D’ici 2026, près d’un quart des futurs data centers en France pourraient subir des dommages liés aux aléas climatiques. Selon une étude du cabinet d’analyse des risques climatiques XDI, rapportée par Reporterre, 26 % des 38 projets de centres de données identifiés dans l’Hexagone sont classés « à haut risque ». Autant dire que la résilience de ces infrastructures, essentielles au fonctionnement numérique du pays, est déjà mise à l’épreuve par le réchauffement en cours.

Ce qu'il faut retenir

  • La France se classe au 5ᵉ rang mondial des pays les plus exposés aux risques climatiques affectant les data centers, selon une analyse de 2 600 projets à l’échelle planétaire.
  • Sur les 38 projets français étudiés, 26 % sont jugés « à haut risque » dès 2026, soit 10 centres sur 38.
  • Le risque de dommages matériels dus aux aléas climatiques devrait être multiplié par plus de quatre (+300 %) d’ici 2050, selon les projections du cabinet XDI.
  • Ces vulnérabilités concernent principalement les risques d’inondations, de chaleur extrême et d’autres aléas aggravés par le changement climatique.

Des infrastructures numériques déjà sous tension

Les data centers, ces immenses hangars remplis de serveurs qui stockent et traitent les données mondiales, sont devenus des piliers de l’économie numérique. Pourtant, leur localisation géographique les expose à des menaces croissantes. En France, où le secteur du numérique représente près de 4 % du PIB, la question de leur adaptation aux dérèglements climatiques prend une urgence nouvelle. XDI, spécialiste de l’analyse des risques climatiques, a évalué l’exposition de ces infrastructures à l’échelle mondiale, plaçant la France parmi les pays les plus vulnérables, juste derrière les États-Unis, la Chine, l’Inde et le Japon.

Parmi les aléas identifiés, les inondations et les vagues de chaleur figurent en tête de liste. Ces phénomènes, déjà observés avec une fréquence accrue, pourraient endommager les équipements électroniques sensibles, perturber les systèmes de refroidissement et, in fine, entraîner des pannes prolongées. Pour les entreprises et les particuliers dépendant de ces services, les conséquences pourraient être lourdes, allant des pertes financières aux interruptions de service.

Un risque climatique qui s’aggrave avec le temps

Les projections de XDI indiquent que l’exposition des data centers français aux risques climatiques devrait s’aggraver rapidement. Si le taux actuel de 26 % de projets « à haut risque » en 2026 peut sembler modéré, il pourrait atteindre des niveaux bien plus critiques d’ici 2050. «

Le risque de dommages matériels lié aux aléas climatiques devrait être multiplié par plus de quatre (+300 %) », a précisé un porte-parole du cabinet XDI, cité par Reporterre.
Autrement dit, près de 80 % des data centers pourraient se retrouver dans une zone à risque d’ici un quart de siècle, si aucune mesure d’adaptation n’est prise.

Cette escalade s’explique par la multiplication des événements extrêmes. Les inondations, de plus en plus fréquentes dans certaines régions, menacent directement les sites situés en zones inondables. De même, les vagues de chaleur, qui dépassent désormais régulièrement les 40 °C dans plusieurs départements, pourraient surcharger les systèmes de climatisation des data centers, augmentant leur consommation énergétique et leur empreinte carbone.

Un enjeu pour la souveraineté numérique

La vulnérabilité des data centers ne concerne pas uniquement leur résistance physique. Elle pose aussi la question de la souveraineté numérique de la France. Avec l’essor du cloud computing et des services dématérialisés, la dépendance à ces infrastructures n’a cessé de croître. Or, si une partie des risques peut être atténuée par des mesures techniques – comme l’amélioration de l’isolation des bâtiments ou l’installation de systèmes de refroidissement plus performants –, une autre dépend de choix stratégiques plus larges.

Certains experts appellent à une relocalisation partielle des data centers vers des zones moins exposées, ou à une diversification des sites pour limiter les risques. D’autres soulignent l’importance d’investir dans des technologies moins gourmandes en énergie, afin de réduire l’impact global du secteur. Reste à voir si les acteurs publics et privés seront capables de s’adapter à cette nouvelle donne climatique.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes pourraient être explorées dans les mois à venir. D’abord, une évaluation plus fine des sites existants et en projet, afin d’identifier les zones les plus exposées et d’adapter les normes de construction. Ensuite, une réflexion sur la régulation du secteur, avec la possibilité d’imposer des critères de résilience climatique pour les nouveaux projets. Enfin, des investissements dans des solutions innovantes, comme des data centers immergés ou refroidis par des énergies renouvelables, pourraient permettre de limiter les risques à long terme. Une première réunion entre acteurs du secteur et pouvoirs publics est attendue avant la fin de l’année.

En attendant, la question reste entière : la France parviendra-t-elle à concilier croissance du numérique et adaptation au climat ? Une réponse qui s’écrira aussi bien dans les bureaux d’études que dans les salles de réunion des décideurs.

L’étude de XDI ne précise pas les noms des projets concernés, mais indique que les régions les plus vulnérables incluent celles déjà touchées par des inondations fréquentes, comme certaines zones du Sud-Ouest ou du Nord, ainsi que les départements où les vagues de chaleur sont les plus intenses.