Une start-up minière américaine, dopée à l’intelligence artificielle et soutenue par des milliardaires de la tech, dont Jeff Bezos, s’intéresse aux archives géologiques coloniales du Congo conservées en Belgique. KoBold Metals, c’est son nom, espère y trouver des indices pour localiser des gisements de lithium en République démocratique du Congo (RDC), un métal stratégique pour les batteries de véhicules électriques. Selon Reporterre, qui publie une enquête ce 8 août 2026, ces documents historiques, aujourd’hui entreposés à l’AfricaMuseum de Tervuren, près de Bruxelles, pourraient devenir un outil clé pour cette entreprise.
Ce qu'il faut retenir
- KoBold Metals, une start-up minière américaine soutenue par des milliardaires dont Jeff Bezos, cherche à exploiter des archives géologiques coloniales du Congo conservées en Belgique pour localiser du lithium.
- Ces archives, abritées dans les sous-sols de l’AfricaMuseum de Tervuren, contiennent des cartes anciennes, des relevés et des rapports géologiques datant de l’époque coloniale.
- Le lithium est un métal essentiel pour la fabrication des batteries des véhicules électriques, un secteur en pleine expansion.
- L’entreprise utilise des outils d’intelligence artificielle pour analyser ces données historiques et identifier des zones potentielles d’exploitation.
- La RDC, riche en ressources naturelles, est déjà un acteur majeur de l’extraction minière, mais l’exploitation du lithium soulève des questions environnementales et sociales.
Un patrimoine historique convoité pour son potentiel minier
Dans les sous-sols de l’AfricaMuseum de Tervuren, à une dizaine de kilomètres de Bruxelles, s’entassent des milliers de documents géologiques hérités de l’époque coloniale belge au Congo. Ces archives, composées de cartes jaunies, de relevés topographiques et de rapports d’exploration, ne sont pas de simples vestiges du passé. D’après Reporterre, elles pourraient devenir un atout majeur pour KoBold Metals, une jeune pousse américaine spécialisée dans la prospection minière assistée par IA.
L’entreprise, fondée en 2020, s’est rapidement imposée comme un acteur ambitieux dans le secteur des métaux critiques. Soutenue financièrement par des figures influentes de la tech, dont l’ancien patron d’Amazon Jeff Bezos via son fonds Bezos Expeditions, KoBold Metals mise sur une approche innovante : croiser l’analyse de données historiques avec des algorithmes d’apprentissage automatique pour cibler des gisements inexploités. Autant dire que ces archives, jusqu’ici reléguées aux oubliettes, pourraient bien changer de statut.
Le lithium, un métal stratégique au cœur des tensions géopolitiques
La quête de KoBold Metals s’inscrit dans un contexte de forte demande en lithium, un métal indispensable à la production de batteries pour les véhicules électriques et les systèmes de stockage d’énergie. Avec la transition énergétique en marche, les besoins mondiaux en lithium devraient exploser dans les années à venir. La RDC, déjà premier producteur mondial de cobalt, possède également d’importants gisements de lithium, notamment dans la province du Katanga et le nord-est du pays.
Cependant, l’exploitation de ce métal soulève des enjeux majeurs. Les projets miniers en RDC sont souvent critiqués pour leur impact environnemental, leurs conditions de travail précaires et les conflits locaux qu’ils engendrent. KoBold Metals promet une approche « responsable », mais les associations de défense de l’environnement restent sceptiques. Greenpeace RDC, contacté par Reporterre, a d’ailleurs rappelé que « l’histoire coloniale du Congo rappelle que l’exploitation des ressources s’est toujours faite au détriment des populations locales ».
Une méthode controversée pour localiser les gisements
KoBold Metals s’appuie sur une technologie maison, baptisée « TerraShed », qui combine intelligence artificielle et modélisation géologique. L’entreprise affirme être capable de prédire la localisation de gisements en analysant des données historiques, des images satellites et des échantillons de sol. Cette méthode, bien que présentée comme révolutionnaire, n’est pas sans risques. Les opposants au projet soulignent que les archives coloniales peuvent contenir des biais ou des erreurs, et que leur utilisation pourrait conduire à des erreurs de prospection.
Côté congolais, les autorités n’ont pas encore réagi publiquement à l’intérêt de KoBold Metals pour ces archives. Pourtant, la question de la souveraineté sur les ressources naturelles reste sensible en RDC, où l’État tente de reprendre le contrôle de son secteur minier. En 2025, le gouvernement a d’ailleurs nationalisé plusieurs sites d’extraction, dont des mines de cobalt, pour tenter de mieux maîtriser les revenus générés par ces ressources.
La prochaine étape consistera à voir si les prédictions de KoBold Metals se confirment sur le terrain. Si l’entreprise parvient à localiser des gisements viables, elle devra encore obtenir les autorisations nécessaires, un processus souvent long et semé d’embûches en RDC. Autant dire que le feuilleton minier est loin d’être terminé.
L’entreprise utilise des outils d’intelligence artificielle pour analyser ces documents historiques et identifier des zones potentielles de lithium. Ces archives, conservées à l’AfricaMuseum de Tervuren, contiennent des cartes, relevés et rapports géologiques datant de l’époque coloniale, qui pourraient indiquer des gisements inexploités.