Un fongicide largement utilisé dans les cultures européennes depuis son homologation en 2008, le fluazinam, pourrait présenter des risques neurotoxiques bien plus importants que ce qu’une étude initiale avait suggéré. C’est ce que révèlent des chercheurs suédois qui ont réanalysé les données d’un test mené en 2005, selon Courrier International. Leurs conclusions, publiées après une enquête menée en collaboration avec plusieurs médias internationaux, remettent en cause l’autorisation accordée par l’Union européenne il y a près de vingt ans.
Ce qu'il faut retenir
- Le fluazinam, un fongicide utilisé contre les maladies fongiques, a été autorisé par l’UE en 2008 après une étude de 2005 jugée insuffisante par des chercheurs suédois.
- Une réanalyse des mêmes données par l’université de Stockholm révèle des effets neurotoxiques chez les rats, contrairement aux conclusions initiales.
- L’étude de 2005, réalisée par Huntingdon Life Sciences pour le compte du fabricant ISK, n’avait pas établi de lien statistiquement significatif entre le fongicide et les troubles du développement cérébral.
- Les chercheurs Axel Mie et Christina Rudén assurent qu’il est impossible de reproduire les résultats de 2005 avec les données brutes disponibles.
- Une enquête conjointe de The Guardian, BR24, FF Südtirol et SVT a permis d’accéder aux nouvelles conclusions avant leur publication.
- Certains experts et organisations appellent désormais au retrait du produit en Europe.
Un fongicide autorisé sur la base d’une étude controversée
Le fluazinam est un fongicide utilisé dans plusieurs cultures pour lutter contre des maladies comme le mildiou ou la pourriture grise. Son autorisation par l’Union européenne en 2008 reposait sur une étude de neurotoxicité menée en 2005 par le laboratoire Huntingdon Life Sciences, pour le compte de l’entreprise japonaise ISK, son fabricant. À l’époque, l’étude concluait que les effets observés sur le développement cérébral des ratons n’étaient pas statistiquement significatifs, une conclusion suffisante pour obtenir l’homologation.
Pourtant, près de vingt ans plus tard, des chercheurs de l’université de Stockholm ont repris les mêmes données et appliqué les mêmes méthodes. Leur réanalyse, menée par le chimiste Axel Mie et la toxicologue Christina Rudén, a abouti à des conclusions radicalement différentes. « Il est impossible d’aboutir correctement aux résultats de l’étude de 2005 à partir des données brutes qu’elle contient », a déclaré Christina Rudén au Guardian.
Une méthodologie contestée et des conclusions opposées
L’enquête publiée par Courrier International révèle que les deux chercheurs suédois ont mis en lumière des effets négatifs sur le développement neurologique des animaux exposés au fluazinam. Contrairement à l’étude initiale, leurs travaux suggèrent que le fongicide pourrait altérer le développement cérébral des ratons, un risque qui n’avait pas été identifié à l’époque. Cette divergence s’explique notamment par une interprétation différente des données brutes et des méthodes statistiques utilisées.
Pour étayer leurs conclusions, Axel Mie et Christina Rudén ont collaboré avec plusieurs médias internationaux, dont The Guardian, la radio-télévision bavaroise BR24, le journal italien FF Südtirol et la chaîne suédoise SVT. Leur enquête conjointe a permis d’accéder à l’étude avant sa publication officielle, révélant ainsi les failles potentielles dans l’évaluation initiale du produit.
Des appels au retrait et des questions sur la réglementation européenne
Les nouvelles conclusions des chercheurs suédois ont relancé le débat sur la fiabilité des évaluations des pesticides en Europe. Selon The Guardian, certaines organisations et experts appellent désormais à un retrait immédiat du fluazinam, tandis que d’autres demandent une révision urgente des procédures d’homologation. « Certains demandent désormais le retrait du produit », précise le quotidien britannique.
Cette affaire soulève des questions plus larges sur les critères d’évaluation des substances chimiques par les autorités européennes. En effet, l’autorisation du fluazinam en 2008 reposait sur des données jugées aujourd’hui insuffisantes par une partie de la communauté scientifique. Les chercheurs suédois estiment que leur réanalyse met en lumière un manque de transparence dans l’accès aux données brutes, un point crucial pour garantir la fiabilité des évaluations.
Pour l’instant, le fluazinam reste autorisé dans l’UE, mais son avenir pourrait être remis en cause dans les mois à venir. Les agriculteurs et les industriels concernés suivront de près l’évolution de ce dossier, qui pourrait redéfinir les critères d’évaluation des pesticides en Europe.
Le fluazinam est un fongicide utilisé principalement dans les cultures de pommes de terre, de vignes, de fruits à noyau et de légumes pour lutter contre des maladies comme le mildiou ou la pourriture grise. Il est autorisé dans plusieurs pays européens, dont la France, l’Allemagne et l’Italie.