Une enquête menée par Franceinfo – Culture a mis au jour une escroquerie touristique de grande ampleur dans le sud de la France. Des centaines de visiteurs ont été dupés par la présentation d’un site archéologique factice, présenté comme un authentique amphithéâtre grec du Ve siècle avant J.-C. Le bilan est lourd : plus de 500 000 euros d’arnaques avérées, selon les estimations des autorités locales. Une affaire qui illustre les dérives d’un tourisme de masse peu régulé, où certains professionnels n’hésitent pas à falsifier l’histoire pour attirer les foules.
Ce qu'il faut retenir
- Un faux amphithéâtre grec, reconstitué dans un parc touristique du sud de la France, a escroqué des milliers de visiteurs sur plusieurs années.
- Les promoteurs du site présentaient l’édifice comme une découverte archéologique majeure, alors qu’il s’agissait d’une construction récente.
- Plus de 500 000 euros ont été collectés auprès des touristes sous prétexte de visites guidées et de « fouilles » factices.
- Les autorités judiciaires ont ouvert une enquête pour « escroquerie en bande organisée » et « usurpation de titre historique ».
- L’affaire soulève des questions sur la régulation des sites touristiques et la protection des visiteurs en quête d’authenticité.
Un site présenté comme une découverte archéologique majeure
Installé dans un parc à thème du Languedoc-Roussillon, ce que les responsables appelaient un « amphithéâtre grec antique » était en réalité une construction en bois et en plâtre, érigée à la fin des années 2010. Franceinfo – Culture rapporte que les promoteurs du site avaient poussé le détail jusqu’à organiser des « visites guidées » avec des acteurs costumés en soldats grecs, évoquant des batailles fictives pour justifier l’authenticité du lieu. Les panneaux explicatifs, rédigés dans un français approximatif, décrivaient des « fouilles archéologiques en cours » alors que le sol n’avait jamais été retourné.
Selon les premiers témoignages recueillis par les enquêteurs, de nombreux touristes, séduits par l’idée de découvrir un vestige historique méconnu, ont payé entre 20 et 50 euros par personne pour accéder au site. Certains ont même souscrit à des « abonnements annuels » à 200 euros, leur permettant de participer à des ateliers de « poterie grecque » organisés sur place – des ateliers qui, là encore, n’avaient aucun lien avec la réalité historique.
Des méthodes d’escroquerie élaborées et une clientèle internationale
Les investigations menées par la police judiciaire de Montpellier et la répression des fraudes révèlent une organisation méthodique. Les escrocs utilisaient les réseaux sociaux et des plateformes de réservation en ligne pour promouvoir leur « site archéologique », avec des avis positifs truqués et des photos retouchées. Franceinfo – Culture indique que des influenceurs locaux, rémunérés à hauteur de quelques centaines d’euros, avaient été sollicités pour relayer l’information auprès de leur communauté.
La clientèle était majoritairement composée de familles en vacances, de groupes scolaires et de touristes étrangers en quête d’expériences culturelles authentiques. Un couple allemand, interrogé par les journalistes, a déclaré avoir réservé leur voyage après avoir vu une vidéo promotionnelle présentant le site comme « le plus grand vestige grec d’Europe occidentale ». « On a payé 120 euros pour deux pour une visite de 45 minutes. Quand on a compris que c’était du faux, on a été horrifiés », témoigne-t-il. Selon les estimations provisoires, plus de 10 000 visiteurs auraient été victimes de cette arnaque depuis l’ouverture du site en 2021.
Une enquête judiciaire en cours et des responsabilités qui pèsent
Le parquet de Montpellier a ouvert une enquête pour « escroquerie en bande organisée », « abus de confiance » et « usurpation de titre historique ». Trois personnes, dont les deux gérants du parc, ont été placées en garde à vue début septembre 2026. Selon Franceinfo – Culture, les enquêteurs cherchent à déterminer si d’autres sites touristiques du même type existent en France, certains médias évoquant des rumeurs concernant des « reconstitutions romaines » en Provence et des « villages médiévaux » en Dordogne.
Le maire de la commune concernée a indiqué dans un communiqué que « aucune autorisation n’avait été délivrée pour un site archéologique sur ce terrain ». Il a par ailleurs annoncé la mise en place d’une commission d’enquête pour vérifier les éventuelles complicités locales. « Nous ne pouvons exclure que certains élus ou fonctionnaires aient fermé les yeux sur ces pratiques, par intérêt économique ou par négligence », a-t-il ajouté.
« C’est une affaire qui dépasse le simple cadre de l’escroquerie. Elle révèle une faille majeure dans la régulation du tourisme en France. Comment un tel site a-t-il pu fonctionner pendant près de cinq ans sans contrôle ? »
— Me Sophie Laurent, avocate spécialisée en droit du tourisme, interrogée par Franceinfo – Culture
Les conséquences pour le secteur touristique et les victimes
Cette affaire a déjà des répercussions sur le secteur touristique régional. Plusieurs offices de tourisme ont retiré leur partenariat avec le parc concerné, tandis que des agences de voyage ont annulé leurs réservations pour la saison 2027. Une pétition en ligne, lancée par des associations de consommateurs, demande le remboursement intégral des victimes et une indemnisation pour le préjudice moral subi.
Du côté des autorités, un projet de loi visant à renforcer le contrôle des sites touristiques présentant un caractère historique ou culturel est actuellement à l’étude au ministère de la Culture. Ce texte prévoit notamment l’obligation de certification par un organisme indépendant pour tout site se revendiquant d’un patrimoine archéologique ou historique.
Cette affaire pose également une question de fond : jusqu’où peut-on aller dans la reconstitution historique pour attirer les touristes sans tomber dans la tromperie ? Entre patrimoine authentique et spectacle, la frontière reste ténue – et cette arnaque rappelle brutalement qu’elle est parfois franchie.
En France, l’authenticité d’un site historique ou archéologique est généralement attestée par un arrêté préfectoral ou un label délivré par le ministère de la Culture, comme le label « Patrimoine du XXe siècle » ou la certification « Site remarquable du goût ». Les collectivités locales et les offices de tourisme sont également tenus de vérifier la légitimité des projets avant de les promouvoir. Dans le cas présent, aucun de ces contrôles n’a été réalisé, ce qui a permis la mise en place de l’escroquerie.