Un manuscrit autographe de Wolfgang Amadeus Mozart, disparu des radars pendant plus de deux siècles, sera joué pour la première fois ce dimanche 21 juin 2026 à l’occasion de la Fête de la musique. Deux musiciens de l’Orchestre philharmonique de Radio France interpréteront sept pièces pour flûte et harpe, ainsi que des exercices de composition, devant un public d’invités à la Bibliothèque nationale de France (BnF). Selon Franceinfo - Culture, ce cahier, redécouvert grâce à un conservateur de la BnF, révèle un pan méconnu de la pédagogie du compositeur autrichien.

Ce qu'il faut retenir

  • Un cahier autographe de Mozart, contenant sept pièces pour flûte et harpe et une douzaine de leçons de composition, a été redécouvert à la BnF.
  • Ces œuvres, composées entre mai et juillet 1778, étaient destinées à Marie-Louise-Philippine de Bonnières de Guînes, harpiste et fille du duc de Guînes, flûtiste renommé.
  • Le manuscrit sera joué pour la première fois dimanche à la BnF par Mathilde Calderini (flûte) et Nicolas Tulliez (harpe), avant d’être diffusé sur France Musique lundi à 15h.
  • L’expertise du Mozarteum de Salzbourg a confirmé l’authenticité du document, confisqué au duc de Guînes en 1794.

Une découverte rare, fruit du hasard et de la persévérance

François-Pierre Goy, conservateur au département de la musique de la BnF, a mis la main sur ce manuscrit en février 2026, alors qu’il préparait son départ à la retraite. « J’étais loin de me douter de ce que j’allais trouver », confie-t-il à Franceinfo - Culture. Le cahier, sans titre et « ne payant pas de mine », faisait partie d’un lot de vingt manuscrits anonymes à expertiser. Pourtant, certains détails graphiques – comme les accolades à deux traits obliques ou les clés de sol arrondies – ont immédiatement interpellé le conservateur, qui s’était récemment penché sur des manuscrits pédagogiques de Mozart.

Après des comparaisons avec des autographes numérisés et des recherches sur le papier utilisé – français et estampillé comme celui d’une copie du Concerto pour flûte et harpe commandé par le duc de Guînes –, son intuition s’est précisée. Une musicologue puis le Mozarteum de Salzbourg ont confirmé l’authenticité du document en avril 2026. « Une découverte majeure reconnue par les spécialistes », souligne la BnF.

Des pièces composées pour une élève d’exception

Le cahier contient quarante-quatre pages, dont une douzaine de leçons de composition données par Mozart à la duchesse de Guînes, première élève connue du compositeur dans ce domaine. Les exercices, datés de 1778, révèlent une pédagogie interactive : Mozart écrivait parfois la partie de harpe et demandait à son élève de composer celle de flûte, ou inversement. « Les mains du maître et de l’élève se mêlent dans des proportions variables, mais elles partent toujours d’une idée proposée par Mozart », explique François-Pierre Goy.

Parmi les sept pièces pour flûte et harpe, l’une reste inachevée. Ces morceaux, d’une durée totale de vingt minutes, seront joués dimanche par les solistes de l’Orchestre philharmonique de Radio France. « Pour les harpistes et flûtistes, qui disposent de peu de répertoire, c’est une découverte inespérée », souligne Mathias Auclair, directeur du département musique de la BnF. « Miraculeusement, sept nouveaux morceaux à jouer arrivent ! »

Un manuscrit lié à la Révolution française

Ce manuscrit fait partie de deux paquets de musique confisqués au domicile du duc de Guînes en 1794, pendant la Révolution française. Les documents ont ensuite été intégrés aux collections de la BnF dans les années suivantes. Leur redécouverte éclaire non seulement la relation pédagogique entre Mozart et son élève, mais aussi les goûts musicaux de l’aristocratie européenne du XVIIIe siècle.

Gilles Pécout, président de la BnF, souligne l’importance de ce document : « Il nous renseigne sur le jeune professeur Mozart, en dialogue avec son élève. » Une vision moins connue du génie autrichien, souvent réduit à ses opéras ou ses symphonies. Selon Franceinfo - Culture, les spécialistes s’accordent à dire que des découvertes de cette ampleur sur un compositeur aussi célèbre sont « quasi inexistantes ». La dernière en date remonte à 2012, avec la mise au jour d’un Allegro molto composé par Mozart à onze ans, retrouvé dans un grenier autrichien.

Un concert historique et sa diffusion nationale

Le concert de dimanche à la BnF marquera la première interprétation publique de ces pièces. Le manuscrit original sera ensuite exposé au musée de la bibliothèque. Parallèlement, les morceaux ont été enregistrés cette semaine et seront diffusés lundi 22 juin à 15h sur France Musique (13h GMT). Une occasion unique pour le grand public d’entendre ces œuvres inédites, jusqu’ici réservées aux musicologues.

Pour les amateurs de musique classique, l’événement revêt une importance particulière. Comme le rappelle Mathias Auclair, « les harpistes et flûtistes manquent cruellement de répertoire. Des œuvres comme celles-ci, signées Mozart, sont une aubaine ». Autant dire que ce dimanche, la Fête de la musique prendra une dimension historique.

Et maintenant ?

Après ce concert inaugural, le manuscrit sera intégré aux collections permanentes de la BnF et devrait faire l’objet d’une exposition temporaire au musée de l’institution. Les enregistrements diffusés sur France Musique pourraient également donner lieu à une édition discographique, bien que rien n’ait encore été annoncé officiellement. Reste à voir si cette découverte suscitera de nouvelles recherches sur les archives musicales françaises, où d’autres trésors pourraient sommeiller.

En attendant, les mélomanes ont rendez-vous dimanche à la BnF pour un voyage dans le temps, où la pédagogie de Mozart résonnera enfin après plus de deux siècles de silence.

Le cahier a été confisqué au domicile du duc de Guînes en 1794 pendant la Révolution française, puis intégré aux collections de la BnF dans les années suivantes. Il n’a jamais été référencé comme un autographe de Mozart avant sa redécouverte en février 2026 par le conservateur François-Pierre Goy.