Une femme de 59 ans a découvert, après des décennies de symptômes respiratoires inexpliqués, qu’un petit gobelet en plastique d’un service à manger Barbie s’était logé dans ses bronches à l’âge de 8 ans. Ce cas, le plus long de rétention d’un corps étranger dans les voies respiratoires jamais documenté dans la littérature médicale, a été rapporté par Futura Sciences le 29 août 2026.

Les symptômes, apparus peu après l’inhalation accidentelle de l’objet, ont persisté toute sa vie, entraînant des complications pulmonaires graves. Pourtant, ce n’est qu’à l’automne 2025, après des décennies de mauvais diagnostics, qu’une bronchoscopie a permis d’identifier et de retirer la tasse Barbie incrustée dans ses bronches.

Ce qu'il faut retenir

  • Un cas médical sans précédent : 51 ans de rétention d’un corps étranger dans les bronches, jamais documenté auparavant.
  • La patiente, aujourd’hui 59 ans, avait inhalé une tasse Barbie à 8 ans, déclenchant des symptômes respiratoires persistants.
  • Les radiographies étaient inutiles pour détecter l’objet, radiotransparent, expliquant l’échec des diagnostics antérieurs.
  • Le tabagisme passé et un diagnostic erroné de BPCO ont retardé la prise en charge pendant des années.
  • La bronchoscopie a permis de retirer l’objet, mettant fin à 51 ans de complications pulmonaires.
  • Les médecins soulignent les biais de diagnostic liés au sexe, la patiente ayant vu ses symptômes minimisés à plusieurs reprises.

Cinquante et un ans de symptômes inexpliqués

La patiente a consulté pour la première fois un service de pneumologie en 2025, adressée pour suspicion de lésion bronchique. Depuis son enfance, elle souffrait de problèmes respiratoires récurrents : plusieurs pneumonies dans son enfance, suivies d’une relative accalmie à l’adolescence, puis d’une aggravation progressive à l’âge adulte. Entre 2017 et 2025, elle a subi cinq cures d’antibiotiques et de multiples hospitalisations pour des épisodes de pneumonie sévère.

Les examens réalisés sur huit ans ont révélé tantôt une densification, tantôt un affaissement partiel du poumon droit. Ces symptômes ont été attribués à son tabagisme passé (un paquet par jour pendant huit ans, arrêté il y a 31 ans) et à un diagnostic erroné de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Pourtant, la cause réelle était bien plus ancienne : l’inhalation d’un corps étranger à 8 ans, qu’elle avait signalée à plusieurs reprises sans que cela ne soit pris au sérieux.

Un objet radiotransparent et une forme trompeuse

Les médecins expliquent que la tasse Barbie, de forme conique, s’est logée profondément dans les bronches sans provoquer de complication immédiate grave. Son invisibilité sur les radiographies classiques — car en plastique non opaque aux rayons X — a empêché tout diagnostic précoce. Les clichés thoraciques répétés n’ont jamais montré l’objet, laissant les médecins penser qu’il avait été expectoré naturellement.

Ce n’est qu’avec une bronchoscopie, réalisée en 2026, que l’équipe médicale a pu visualiser et retirer l’objet obstruant complètement les bronches RB9 et RB10. La patiente a confirmé avoir avalé accidentellement un gobelet en plastique d’un service à manger Barbie à l’âge de 8 ans, un épisode qu’elle avait mentionné à plusieurs médecins au fil des années, sans que cela ne soit investigué.

Les biais de diagnostic et le rôle du sexe dans la prise en charge

Dans leur compte-rendu publié par la revue Case Reports in Pulmonology, les médecins soulignent un retard diagnostique majeur, imputable en partie à des stéréotypes de genre. « Malgré un signalement clair de l’épisode d’inhalation dans l’enfance, ses symptômes ont été minimisés et elle n’a jamais été orientée vers des examens complémentaires », écrivent-ils. Ce retard a entraîné des complications pulmonaires irréversibles qui auraient pu être évitées.

Les auteurs rappellent que ce cas illustre l’importance d’explorer systématiquement la piste d’un corps étranger inhalé en cas de pneumonies récurrentes inexpliquées, surtout chez les femmes, dont les symptômes sont parfois banalisés. Ils citent d’autres symptômes évocateurs : toux chronique, sifflements respiratoires, essoufflement, fièvre ou crachats de sang, qui auraient dû alerter plus tôt.

Un pronostic amélioré après l’extraction

Six semaines après le retrait de la tasse Barbie, une bronchoscopie de contrôle a révélé des lésions persistantes mais atténuées. La patiente ne présentait plus de symptômes respiratoires, marquant une amélioration significative de son état. Les médecins recommandent une surveillance accrue et envisagent une intervention chirurgicale en cas de récidive de pneumonie.

Bien que le cas reste exceptionnel par sa durée, il rappelle que les corps étrangers des voies aériennes peuvent rester non diagnostiqués pendant des décennies. La forme de la tasse, s’étant parfaitement adaptée à la bronche, a contribué à éviter des complications plus graves qui auraient pu mener à une détection plus précoce.

Et maintenant ?

Ce cas pourrait inciter les pneumologues à systématiser les examens endoscopiques en cas de symptômes respiratoires inexpliqués, même après des décennies. Les spécialistes devraient-ils revoir leurs protocoles pour inclure plus systématiquement l’hypothèse d’un corps étranger inhalé ? La question reste ouverte, mais ce précédent médical pourrait accélérer les pratiques.

Un rappel pour la médecine moderne

Les auteurs concluent en insistant sur la nécessité de ne pas écarter trop vite les antécédents rapportés par les patients, surtout lorsque les symptômes persistent sans explication claire. Ce cas souligne aussi l’importance de la formation continue des médecins pour éviter les biais de diagnostic, qu’ils soient liés au sexe, à l’âge ou à des habitudes de pensée.

Enfin, il met en lumière les limites des examens d’imagerie classiques dans certains cas. La bronchoscopie, bien que plus invasive, reste l’examen de référence pour diagnostiquer des corps étrangers radiotransparents. Une piste à explorer systématiquement en cas de doute.

Un corps étranger radiotransparent est un objet qui ne bloque pas les rayons X, ce qui le rend invisible sur les radiographies classiques. Dans ce cas, la tasse Barbie en plastique ne pouvait pas être détectée par imagerie standard, nécessitant une bronchoscopie pour être identifiée.

Les précédents cas de rétention de corps étranger dans les bronches documentés dans la littérature médicale s’étendaient sur quelques années, rarement plus de deux décennies. 51 ans représente donc un record absolu, d’autant que la patiente n’a jamais été correctement diagnostiquée malgré des symptômes persistants.