Un tribunal tunisien a rendu jeudi 4 juin 2026 un jugement historique dans l’affaire des assassinats politiques de 2013, condamnant 35 personnes à des peines allant de dix ans de prison à la perpétuité. Selon France 24, ces condamnations concernent la constitution et la participation à une organisation terroriste, liée aux meurtres de deux figures de la gauche tunisienne, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Parmi les condamnés figurent des anciens cadres sécuritaires, ainsi que des responsables politiques de premier plan, dont le chef du parti islamiste Ennahda, Rached Ghannouchi, et l’ex-ministre de l’Intérieur et ancien chef du gouvernement, Ali Larrayedh.

Ce qu'il faut retenir

  • 35 condamnations prononcées pour terrorisme dans l’affaire des assassinats de 2013.
  • Les peines varient de dix ans de prison à la perpétuité.
  • Parmi les condamnés : Rached Ghannouchi (chef d’Ennahda) et Ali Larrayedh (ex-ministre de l’Intérieur).
  • Les victimes sont Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, deux figures de la gauche tunisienne.
  • Les faits remontent à 2013, une période marquée par une forte instabilité politique en Tunisie.

Un procès historique pour la justice tunisienne

La décision de justice intervient plus de dix ans après les assassinats ciblés de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, survenus respectivement les 6 février et 25 juillet 2013. Ces meurtres avaient profondément ébranlé la Tunisie, alors en pleine transition démocratique après la révolution de 2011. Les deux hommes, tous deux figures de l’opposition de gauche, étaient des critiques virulents du parti Ennahda, alors au pouvoir. Selon l’accusation, les crimes auraient été commandités par des membres d’une organisation terroriste visant à déstabiliser le pays.

Parmi les 35 condamnés, on compte d’anciens responsables sécuritaires, des militants islamistes et des cadres politiques. Le tribunal a retenu contre eux les chefs d’accusation de constitution et participation à une organisation terroriste, ainsi que d’assassinat dans le cadre d’un complot visant à semer le chaos politique. Les peines les plus lourdes, dont la perpétuité, ont été prononcées à l’encontre des principaux instigateurs présumés du réseau terroriste.

Les figures politiques au cœur de l’affaire

L’ancien chef du gouvernement Ali Larrayedh, qui a dirigé le ministère de l’Intérieur entre 2011 et 2013, a écopé d’une peine de trente ans de prison. Quant à Rached Ghannouchi, leader historique du mouvement Ennahda, il a été condamné à la perpétuité, une décision qui intervient alors que son parti, bien que marginalisé politiquement, reste un acteur majeur de la scène politique tunisienne. Ces condamnations soulèvent des questions sur les responsabilités politiques et sécuritaires de l’époque.

Les avocats de la défense devraient faire appel de la décision, selon plusieurs observateurs. Pour Brahim Belghith, avocat au barreau de Paris et de Tunis, et président de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, interrogé par France 24, ce jugement marque « un tournant dans la lutte contre le terrorisme en Tunisie, mais aussi un test pour l’État de droit ». Il a souligné que « l’instruction a permis de mettre en lumière des réseaux complexes, impliquant à la fois des éléments sécuritaires et des groupes armés ».

Un contexte politique toujours fragile

Les assassinats de 2013 avaient plongé la Tunisie dans une crise politique sans précédent, avec des manifestations massives et des tensions entre partisans et opposants du gouvernement islamiste. Aujourd’hui, bien que le pays ait connu une stabilisation relative, les divisions politiques restent vives. Le procès et les condamnations interviennent alors que la Tunisie tente de tourner la page d’une décennie marquée par l’instabilité, les attentats terroristes et les luttes de pouvoir.

Les organisations de défense des droits de l’homme, comme Amnesty International, ont déjà réagi en appelant à un « procès équitable » et à la protection des droits des accusés. « Les condamnations doivent s’appuyer sur des preuves tangibles et des procédures conformes aux standards internationaux », a rappelé une porte-parole de l’ONG. De son côté, le gouvernement tunisien n’a pas encore réagi officiellement à cette décision de justice.

Et maintenant ?

Les condamnations devraient donner lieu à des appels, ce qui pourrait prolonger le processus judiciaire sur plusieurs mois, voire des années. Une procédure en appel est attendue dans les six prochains mois, selon des sources judiciaires proches du dossier. Par ailleurs, cette affaire pourrait relancer le débat sur la responsabilité des institutions tunisiennes dans la lutte contre le terrorisme, notamment au regard des lacunes sécuritaires de l’époque. Enfin, les réactions internationales, notamment de l’Union européenne et des États-Unis, pourraient influencer la perception de ce jugement à l’étranger.

Cette décision judiciaire intervient dans un contexte où la Tunisie cherche à renforcer sa lutte contre le terrorisme, tout en préservant ses acquis démocratiques. Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer l’impact politique et social de ce verdict.

Selon l’accusation, Rached Ghannouchi a été reconnu coupable de constitution et participation à une organisation terroriste ayant planifié les assassinats de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi en 2013. Les procureurs ont estimé qu’il était l’un des principaux instigateurs du réseau, bien qu’aucune preuve directe de son implication personnelle dans les meurtres n’ait été rendue publique à ce stade.