Dormir entre 6,4 et 7,8 heures par jour pourrait ralentir le vieillissement de plusieurs organes, selon une vaste étude publiée le 13 mai 2026 dans la revue Nature. Menée par une équipe de chercheurs américains dirigée par Junhao Wen, professeur de radiologie au Vagelos College of Physicians and Surgeons de l’Université Columbia, cette recherche s’appuie sur l’analyse de données issues de près de 500 000 participants issus de la cohorte UK Biobank.
Ce qu’il faut retenir
- Les personnes dormant entre 6,4 et 7,8 heures par nuit présentent un vieillissement biologique moins marqué que celles dormant moins de six heures ou plus de huit heures.
- Cette étude révèle une courbe en U : un sommeil trop court ou trop long est associé à un vieillissement plus rapide des organes.
- Les chercheurs ont développé des horloges biologiques spécifiques pour 17 organes ou systèmes, permettant d’évaluer leur usure indépendamment les uns des autres.
- Un lien a été établi entre la durée du sommeil et des risques accrus de dépression, diabète de type 2, hypertension et maladies cardiovasculaires.
- Les mécanismes diffèrent selon que l’on dort trop ou trop peu : un sommeil court affecte davantage le cerveau, tandis qu’un sommeil long est plus lié à des pathologies localisées.
Selon nos confrères de Futura Sciences, cette étude marque une avancée dans la compréhension des liens entre durée du sommeil et vieillissement cellulaire. Pour la première fois, des scientifiques ont pu établir une corrélation entre le nombre d’heures de sommeil et l’âge biologique de divers organes, tels que le cerveau, le cœur, le foie, les reins ou encore les poumons.
Contrairement à l’horloge biologique classique, qui fournit une estimation unique pour l’ensemble de l’organisme, les chercheurs ont développé des horloges biologiques segmentées, permettant d’évaluer l’usure de chaque organe de manière distincte. Ces horloges se basent sur des données issues d’analyses sanguines (mesure des protéines, hormones, métabolites), d’imageries médicales (IRM, scanners) et de tests cognitifs. « Ces horloges biologiques et leur capacité à prédire les risques de maladie et de mortalité suscitent un vif intérêt », souligne Junhao Wen. « Mais pour moi, la question la plus passionnante est la suivante : pouvons-nous relier ces horloges biologiques à un facteur lié au mode de vie, modifiable à temps pour ralentir le vieillissement ? »
Une courbe en U révélée par l’analyse de 500 000 participants
Les chercheurs ont croisé les données de sommeil des participants avec les estimations d’âge biologique de leurs organes. Résultat : une courbe en U s’est dessinée. Les personnes dormant moins de six heures par nuit, comme celles dormant plus de huit heures, présentaient un vieillissement biologique plus marqué. À l’inverse, celles dont le sommeil se situait entre 6,4 et 7,8 heures affichaient des niveaux de vieillissement significativement plus faibles.
Junhao Wen explique que « ce lien global entre le cerveau et le corps est important, car il nous indique que la durée du sommeil est profondément ancrée dans notre physiologie, avec des répercussions considérables sur l’ensemble de l’organisme ». Cependant, les chercheurs précisent que leur étude ne démontre pas que la durée du sommeil à elle seule accélère ou ralentit le vieillissement des organes. Elle suggère plutôt qu’un sommeil inadéquat pourrait être le signe d’une santé globalement plus fragile.
Des risques accrus de maladies liées au manque ou à l’excès de sommeil
L’étude met en lumière des corrélations troublantes entre la durée du sommeil et certaines pathologies. Les participants dormant moins de six heures présentaient un risque accru d’épisodes dépressifs, de troubles anxieux, d’obésité, de diabète de type 2, d’hypertension et de maladies cardiaques (cardiopathies ischémiques, arythmies). Ceux dormant plus de huit heures étaient davantage exposés à des troubles respiratoires (BPCO, asthme) et digestifs (gastrite, brûlures d’estomac).
Junhao Wen précise que « les troubles du sommeil sont associés à des risques de maladies et à une architecture génétique commune : une durée de sommeil courte semble avoir un impact systémique plus étendu, tandis qu’une durée longue s’accompagne d’une charge pathologique plus localisée, davantage concentrée sur le cerveau ». Cette observation ouvre des pistes pour adapter les traitements contre la dépression chez les personnes âgées, dont les causes pourraient varier selon la durée du sommeil.
« Cela a des implications majeures pour la prise en charge du sommeil et les futures approches thérapeutiques de la dépression chez les personnes âgées. Notre étude suggère qu’il existe peut-être des voies biologiques distinctes – selon que l’on dort peu ou beaucoup – menant à une même issue, la dépression chez les personnes âgées ; par conséquent, nous ne devrions pas les traiter de la même manière. »
— Junhao Wen, professeur de radiologie à l’Université Columbia
Les chercheurs ont également identifié des mécanismes distincts selon la durée du sommeil. Par exemple, la relation entre un sommeil long et la dépression chez les personnes âgées serait médiatisée par les horloges du vieillissement cérébral et du tissu adipeux. En revanche, un sommeil court exercerait un effet plus direct sur les zones du cerveau impliquées dans la dépression.
Les prochaines étapes pourraient inclure des essais cliniques pour tester l’efficacité d’interventions visant à optimiser la durée du sommeil, comme l’a suggéré Junhao Wen. « Nous espérons que ces résultats encourageront les individus à prêter davantage attention à la qualité de leurs nuits », conclut-il. Reste à savoir si les autorités sanitaires s’empareront de ces conclusions pour intégrer de nouvelles directives dans les campagnes de prévention.
Non. Selon l’étude, la fourchette optimale se situe entre 6,4 et 7,8 heures par jour. La durée idéale peut varier légèrement d’une personne à l’autre, mais rester dans cette plage semble associée à un vieillissement biologique moins marqué.
Les données analysées concernent principalement des adultes d’âge moyen et avancé. Les besoins en sommeil évoluent avec l’âge, et les chercheurs précisent que leurs conclusions pourraient ne pas s’appliquer aux enfants ou adolescents. Des études complémentaires seraient nécessaires pour confirmer ces résultats dans d’autres tranches d’âge.