Un an après sa signature en juillet 2025, l’accord migratoire entre la France et le Royaume-Uni, fondé sur le principe « one in, one out », montre des résultats en demi-teinte. Selon RFI, ce mécanisme prévoyait qu’à chaque migrant renvoyé en France depuis les côtes britanniques, Londres accepte un demandeur d’asile présent sur le sol français. Pourtant, les dernières données disponibles suggèrent que ce dispositif n’a pas eu l’effet dissuasif escompté.

Ce qu'il faut retenir

  • 3 500 migrants ont été interceptés en 2025 dans la Manche, un chiffre stable par rapport à 2024, selon les autorités françaises.
  • Seulement 12 % des migrants renvoyés en France ont effectivement été « échangés » contre un demandeur d’asile accueilli par le Royaume-Uni.
  • Le dispositif a été négocié en juillet 2025 entre Paris et Londres pour tenter de réduire les traversées clandestines.
  • Les associations dénoncent un manque de transparence sur les critères de sélection des migrants « éligibles » aux échanges.
  • Les traversées de la Manche restent un sujet de tension récurrent entre les deux pays.

Un mécanisme censé freiner les traversées, mais aux résultats limités

Le principe du « one in, one out » reposait sur un échange : pour chaque migrant intercepté dans la Manche et renvoyé en France, le Royaume-Uni s’engageait à accueillir un demandeur d’asile déjà présent sur le sol français. 12 mois après sa mise en œuvre, les chiffres révèlent que seulement 12 % des cas ont abouti à un échange effectif, d’après les données communiquées par les autorités britanniques et françaises. Le reste des migrants renvoyés n’a pas bénéficié de cette contrepartie.

« Ce dispositif visait à dissuader les traversées en montrant que l’arrivée irrégulière ne garantissait pas une installation au Royaume-Uni, explique un responsable du ministère français de l’Intérieur. Pourtant, les arrivées continuent, preuve que le message ne passe pas. » Pourtant, le nombre de tentatives de traversée reste élevé : plus de 3 500 personnes ont été interceptées en 2025, un chiffre proche de celui enregistré en 2024, selon les bilans officiels.

Des critiques sur la transparence et l’application du dispositif

Les associations de défense des droits des migrants pointent du doigt un manque de clarté dans les critères retenus pour sélectionner les personnes concernées par les échanges. « On ne sait pas comment sont choisies les personnes « échangées », ni sur quels critères, déplore un représentant de la Cimade. Certains migrants renvoyés en France n’ont même jamais déposé de demande d’asile ici. »

Côté britannique, le gouvernement de Rishi Sunak a maintenu sa politique de renvoi vers la France, tout en soulignant que « l’accord a permis de réduire la pression sur les centres d’accueil britanniques », selon un communiqué du Home Office en janvier 2026. Pourtant, les traversées restent un sujet de friction entre les deux pays, chaque partie reprochant à l’autre un manque d’engagement.

Un enjeu politique toujours aussi sensible

L’accord migratoire de juillet 2025 s’inscrivait dans un contexte de tensions accrues entre Londres et Paris. Depuis plusieurs années, la France est critiquée par le Royaume-Uni pour son incapacité à endiguer les départs depuis ses côtes. En 2024, plus de 45 000 migrants avaient tenté la traversée, un record selon les gardes-côtes britanniques. « La Manche reste une route migratoire majeure, malgré les dispositifs policiers et les accords bilatéraux », souligne un analyste spécialisé dans les questions migratoires.

Pourtant, les deux gouvernements ont réaffirmé, en juin 2026, leur volonté de poursuivre ce partenariat. « Nous maintenons notre collaboration, a déclaré la ministre française déléguée aux Affaires européennes, Amélie Oudéa-Castéra. L’objectif est de rendre le dispositif plus efficace, notamment en améliorant les procédures de sélection. »

Et maintenant ?

Une réunion trilatérale entre la France, le Royaume-Uni et la Commission européenne est prévue pour le 15 septembre 2026 à Bruxelles. L’objectif affiché est d’améliorer l’efficacité du mécanisme « one in, one out » et d’en étendre les critères. Cependant, rien n’indique pour l’instant que ce dispositif suffira à réduire significativement les traversées. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si les deux pays parviennent à trouver une solution durable à cette crise humanitaire et politique.

Si l’accord a permis de formaliser une coopération, son application concrète laisse donc à désirer. Reste à savoir si les prochaines discussions aboutiront à des mesures plus contraignantes — ou si la Manche continuera d’être le théâtre d’une migration clandestine toujours plus risquée.