Une seule protéine issue des tardigrades suffirait à réduire de moitié les effets des radiations sur les cellules humaines, selon Futura Sciences. Cette découverte, publiée le 7 août 2026, ouvre des perspectives majeures pour la radiothérapie et les missions spatiales, alors que les radiations représentent l’un des principaux défis pour la santé des astronautes lors des voyages interplanétaires.

Ce qu'il faut retenir

  • Une protéine nommée Dsup, propre aux tardigrades, réduit de 40 % la fragmentation de l’ADN dans des cellules humaines exposées aux rayons X.
  • Les tardigrades, capables de survivre à des doses de radiations mille fois supérieures à celles supportées par l’homme, utilisent cette protéine comme un bouclier moléculaire.
  • Des essais précliniques sur des souris ont montré une réduction de 50 % des cassures d’ADN dans les tissus exposés à une radiothérapie simulée.
  • La protéine agit en amont des dommages, en limitant les lésions à l’ADN plutôt qu’en réparant celles déjà causées.
  • Aucun traitement humain dérivé de Dsup n’est encore disponible, mais des essais cliniques pourraient être envisagés d’ici quelques années.

Le tardigrade, un super-héros microscopique aux pouvoirs insoupçonnés

Avec une taille ne dépassant pas un demi-millimètre, le tardigrade, surnommé « ourson d’eau » pour son apparence, est l’un des organismes les plus résistants au monde. Selon Futura Sciences, il survit non seulement aux radiations, mais aussi au vide spatial, aux températures extrêmes et à des pressions écrasantes. Longtemps, les chercheurs ont pensé que cette résistance reposait sur une machinerie complexe de réparation de l’ADN. Pourtant, la réalité s’avère bien plus simple : une unique protéine, baptisée Dsup (pour Damage Suppressor), agit comme un bouclier protecteur en s’enroulant autour de l’ADN.

Contrairement aux systèmes de réparation classiques, Dsup intervient en amont, avant que les radiations ne causent des dégâts. Elle limite ainsi les lésions directement infligées à l’ADN par les particules ionisantes, mais aussi les dommages indirects liés à la production de radicaux hydroxyles. Pour autant, son mode d’action reste partiellement mystérieux : cette protéine, intrinsèquement désordonnée, épouse la structure de l’ADN et crée un blindage électrostatique entre le matériel génétique et les particules radioactives.

Des cellules humaines protégées grâce à un transfert génétique

L’expérience décisive remonte à 2016, lorsque des chercheurs de l’université de Tokyo, dirigés par Takuma Hashimoto, ont transféré le gène codant pour Dsup dans des cellules humaines. Exposées à des rayons X, ces cellules ont subi une fragmentation de leur ADN réduite de 40 % par rapport aux cellules non modifiées, comme le rapporte Futura Sciences. Mieux encore, leur capacité à se diviser est restée intacte, confirmant que la protéine n’entravait pas leur fonctionnement normal.

En 2025, une équipe du MIT, menée par le professeur Giovanni Traverso, a affiné cette approche en utilisant un ARN messager pour coder Dsup. Injecté dans les tissus avant une séance de radiothérapie, cet ARN permet une expression transitoire de la protéine, qui disparaît après quelques heures. Chez la souris, cette méthode a réduit de 50 % les cassures d’ADN dans les tissus oraux et rectaux, sans affecter les cellules tumorales voisines — un détail crucial pour éviter de compromettre l’efficacité du traitement.

Des applications potentielles pour la médecine et l’exploration spatiale

Côté santé, Dsup pourrait révolutionner la radiothérapie, souvent limitée par sa toxicité pour les tissus sains. En protégeant ces derniers avant l’irradiation, la protéine permettrait de délivrer des doses plus élevées aux tumeurs tout en réduisant les effets secondaires. Une piste explorée depuis plusieurs années, mais qui n’a pas encore abouti à un traitement humain approuvé.

Dans le domaine spatial, où les astronautes sont exposés au rayonnement cosmique — un flux de particules énergétiques en provenance du Soleil et de l’espace profond —, Dsup représente une solution prometteuse. Sur un trajet vers Mars, estimé à neuf mois dans chaque sens, les risques de cancers, de cataractes ou de troubles neurocognitifs pourraient être significativement diminués. Des recherches sont en cours pour adapter cette protéine aux besoins des missions habitées, alors que l’agence spatiale européenne et la NASA préparent activement les prochains voyages vers la Lune et au-delà.

Les limites et défis d’une protéine venue d’un invertébré

Si les résultats sont encourageants, l’utilisation de Dsup n’est pas sans risques. En s’enroulant autour de l’ADN, la protéine peut gêner l’accès des enzymes chargées de la synthèse de l’ARN messager et de la réplication cellulaire. Des études ont également révélé que Dsup, une fois localisée dans le noyau des neurones corticaux, pouvait provoquer une neurotoxicité — un effet indésirable majeur, car les neurones sont bien moins capables de se régénérer que les autres cellules.

Pour contourner ces obstacles, les scientifiques travaillent sur des versions modifiées de la protéine, conçues pour éviter une réponse immunitaire ou des effets indésirables. Par ailleurs, des recherches publiées en 2025 dans Nature Communications ont montré que Dsup pouvait réduire les dommages oxydatifs dans des cellules de levure, prolongeant ainsi leur durée de vie face à une génotoxicité chronique. Ces travaux suggèrent que le spectre d’action de la protéine dépasse largement les simples radiations ionisantes.

Et maintenant ?

À ce stade, l’ensemble des avancées relève encore de la recherche préclinique, menée sur cellules en culture, sur levure et sur animaux. Aucun traitement dérivé de Dsup n’est disponible ni approuvé pour l’humain, et les délais avant d’éventuels essais cliniques restent indéterminés. Les prochaines étapes consisteront à optimiser la délivrance de la protéine, à évaluer sa toxicité à long terme et à tester son efficacité dans des modèles plus complexes, comme des organoïdes ou des animaux de grande taille.

Si ces défis sont relevés, Dsup pourrait devenir un outil clé pour protéger les patients en radiothérapie ou les astronautes lors des missions spatiales, marquant ainsi une avancée majeure dans la lutte contre les radiations.

Cette protéine, issue d’un organisme aussi improbable qu’un tardigrade, illustre une fois de plus comment la nature peut inspirer des solutions technologiques et médicales. Reste à voir si l’homme saura en tirer pleinement parti — sans en subir les effets pervers.

Dsup (Damage Suppressor) est une protéine produite par les tardigrades, capable de s’enrouler autour de l’ADN et de créer un blindage électrostatique contre les particules ionisantes. Elle agit en amont des radiations, limitant à la fois les lésions directes et indirectes, contrairement aux systèmes de réparation classiques qui interviennent après les dégâts.

Les principaux risques incluent une possible neurotoxicité, car Dsup peut interférer avec les fonctions des neurones, ainsi qu’une gêne dans l’accès des enzymes cellulaires à l’ADN. Des versions modifiées de la protéine sont actuellement étudiées pour éviter ces effets indésirables.