Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump multiplie les initiatives visant à redessiner la carte du monde, de l’Amérique du Nord jusqu’aux confins du Moyen-Orient. Selon BMF - International, cette série de mesures – rebaptisements de territoires, revendications territoriales ou encore manipulation de représentations cartographiques – s’inscrit dans une logique plus large de maîtrise des routes stratégiques et des ressources, bien au-delà d’une simple provocation.

Le président américain a notamment annoncé le 25 août 2026, via son réseau Truth Social, son intention de renommer le lac Ontario, partagé entre les États-Unis et le Canada, en « lac Amérique ». Une déclaration qui s’ajoute à d’autres annonces symboliques, comme la renomination du golfe du Mexique en « golfe de l’Amérique » dès son retour à la présidence en janvier 2026, ou encore la volonté affichée d’annexer le Canada pour en faire le 51e État américain. Ces initiatives, analysées par Maud Quessard, directrice du domaine « Europe, espace transatlantique, Russie » à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem), révèlent une stratégie géopolitique structurée, loin de l’image d’un président impulsif.

Ce qu'il faut retenir

  • Renommages symboliques : golfe du Mexique rebaptisé « golfe de l’Amérique », lac Ontario appelé « lac Amérique », ou encore projet de renommer le détroit d’Ormuz en « détroit de Trump ».
  • Revendications territoriales : projets d’annexion du Canada, achat envisagé du Groenland, réaffirmation des prétentions américaines sur le canal de Panama et la bande de Gaza.
  • Cadre stratégique : ces mesures s’inscrivent dans la Stratégie de sécurité nationale (décembre 2025) et la Stratégie de défense nationale (janvier 2026), réactivant la doctrine Monroe sous une forme réinterprétée par l’administration Trump.
  • Instrument de puissance : les cartes, souvent générées par intelligence artificielle, servent à façonner un récit visuel de domination, diffusé via Truth Social.
  • Révisionnisme géographique : cette approche s’apparente à celle d’autres dirigeants autoritaires, comme Poutine, qui utilise aussi l’histoire et la géographie pour légitimer ses ambitions impérialistes.
  • Enjeux économiques : derrière ces annonces se profile une volonté de contrôler les nœuds logistiques, les routes maritimes et les ressources, au détriment de la Chine et de la Russie.

Une stratégie géopolitique déguisée en provocation

Pour Maud Quessard, ces renommements ne relèvent pas d’un simple caprice présidentiel, mais d’une « géopolitique des ressources » visant à affirmer la domination américaine. « Quand on regarde toutes les revendications territoriales qu’il a pu lancer – le fait de vouloir annexer le Canada et en faire le 51e État, vouloir récupérer le Groenland, se réintéresser à Panama, l’opération au Venezuela –, tout cela participe à la même logique de maîtriser les nœuds, les flux et les infrastructures », explique-t-elle. L’objectif ? Garantir l’accès des États-Unis aux géographies clés de l’hémisphère et en interdire le contrôle aux compétiteurs extérieurs, notamment la Chine et la Russie.

Cette approche s’est formalisée avec la publication, fin 2025 et début 2026, de deux documents stratégiques majeurs : la Stratégie de sécurité nationale et la Stratégie de défense nationale. Dans ces textes, l’administration Trump réactive la doctrine Monroe, énoncée en 1823, qui interdisait toute ingérence européenne dans les Amériques. Mais sous Trump, cette doctrine est réinterprétée comme l’affirmation d’une zone d’influence exclusive pour Washington, que l’équipe présidentielle qualifie désormais de « corollaire Trump à la doctrine Monroe ».

Les cartes, outils d’un récit impérialiste

Au-delà des déclarations, Donald Trump utilise des représentations cartographiques pour matérialiser ses ambitions. En janvier 2026, un photomontage diffusé sur Truth Social présentait le Venezuela comme le 51e État américain, recouvert du drapeau étoilé. Un mois plus tôt, le détroit d’Ormuz était renommé « détroit de Trump » sur des cartes générées par IA. «

Ce qui compte, c’est le récit que Trump porte avec ses cartes : il utilise souvent des cartes […] pour mettre en scène ce qu’il raconte. […] La carte devient un instrument du récit de sa puissance.
», souligne Maud Quessard.

Ces images, bien que juridiquement sans valeur – les renommages ne sont pas reconnus par le droit international –, servent un double objectif. D’une part, elles renforcent la légitimité interne du président en donnant une apparence de réalisation à ses promesses. D’autre part, elles façonnent une narration géopolitique où les États-Unis apparaissent comme une puissance incontournable, voire expansionniste. «

Il suffit qu’il le dise pour que ce soit dit : il renomme au mépris des règles du droit international et des instances de normalisation des noms géographiques.
», précise l’experte.

Un phénomène partagé avec d’autres puissances autoritaires

Cette stratégie n’est pas isolée. Selon Maud Quessard, d’autres dirigeants, comme Vladimir Poutine, recourent au même procédé : instrumentaliser l’histoire et la géographie pour justifier des ambitions territoriales. «

La Russie, la Chine et les États-Unis utilisent le même instrument, c’est-à-dire le récit comme ressource de puissance, même si les régimes et les moyens employés n’ont rien de comparable.
» Dans ce contexte, la compétition entre empires ne se mesure plus seulement à l’étendue des territoires, mais au contrôle des « nœuds, des routes et des ressources ».

Pour l’experte, cette approche révèle une « compétition des empires » où la toponymie et la cartographie deviennent des armes symboliques. « Derrière le récit de puissance, il y a un récit d’empire », résume-t-elle. Une lecture qui éclaire les motivations profondes de Trump, bien au-delà des déclarations anecdotiques.

Et maintenant ?

Ces annonces pourraient s’intensifier à l’approche des prochaines échéances électorales, notamment si la guerre commerciale avec le Canada ou les tensions avec la Chine s’aggravent. La publication de nouvelles cartes ou la multiplication des revendications territoriales restent des outils probables pour maintenir la pression géopolitique. Reste à voir si cette stratégie, bien que symbolique, aura un impact durable sur les relations internationales – ou si elle se heurtera à la réalité des alliances traditionnelles des États-Unis.

L’administration Trump pourrait également tenter de formaliser certaines de ces revendications via des décrets ou des projets de loi, bien que leur application concrète reste incertaine. Une chose est sûre : l’usage de la cartographie comme outil de pouvoir s’inscrit dans une tendance plus large, où les représentations du monde deviennent aussi stratégiques que les territoires qu’elles décrivent.