Alors que Vanuatu célébrait jeudi son 46e anniversaire d’indépendance, le gouvernement de Port-Vila a réaffirmé sa volonté de porter devant les instances internationales sa revendication de souveraineté sur les îles Matthew et Hunter, actuellement administrées par la France. Cette décision, annoncée à l’occasion de la fête nationale, marque une étape supplémentaire dans un différend territorial vieux de plusieurs décennies.
Selon Le Monde - Politique, Port-Vila a confirmé ce jeudi sa stratégie de recours aux mécanismes du droit international pour faire reconnaître ses droits sur ces deux atolls inhabités, situés dans le sud-ouest de l’océan Pacifique. Une position que le gouvernement vanuatais a réitérée à l’occasion des célébrations de l’indépendance, symbole fort d’une souveraineté que le pays entend défendre face à Paris.

Ce qu'il faut retenir

  • Vanuatu a réaffirmé jeudi 8 août 2026, à l’occasion de son indépendance, sa volonté de saisir le droit international pour les îles Matthew et Hunter.
  • Ces deux atolls, situés à environ 250 km au sud-est de la Nouvelle-Calédonie, sont administrés par la France mais revendiqués par Vanuatu depuis des décennies.
  • La décision s’inscrit dans un différend territorial remontant aux années 1980, avec des tensions périodiques entre les deux pays.
  • Port-Vila mise sur des instances comme la Cour internationale de Justice (CIJ) ou les Nations unies pour trancher ce litige.
  • Les îles Matthew et Hunter sont inhabitées mais stratégiquement situées, avec des zones économiques exclusives potentiellement riches.

Un différend territorial ancré dans l’histoire du Pacifique

Le contentieux entre Vanuatu et la France concernant les îles Matthew et Hunter remonte à l’époque coloniale. Ces territoires, aujourd’hui déserts, ont été cartographiés pour la première fois par des explorateurs européens au XIXe siècle. Leur statut juridique reste flou, notamment en raison de l’absence de traité bilatéral clair entre les deux pays.
Vanuatu, qui a obtenu son indépendance en 1980 après près d’un siècle de colonisation franco-britannique, a toujours considéré ces îles comme faisant partie intégrante de son territoire national. « Les îles Matthew et Hunter font partie intégrante de la République de Vanuatu, et leur statut doit être réglé dans le cadre du droit international », a déclaré un porte-parole du gouvernement vanuatais, cité par Le Monde - Politique.

Une stratégie juridique risquée mais calculée

Port-Vila mise désormais sur une stratégie à long terme, en s’appuyant sur des précédents internationaux. En 2018, la Cour internationale de Justice (CIJ) avait tranché un différend similaire entre les îles Maurice et les Maldives, en faveur de Port-Louis. Un précédent que Vanuatu espère utiliser à son avantage.
Pour autant, la France, qui administre ces territoires depuis les années 1960, n’a jamais reconnu la légitimité des revendications vanuataises. « Les îles Matthew et Hunter relèvent de la souveraineté française. Leur statut n’est pas négociable », avait réaffirmé le Quai d’Orsay en 2023, lors d’une précédente crise diplomatique. — Autant dire que les discussions risquent d’être tendues.

Des enjeux économiques et stratégiques sous-jacents

Au-delà de la question symbolique de la souveraineté, les îles Matthew et Hunter représentent un enjeu non négligeable. Bien qu’inhabitées, elles se situent au cœur d’une zone économique exclusive (ZEE) potentiellement riche en ressources halieutiques et en hydrocarbures.
Pour Vanuatu, la maîtrise de ces territoires permettrait d’étendre sa ZEE de plusieurs milliers de kilomètres carrés, renforçant ainsi son poids géopolitique dans la région. « Ces îles ne sont pas qu’un symbole, elles sont aussi une question de survie économique pour notre pays », a expliqué un haut fonctionnaire vanuatais sous couvert d’anonymat.
De son côté, la France y voit un intérêt stratégique pour ses territoires du Pacifique, notamment la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française. Une perte de souveraineté sur ces îles affaiblirait inévitablement sa position dans la région.

Et maintenant ?

La prochaine étape pourrait consister en une saisine officielle de la Cour internationale de Justice, une procédure qui prendrait plusieurs années avant d’aboutir. Une plainte formelle pourrait être déposée d’ici la fin de l’année 2026, selon des sources diplomatiques proches du dossier.
Quelle que soit la décision des instances internationales, une chose est sûre : ce différend ne sera pas résolu rapidement. Entre tensions diplomatiques et enjeux stratégiques, la France et Vanuatu devront trouver un terrain d’entente — ou accepter de se soumettre à un arbitrage contraignant.

Cette affaire rappelle que, même après des décennies d’indépendance, les questions de souveraineté peuvent resurgir avec force dans le Pacifique. Une région où les frontières maritimes restent souvent floues et où les intérêts géopolitiques s’entremêlent aux héritages coloniaux.

Vanuatu considère les îles Matthew et Hunter comme faisant partie intégrante de son territoire depuis son indépendance en 1980. Le gouvernement de Port-Vila mise désormais sur le droit international pour faire reconnaître cette souveraineté, après des décennies de tensions avec la France.

Si la Cour internationale de Justice donne raison à Vanuatu, la France pourrait être contrainte de se retirer des îles Matthew et Hunter. À l’inverse, une décision en faveur de Paris renforcerait la position française dans la région, mais risquerait d’attiser les tensions avec Port-Vila.