Une action en justice déposée le 1er mai 2025 devant un tribunal de New York pourrait bouleverser le paysage juridique des cryptomonnaies. Selon Cryptoast, les sociétés ABC et XYZ, ainsi qu’un individu sous le pseudonyme Noah Doe, tentent de faire reconnaître leur droit sur 39 069 adresses Bitcoin considérées comme « abandonnées », représentant une valeur estimée à 285 milliards de dollars, soit l’équivalent de 3,7 millions de BTC.
Ce qu'il faut retenir
- 39 069 adresses Bitcoin ciblées par une action en justice déposée le 1er mai 2025 devant un tribunal de New York
- Ces adresses contiennent 3,7 millions de BTC, soit une valeur estimée à 285 milliards de dollars
- Les demandeurs fondent leur réclamation sur le caractère « abandonné » de ces portefeuilles, inactifs depuis des années
- L’action vise à obtenir un « jugement déclaratoire » pour clarifier les droits sur ces fonds
- Cette procédure intervient dans un contexte où l’IA et l’informatique quantique pourraient bientôt permettre de débloquer certains wallets
Cette initiative s’appuie sur l’hypothèse selon laquelle ces adresses n’auraient plus de propriétaires légitimes. Selon Cryptoast, les demandeurs estiment que ces wallets sont désormais des biens légalement abandonnés, ouvrant la voie à une appropriation par voie judiciaire. « Il s’agit d’une action civile visant à obtenir un jugement déclaratoire. Les demandeurs souhaitent obtenir une décision judiciaire confirmant leurs droits sur certains biens, consistant en trois ensembles de portefeuilles numériques », précise le communiqué.
Des portefeuilles inactifs depuis parfois plus d’une décennie
La procédure repose sur le constat que ces adresses n’ont connu aucune transaction depuis des années, voire depuis l’ère Satoshi, avant 2011. D’après les estimations croisées par Cryptoast en septembre 2025, près de 5 millions de BTC seraient considérés comme perdus, soit 24 % de l’offre totale de 21 millions d’unités. Ces pertes sont généralement attribuées à la disparition des clés privées ou à l’oubli des mots de passe par leurs détenteurs initiaux.
L’action en justice a été initiée en décembre 2024 par Noah Doe, qui affirme avoir « identifié et notifié les éventuels propriétaires des portefeuilles découverts, avec insertion d’un avis dans chaque portefeuille ». Cette méthode rappelle des cas similaires, comme celui d’un détenteur de 5 BTC bloqués depuis 2014, qui a finalement récupéré ses fonds grâce à un outil d’IA développé par Anthropic. En juillet 2025, un autre portefeuille contenant 80 000 BTC s’est « réveillé », entraînant l’envoi de notifications officielles pour permettre au propriétaire de se manifester.
Un enjeu juridique et technologique majeur
Cette affaire soulève des questions complexes sur la propriété des cryptomonnaies. En effet, la détention des fonds repose avant tout sur la possession des clés privées, et non sur une déclaration judiciaire. Comme le souligne Cryptoast, « la propriété des BTC repose bien plus sur la détention de leurs clés privées que sur une déclaration de justice ». Une décision favorable aux demandeurs pourrait donc créer un précédent juridique délicat, où des tribunaux seraient amenés à trancher sur des actifs dont la propriété réelle reste difficile à prouver.
Par ailleurs, cette procédure intervient à un moment où les avancées technologiques, notamment en matière d’intelligence artificielle et d’informatique quantique, pourraient bientôt permettre de débloquer des portefeuilles jugés jusqu’ici inaccessibles. Certains observateurs s’interrogent donc sur l’opportunité d’une telle action, alors que des solutions techniques pourraient émerger pour résoudre ces cas individuels.
Un risque pour la fortune de Satoshi Nakamoto ?
L’un des aspects les plus sensibles de cette affaire concerne les portefeuilles attribués à Satoshi Nakamoto, le créateur anonyme de Bitcoin. Certains de ces wallets, contenant des milliers de BTC, n’ont jamais été déplacés depuis leur création. Si l’action en justice aboutit, ces fonds pourraient être revendiqués avant que des solutions technologiques ne permettent de les sécuriser contre les risques liés à l’informatique quantique, de plus en plus évoqués par les experts en cybersécurité.
« Cela pourrait bouleverser les tentatives actuelles pour tenter de protéger la fortune de Satoshi Nakamoto du risque quantique, car ses portefeuilles seront peut-être déjà revendiqués et vidés d’ici là », avertit Cryptoast. Cette perspective ajoute une dimension supplémentaire à l’enjeu, mêlant innovation technologique, sécurité des actifs et cadre juridique encore flou.
Cette affaire illustre les défis posés par l’essor des cryptomonnaies, où des actifs d’une valeur colossale reposent sur des infrastructures juridiques et technologiques encore en construction. Elle rappelle également l’importance croissante de sécuriser ses clés privées, alors que des millions de dollars pourraient basculer d’un statut de « perdu » à celui de « revendiqué » en quelques semaines.
Reste à voir comment les tribunaux américains, qui n’ont encore que peu de jurisprudence en la matière, trancheront dans une affaire où les enjeux financiers et technologiques se croisent de manière inédite.
Un portefeuille Bitcoin est considéré comme « abandonné » lorsqu’il n’a connu aucune transaction depuis de nombreuses années, généralement en raison de la perte des clés privées par son propriétaire ou de son oubli. Selon Cryptoast, environ 5 millions de BTC, soit 24 % de l’offre totale, seraient ainsi perdus.
Les sociétés ABC et XYZ, ainsi que Noah Doe, affirment avoir identifié ces adresses comme inactives et avoir inséré des avis dans chaque portefeuille pour notifier d’éventuels propriétaires. Ils demandent ensuite au tribunal de reconnaître ces wallets comme des biens abandonnés, ouvrant la voie à une appropriation.