors que la France compte parmi les pays européens où la mortalité infantile reste la plus élevée, la question de l’organisation des maternités pourrait revenir au cœur des débats politiques et médicaux dans les mois à venir.