D'après BFM Business, le groupe allemand Varta, l'un des plus anciens fabricants européens de piles et batteries, a déposé le bilan auprès du tribunal de Stuttgart, une décision qui intervient après la perte de son principal client, le géant américain Apple. Quatre sociétés du groupe ont simultanément demandé une procédure d'insolvabilité, actuellement en cours d'examen.
Ce qu'il faut retenir
- Varta a perdu son client principal, Apple, qui remplace désormais ses batteries par des modèles chinois pour ses écouteurs AirPods.
- Quatre sociétés du groupe ont déposé une demande d'insolvabilité auprès du tribunal de Stuttgart, avec une usine de 350 salariés à Nördlingen devant fermer en octobre.
- Le groupe, qui emploie 4 000 personnes dans le monde, a enregistré une perte nette de 64,5 millions d'euros en 2024 pour un chiffre d'affaires de 793 millions d'euros.
- L'avenir de Varta pourrait passer par un démantèlement, les créanciers visant particulièrement l'activité des piles grand public, estimée entre 240 et 300 millions d'euros.
Cette situation marque un tournant pour Varta, dont l'usine de Nördlingen (Bavière) — employant 350 salariés — doit fermer dès octobre, selon un calendrier déjà acté. La décision de déposer le bilan fait suite à une série de pressions financières et commerciales qui ont précipité la chute du groupe. Apple, qui représentait jusqu'alors un pilier de ses ventes, a annoncé son remplacement par des fabricants chinois pour ses écouteurs sans fil, une décision stratégique qui prive Varta d'un contrat représentant une part majeure de son activité.
Depuis plusieurs années, Varta subissait déjà les effets de la concurrence asiatique, de la hausse des coûts des matières premières et de l'énergie, ainsi que de la volatilité des taux de change. Ces facteurs avaient déjà fragilisé sa situation financière, aggravée en 2024 par une perte nette de 64,5 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 793 millions d'euros. La perte d'Apple en tant que client, effective au printemps 2026, a finalement conduit le groupe à solliciter une procédure d'insolvabilité pour quatre de ses filiales, une démarche désormais entre les mains du tribunal de Stuttgart.
Un groupe en difficulté depuis des années
Fondé en 1887, Varta est une institution en Europe, spécialisée à l'origine dans la distribution, la recharge et la réparation d'accumulateurs portables — son nom étant l'acronyme de Vertrieb, Aufladung, Reparatur transportabler Akkumulatoren. Le groupe a connu son apogée avec les piles grand public, les batteries automobiles puis les microbatteries pour écouteurs sans fil et montres connectées. Aujourd'hui, il emploie encore 3 260 salariés à travers le monde, dont une partie en France où il dispose d'une implantation commerciale à La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine).
Cependant, ces dernières années, Varta a accumulé des dettes importantes en raison de ses investissements massifs pour moderniser ses capacités de production. Ces dépenses, combinées à une demande atone sur certains segments et à des conditions de marché défavorables, ont creusé ses déficits. La Deutsche Bank et trois fonds d'investissement londoniens — Blantyre, RBC Bluebay et Whitebox — figurent parmi les principaux créanciers du groupe. Depuis une restructuration en 2024, Varta appartient partiellement au constructeur automobile Porsche et à l'homme d'affaires autrichien Michael Tojner, qui a évoqué jeudi la possibilité de sauver certaines activités du groupe.
« Cela sera toutefois lié à une nouvelle procédure de restructuration et à des coupes sévères », a précisé Michael Tojner dans la presse régionale, sans donner plus de détails sur les secteurs concernés ou l'ampleur des réductions envisagées.
Un avenir incertain entre démantèlement et sauvetage
Selon l'hebdomadaire économique allemand Wirtschaftswoche, le groupe suisse Allswiss s'était positionné en juin pour racheter Varta, mais son offre reste à ce stade non contraignante et soumise à de nombreuses conditions. Pour l'instant, seul le segment des piles grand public — celles utilisées dans les télécommandes ou les jouets — semble épargné par le dépôt de bilan. Varta insiste d'ailleurs sur le fait que cette démarche n'est pas une cessation immédiate de paiements, mais une tentative de réorganiser l'entreprise avant que sa situation ne devienne irréversible.
Les créanciers, eux, semblent déterminés à récupérer les actifs les plus rentables du groupe. Parmi eux, l'activité des piles domestiques, évaluée entre 240 et 300 millions d'euros, suscite particulièrement leur intérêt. Une cession partielle ou totale de ce pôle pourrait permettre de désendetter partiellement Varta, mais elle signifierait aussi la fin d'une ère pour une entreprise emblématique du secteur industriel allemand.
Quant à la France, où Varta dispose d'une représentation commerciale à La Garenne-Colombes, cette procédure pourrait avoir des répercussions sur ses activités locales, bien que le groupe n'ait pas encore communiqué de mesures spécifiques pour son implantation hexagonale.
Un symbole des défis industriels européens
La chute de Varta illustre les difficultés croissantes rencontrées par les industries européennes face à la concurrence internationale, notamment asiatique, et aux transformations rapides des chaînes d'approvisionnement. La perte d'Apple, un client stratégique, a agi comme un révélateur des faiblesses structurelles du groupe, incapable de rivaliser sur les coûts tout en maintenant une innovation suffisante pour séduire les grands donneurs d'ordres technologiques.
Cette affaire pose également la question de la résilience des écosystèmes industriels locaux en Europe. Varta, avec ses racines profondes en Allemagne, était un acteur historique du secteur des batteries, un domaine aujourd'hui dominé par des géants asiatiques comme CATL ou BYD. Son déclin soulève des interrogations sur la capacité de l'Europe à préserver ses industries traditionnelles dans un contexte de transition énergétique et de digitalisation accélérée.
Reste à savoir si une solution de sauvetage émergera, ou si Varta rejoindra la longue liste des entreprises industrielles européennes disparues ou rachetées par des concurrents étrangers. Une chose est sûre : le dépôt de bilan de ce géant historique marque un tournant pour le secteur des batteries en Europe.
Les demandes d'insolvabilité déposées par quatre sociétés du groupe sont actuellement examinées par le tribunal de Stuttgart. Une décision sur leur validité devrait intervenir dans les prochaines semaines. Dans l'intervalle, les créanciers — dont la Deutsche Bank et plusieurs fonds londoniens — devront négocier avec les actionnaires, notamment Porsche et Michael Tojner, pour déterminer la suite à donner : démantèlement partiel, cession d'actifs ou tentative de restructuration.
Pour l'instant, Varta n'a pas annoncé de mesures spécifiques concernant son implantation française à La Garenne-Colombes. L'activité des piles grand public, qui inclut la commercialisation en France, n'est pas directement concernée par le dépôt de bilan. Cependant, une restructuration globale du groupe pourrait avoir des répercussions sur ses filiales internationales, selon l'issue des négociations en cours.