Un navire englouti il y a cinq siècles, découvert par hasard au large du Var, offre aux chercheurs un aperçu exceptionnellement préservé du commerce méditerranéen de la Renaissance. Selon Le Figaro, l’épave Camarat 4, située à 2 500 mètres de profondeur entre Toulon et Cannes, a été identifiée comme la plus profonde jamais retrouvée en eaux territoriales françaises. Les premières observations révèlent une cargaison intacte de céramiques colorées, de canons et d’objets du XVIe siècle, livrant des indices précieux sur les réseaux commerciaux de l’époque.
Ce qu'il faut retenir
- Profondeur record : L’épave Camarat 4 repose à 2 500 mètres sous la Méditerranée, ce qui en fait la plus profonde jamais découverte en France.
- Découverte fortuite : Le site a été identifié en 2025 lors d’une opération militaire de maîtrise des fonds marins, avant d’être exploré en détail en 2026.
- Cargaison intacte : La structure du bateau et des centaines d’objets — pichets, assiettes, canons — sont conservés dans leur état d’origine, sans pillage.
- Origine génoise probable : Les céramiques analysées proviennent vraisemblablement de Ligurie (nord-ouest de l’Italie), suggérant un commerce entre Gênes ou Savone et les ports méditerranéens.
- Protocole de conservation : Une exposition est prévue en novembre 2026 au musée de la Marine de Toulon, tandis que la préservation à long terme de l’épave reste à l’étude.
Une expédition technologique pour explorer les abysses
Pour accéder à l’épave, une opération d’envergure a été menée début 2026 par le Cephismer (Centre Expert Plongée Humaine et Intervention Sous la Mer), le Drassm (Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines) et la Marine nationale. Baptisée Calliope 26.1, cette mission s’appuie sur un navire remorqueur équipé d’un ROV (véhicule sous-marin téléopéré), capable de descendre jusqu’à 4 000 mètres. Le robot, piloté depuis deux containers aménagés sur le pont, dispose de caméras haute définition et de bras articulés pour manipuler les objets avec une extrême précision.
La descente du ROV a duré près d’une heure avant d’atteindre le site, où les chercheurs ont découvert un navire figé dans son environnement sédimentaire depuis cinq siècles. « C’est un travail d’extrême précision pour ne pas endommager le site et éviter de soulever les sédiments », a expliqué Sébastien, chef de la mission Calliope 26.1. « Ces opérations permettent aussi de former nos marins à des interventions complexes en milieu extrême. »
Des artefacts aux couleurs éclatantes, témoins d’un commerce florissant
Sur les écrans de contrôle du navire, l’épave se dévoile sous forme d’un ensemble cohérent : la coque du bateau, des canons en bronze, et surtout des centaines de pièces de faïence aux motifs floraux, religieux ou animaliers. « La visibilité est excellente à cette profondeur », s’est réjouie Franca Cibecchini, archéologue maritime au Drassm. « Grâce à cette clarté, on peut affirmer qu’il s’agit très probablement d’un navire de commerce transportant des céramiques de Ligurie, peut-être en provenance de Gênes ou de Savone. »
Les objets, aux couleurs vives — bleus, oranges, verts —, contrastent avec l’obscurité des abysses. Pour documenter le site, les équipes ont réalisé une photogrammétrie 3D, capturant près de 68 000 photos à raison de huit clichés par seconde pendant trois heures. Ces images serviront à modéliser l’épave en trois dimensions, offrant une base de travail inestimable pour les archéologues.
Un site protégé, un témoignage inestimable pour l’histoire maritime
Contrairement à la majorité des épaves méditerranéennes, Camarat 4 n’a subi aucun pillage depuis son naufrage. « Pour le XVIe siècle, les textes historiques sont peu loquaces sur les navires de commerce », a souligné Marine Sadania, chercheuse au Drassm et pilote des opérations. « Ce site constitue donc un témoignage exceptionnel sur les routes maritimes, les techniques de construction navale et les échanges commerciaux de la Renaissance. »
Plusieurs pichets et assiettes ont été prélevés pour analyse en laboratoire. « C’est l’un des objets les plus profonds jamais remontés en France », a précisé Marine Sadania. « Cette opération nous permet de tester des protocoles pour préserver l’intégrité de ces artefacts, un défi majeur en archéologie sous-marine. » Un tiers des céramiques remontées lors de fouilles sous-marines se brisent en effet pendant leur extraction, faute de méthodes adaptées.
« Ce qui est important, c’est aussi que c’est un site sur lequel il n’a pas pu y avoir de tentative de pillages après le naufrage. Pour le XVIe siècle, on a des textes qui ne sont pas très bavards sur les navires de commerce, c’est donc un témoignage précieux sur l’histoire maritime, les réseaux de transports. »
— Marine Sadania, chercheuse au Drassm
Une exposition prévue à Toulon et des questions sur la conservation
Les premiers résultats de la mission Calliope 26.1 seront présentés au public lors d’une exposition temporaire au musée de la Marine de Toulon, prévue en novembre 2026. Cette vitrine permettra de sensibiliser à l’importance de la préservation du patrimoine subaquatique, mais aussi de soulever des débats sur l’avenir de l’épave.
Les spécialistes s’interrogent en effet sur la meilleure façon de protéger Camarat 4. Faut-il la laisser en place, comme le préconise l’Unesco pour les sites sous-marins, ou tenter de remonter une partie de sa structure ? « La mer est une sorte de monastère », a souligné un membre de l’équipe en référence à la fragilité des épaves. « Chaque intervention doit être réfléchie pour éviter de perturber un équilibre préservé depuis cinq siècles. »
Une question reste en suspens : dans un contexte de raréfaction des financements pour l’archéologie sous-marine, comment pérenniser des projets d’une telle ampleur ? Les acteurs impliqués devront trouver un équilibre entre recherche scientifique, préservation patrimoniale et contraintes budgétaires.
Son emplacement à 2 500 mètres de profondeur la rend inaccessible aux plongeurs amateurs ou aux pillards équipés de matériel classique. De plus, sa localisation précise est tenue secrète pour éviter toute intrusion non autorisée.
Les sédiments qui la recouvrent la protègent naturellement, mais toute tentative de remontée ou de manipulation pourrait perturber cet équilibre. Les experts privilégient pour l’instant une documentation exhaustive avant d’envisager une intervention plus poussée.