Pour sa 50e édition, le Festival international du film d’animation d’Annecy accueille plus de 12 000 professionnels du secteur, dont trois réalisateurs iraniens. Arrivés de Téhéran cette semaine après avoir surmonté d’importantes difficultés logistiques, Aghil Hosseinian, Pooya Afzali et Sogol Sanagoo ont été reçus à Paris par Franceinfo - Culture, qui retrace leur parcours semé d’embûches.
Ce qu'il faut retenir
- 900 euros par billet : le coût des vols de Téhéran vers l’Europe a triplé en un an en raison de la guerre, contraignant les trois artistes à puiser dans leurs économies.
- Le studio d’animation de Aghil Hosseinian, autrefois employeur de 15 personnes, ne compte plus que deux salariés faute de moyens.
- Pooya Afzali présente cette année Chance, un court-métrage sur le rôle du hasard dans les conflits et les maladies, né de bouleversements personnels et géopolitiques.
- Les trois artistes espèrent, grâce à Annecy, retrouver une forme de normalité et rencontrer des producteurs pour financer de futurs projets.
Un voyage coûteux et périlleux
Arriver à Annecy n’a pas été une mince affaire pour les trois Iraniens. Entre la rareté des vols au départ de Téhéran et leur prix exorbitant — 900 euros par personne, un montant trois fois supérieur à celui de l’an dernier —, les obstacles logistiques se sont accumulés. « Le festival a dû intervenir auprès de l’ambassade de France pour obtenir nos visas », confie Aghil Hosseinian, casquette et chemisier à fleurs, visiblement soulagé de fouler le sol français. « On a mis toutes nos économies dans les billets », ajoute Pooya Afzali, qui avait remporté un prix à Annecy en 2025 avec At Night.
Le contexte géopolitique pèse lourdement sur leur quotidien. La guerre entre l’Iran et Israël, déclenchée fin 2025, a bouleversé leur environnement professionnel et personnel. Pour Pooya Afzali, ce conflit a coïncidé avec l’annonce du cancer de son père, deux chocs qui ont inspiré son nouveau film, Chance. « Je pense que le hasard écrit bien plus l’histoire que toutes les technologies et les connaissances qu’on a développées », explique-t-il. « Avec presque rien, on a créé quelque chose ».
L’art en sursis en Iran
La situation économique en Iran a profondément fragilisé le secteur de l’animation. « Avant la guerre, nous avions un grand studio avec 15 employés », raconte Aghil Hosseinian. « Aujourd’hui, on ne peut plus payer les salaires ni le loyer. On est réduits à deux dans un studio quatre fois plus petit ». Les bombardements et l’instabilité rendent toute planification impossible, y compris pour la population civile. « Ce qu’on ne voit pas à la télévision, c’est qu’il est désormais impossible de prévoir quoi que ce soit », souligne-t-il.
Sogol Sanagoo, aux cheveux roses, travaille à ses côtés sur une série en pâte à modeler. « On ne va pas gagner », admet-elle, lucide quant à la qualité des concurrents. « Mais à Annecy, on espère rencontrer d’autres réalisateurs comme nous, retrouver un peu de normalité. En temps de guerre, on ne peut rien créer et on oublie qui on est vraiment ». Pour ces artistes, le festival représente une parenthèse vitale, une bouffée d’oxygène avant un retour incertain en Iran.
Un espoir fragile
L’accord de paix signé récemment entre l’Iran et les États-Unis divise. « Ça ne me fait ni chaud ni froid », confie Aghil Hosseinian. « Ça ne dépend pas de nous. Avec un peu d’espoir, à notre retour, on pourra relancer des projets et gagner de l’argent ». Pour l’heure, l’art reste leur dernier refuge, une échappatoire face à un quotidien marqué par l’incertitude.
Leur présence à Annecy est aussi un moyen de renouer avec une communauté internationale. « On veut être nous-mêmes, normaux, juste le temps d’une semaine », insiste Sogol Sanagoo. « Et peut-être rencontrer des producteurs qui nous aideront à financer nos prochains travaux ». Leur studio, autrefois dynamique, n’a plus les moyens de survivre. Sans soutien extérieur, leurs projets risquent de s’éteindre.
Leur histoire illustre les défis auxquels font face les créateurs dans les zones de guerre : concilier l’urgence de la survie avec le besoin irrépressible de s’exprimer. Reste à voir si cette édition d’Annecy leur offrira plus qu’une parenthèse éphémère.
Selon Franceinfo - Culture, le prix moyen d’un billet s’élève à 900 euros, soit trois fois plus qu’en 2025 en raison des tensions géopolitiques.
Pooya Afzali présente son court-métrage Chance, tandis que Aghil Hosseinian et Sogol Sanagoo exposent une série en pâte à modeler encore en développement.