L’industrie du cinéma vient de connaître un bouleversement historique. Selon Numerama, le troisième volet de la saga « Jurassic World », réalisé par Colin Trevorrow en 2022, détient désormais le titre peu enviable de film le plus coûteux de tous les temps. Un classement dominé depuis près de dix ans par la franchise « Star Wars », qui voit son record battu par plus de 19 millions de dollars.

Ce qu'il faut retenir

  • 658,8 millions de dollars : le budget officiel de « Jurassic World : Le Monde d’après », selon les documents financiers déposés par Universal Pictures au Royaume-Uni.
  • Ce montant dépasse de 19,9 millions celui de « Star Wars : Le Réveil de la Force » (2015), jusqu’alors en tête avec 638,9 millions.
  • Le film a bénéficié d’un remboursement fiscal britannique de 127,8 millions, ramenant sa dépense nette à 531 millions.
  • La pandémie de Covid-19 a joué un rôle clé dans l’inflation des coûts, avec des frais de maintien des plateaux et des équipes pendant les pauses.
  • Le Royaume-Uni attire les studios américains grâce à un système de subventions pouvant atteindre 25,5 % des dépenses locales, mais ce modèle pourrait être menacé.

Ce record n’est pas une simple anecdote comptable. Il illustre les dérives budgétaires des blockbusters modernes et les stratégies financières des grands studios pour limiter leurs pertes. « Jurassic World : Le Monde d’après » a en effet généré un milliard de dollars de recettes mondiales en salles, mais sans le soutien fiscal britannique, son exploitation aurait été déficitaire. Autant dire que sans ce coup de pouce, le film n’aurait peut-être jamais vu le jour sous cette forme.

Un tournage à 658 millions de dollars, financé en partie par l’État britannique

Les chiffres révélés par Numerama sont accablants. Le budget de « Jurassic World : Le Monde d’après » a été gonflé par des contraintes exceptionnelles liées à la pandémie. Le tournage, interrompu à plusieurs reprises en 2020 en raison des confinements, a imposé à Universal de maintenir sous contrat des centaines d’employés et des infrastructures coûteuses.

Parmi les postes de dépenses les plus lourds figurent la location des plateaux de Pinewood, le paiement des équipes techniques et artistiques en standby, et l’hébergement de luxe de l’équipe dans un manoir du XVIIIe siècle transformé en résidence cinq étoiles. Le « confinement doré » au The Langley Hotel, à plus de 600 dollars la nuit, a coûté à lui seul une fortune.

Selon les bilans financiers d’Universal, 74,9 millions de dollars ont été versés en 2024, deux ans après la sortie du film, pour solder les dernières factures. Un cas d’école de la façon dont une production peut échapper à la faillite grâce à des mécanismes fiscaux.

Comment le Royaume-Uni est devenu le terrain de jeu des géants américains

Pour comprendre l’ampleur de ce record, il faut se pencher sur le système fiscal britannique. Afin d’attirer les tournages, le gouvernement propose un remboursement pouvant atteindre 25,5 % des dépenses locales via le dispositif AVEC (Audio-Visual Expenditure Credit). Pour en bénéficier, les studios doivent créer une entreprise locale dédiée et publier l’intégralité de leurs comptes.

Dans le cas d’Universal, c’est la société écran Arcadia Pictures qui a été créée pour gérer les finances du film. Grâce à ce dispositif, le studio a récupéré 127,8 millions de dollars, réduisant sa dépense nette à 531 millions. Sans cette aide, le retour sur investissement aurait été bien plus incertain.

Ce modèle économique, qui fait du Royaume-Uni une base arrière pour des géants comme Disney, Netflix ou Amazon, est cependant menacé. Donald Trump a plusieurs fois évoqué l’idée d’imposer une taxe douanière de 100 % sur les films produits à l’étranger entrant sur le territoire américain. Si cette mesure était adoptée, elle pourrait dissuader les studios de prendre des risques financiers à l’international.

Le classement des films les plus chers de l’histoire, bouleversé

Le record de « Jurassic World : Le Monde d’après » s’ajoute à celui de son prédécesseur, « Jurassic World : Fallen Kingdom » (2018), qui occupait déjà la troisième place avec un budget de 606,3 millions. La franchise détient ainsi deux des trois premières places du classement, devant deux autres titres de la saga « Star Wars » : « Le Réveil de la Force » (2015) et « L’Ascension de Skywalker » (2019).

Voici le nouveau top 10 des films les plus coûteux de l’histoire, selon les données officielles :

  • 1. « Jurassic World : Le Monde d’après » (2022) — 658,8 millions de dollars
  • 2. « Star Wars : Le Réveil de la Force » (2015) — 638,9 millions
  • 3. « Jurassic World : Fallen Kingdom » (2018) — 606,3 millions
  • 4. « Star Wars : L’Ascension de Skywalker » (2019) — 416 millions
  • 5. « Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence » (2011) — 379 millions
  • 6. « Fast and Furious 10 » (2023) — 379 millions
  • 7. « Avengers : L’Ère d’Ultron » (2015) — 365 millions
  • 8. « Avengers: Endgame » (2019) — 356 millions
  • 9. « Doctor Strange in the Multiverse of Madness » (2022) — 351 millions
  • 10. « Avatar : La Voie de l’eau » (2022) — 350 millions

Avec deux entrées dans ce classement, la franchise « Jurassic World » confirme son statut de reine des budgets démesurés, devant même les géants « Star Wars » et « Marvel ».

Et maintenant ?

Si le record de « Jurassic World : Le Monde d’après » marque un tournant dans l’histoire des blockbusters, il pourrait aussi être le dernier de son genre. Les tensions commerciales entre les États-Unis et le Royaume-Uni, couplées à la menace d’une taxe douanière américaine, pourraient pousser les studios à privilégier des tournages sur le sol américain. Pour l’instant, aucun studio n’a officiellement réagi à ces annonces, mais une chose est sûre : le modèle britannique, qui a permis à des dizaines de productions de voir le jour, n’est plus à l’abri des bouleversements géopolitiques.

Reste à savoir si d’autres films dépasseront prochainement les 658 millions de dollars. Avec l’inflation des coûts de production et la course aux effets spéciaux toujours plus réalistes, la barrière des 700 millions pourrait bien être franchie dans les années à venir. À moins que les studios ne décident de freiner leurs dépenses.

Les studios gardent jalousement leurs chiffres pour plusieurs raisons. D’abord, ces budgets sont souvent gonflés par des frais indirects (marketing, frais financiers, etc.) qui ne sont pas toujours comptabilisés. Ensuite, les contrats avec les stars ou les sous-traitants incluent des clauses de confidentialité. Enfin, les chiffres officiels ne sont souvent révélés qu’après la sortie du film, une fois les comptes consolidés, comme l’exige la législation britannique pour les sociétés locales.

L’Audio-Visual Expenditure Credit (AVEC) est un crédit d’impôt britannique destiné à attirer les tournages étrangers. Il permet aux studios de récupérer jusqu’à 25,5 % de leurs dépenses locales sous forme de remboursement direct. Ce dispositif vise à créer des emplois locaux et à dynamiser l’économie du pays, mais il coûte cher au gouvernement : Universal a ainsi perçu 127,8 millions pour « Jurassic World : Le Monde d’après ».