Les vendanges ont débuté ce samedi 8 août en Bourgogne pour les crémants, un démarrage exceptionnellement précoce qui pulvérise les records habituels. Selon BFM Business, cette avancée de près d’un mois par rapport aux pratiques traditionnelles illustre l’impact croissant du réchauffement climatique sur les cycles agricoles, avec des conséquences directes sur la qualité et la quantité des récoltes.

Marg Sangoy, président de la Cave de Lugny en Saône-et-Loire, n’a jamais connu une telle précocité en quarante ans de carrière. « Les records tombent. Ça va vite », constate-t-il, alors que la récolte des crémants, traditionnellement lancée vers la mi-août, a démarré cette année le 8 août. Ce décalage s’explique par les canicules successives qui ont accéléré la maturité des raisins. Le précédent record datait de 2022, avec un début des vendanges le 13 août. Pour les vins tranquilles (non effervescents), les premiers coups de sécateur sont attendus « en fin de semaine prochaine, probablement », selon lui.

Ce qu'il faut retenir

  • Les vendanges des crémants en Bourgogne ont commencé le 8 août 2026, un record de précocité jamais observé depuis 1988.
  • En 1988, la date moyenne de début des vendanges en Bourgogne était fixée autour du 27 septembre, contre 6 septembre en 2019.
  • Les températures élevées ont accéléré la maturité des raisins, réduisant la durée de croissance et concentrant les sucres et l’acidité.
  • Les rendements en Bourgogne devraient être inférieurs à 30 % en raison de la sécheresse, malgré une qualité qualitative préservée.
  • Les vins blancs seront récoltés vers le 18-20 août, suivis des rouges « vers le 20-25 août », selon les estimations de la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB).
  • En France, les vendanges ont également démarré dès juillet dans le Languedoc-Roussillon et dès jeudi en Champagne et dans le Bordelais pour les crémants.

Un phénomène accéléré depuis près de quarante ans

Cette précocité record s’inscrit dans une tendance de long terme, comme l’atteste une étude de l’historien du climat Thomas Labbé. En analysant sept siècles de dates de vendanges des rouges à Beaune, il observe que la récolte se déroulait autour du 27 septembre en moyenne entre la fin du Moyen Âge et 1988. « Tout s’est accéléré depuis 1988 », souligne-t-il. Depuis cette date, la moyenne pour le début des vendanges a reculé de près de trois semaines, passant de fin septembre à début septembre.

Jean-Marc Touzard, directeur de recherche à l’Inrae en agro-écologie, confirme cette accélération. « On voit une tendance claire, avec au moins quatre jours de précocité gagnés par décennie, même s’il peut y avoir des variations annuelles », indique-t-il. L’augmentation des températures moyennes explique en partie ce phénomène : le raisin accumule davantage de sucre, qui se transformera en alcool lors de la vinification, et d’acidité, le rendant mûr plus rapidement. Cette évolution pose des défis majeurs pour les vignerons, contraints de s’adapter à des cycles de plus en plus courts.

Des rendements en baisse, une qualité préservée

Malgré une maturité précoce, les vignerons bourguignons anticipent des rendements historiquement bas. Olivier Fichet, vigneron à Igé en Saône-et-Loire, estime que les récoltes « ne dépasseront à peine les 30 % » de la normale. « La sécheresse a limité la croissance des baies, et la canicule a freiné leur développement », explique-t-il. Ses 30 hectares de vignes devraient être vendangés vers le 15 août, un calendrier qui confirme la tendance générale.

Pour autant, la qualité ne devrait pas pâtir de ces conditions extrêmes. Michel Barraud, coprésident du Comité des vins de Bourgogne, se veut rassurant : « La récolte sera très moyenne en quantité mais bonne en qualité. » Cette année encore, les professionnels soulignent que les raisins, bien que moins nombreux, présentent une concentration aromatique élevée, un atout pour les vins d’exception. Thiébault Huber, président de la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB), précise que les estimations initiales, prévoyant des vendanges avant le 15 août, ont été revues à la hausse grâce à un ralentissement de la maturation dû à la sécheresse et aux canicules. « On tablait sur des vendanges avant le 15 août mais on prévoit plutôt maintenant vers le 25 août », a-t-il indiqué.

Une précocité généralisée en France et en Europe

La Bourgogne n’est pas un cas isolé. En Champagne et dans le Bordelais, les vendanges des crémants ont également débuté dès jeudi. Dans le Languedoc-Roussillon, certaines parcelles ont même été récoltées dès juillet, une première pour cette région. Ces décalages reflètent une tendance européenne, où les vagues de chaleur et les épisodes de sécheresse se multiplient, perturbant les cycles viticoles traditionnels.

Les professionnels s’interrogent désormais sur l’avenir des calendriers de vendanges. Le record historique de 1556, où les vendanges des rouges avaient débuté à Beaune le 15 août, ne devrait pas être battu cette année. Cependant, avec le réchauffement climatique, les vignerons anticipent une poursuite de cette tendance. « Les canicules deviennent la norme en été, et les vignes doivent s’adapter », observe Jean-Marc Touzard. Certains domaines expérimentent déjà des techniques pour limiter l’impact des températures élevées, comme l’ombrage des ceps ou l’irrigation maîtrisée, bien que cette dernière reste controversée dans un contexte de raréfaction de la ressource en eau.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer l’ampleur des dégâts et la qualité des vins produits. Les vignerons bourguignons devraient communiquer plus précisément sur les rendements et les profils aromatiques des vins d’ici la fin du mois. Une chose est sûre : les vendanges 2026 marqueront un nouveau jalon dans l’adaptation des vignobles au changement climatique. Pour les consommateurs, cela pourrait se traduire par des vins plus alcoolisés et des prix ajustés à la baisse, reflétant des volumes réduits.

Alors que les températures restent élevées en août, les vignerons surveillent de près l’évolution de la maturité des raisins. Si les prévisions météo annoncent une amélioration, les récoltes pourraient se poursuivre dans de bonnes conditions. Dans le cas contraire, la qualité pourrait en pâtir, avec des risques de blocage de la maturation ou de perte de fraîcheur. Une chose est certaine : la Bourgogne, comme d’autres régions viticoles, devra repenser ses pratiques pour concilier tradition et résilience face au climat.

La précocité des vendanges en 2026 s’explique principalement par les canicules successives et les températures élevées enregistrées depuis le printemps. Ces conditions ont accéléré la maturation des raisins, réduisant le cycle de croissance habituel de plusieurs semaines. Selon les experts, cette tendance s’inscrit dans un réchauffement climatique qui perturbe les cycles naturels des vignobles.

Si les rendements seront historiquement bas en raison de la sécheresse, les professionnels s’attendent à une qualité préservée, voire améliorée. Les raisins, bien que moins nombreux, présentent une concentration aromatique élevée grâce à des conditions de maturation optimales. Les vins pourraient ainsi être plus alcoolisés et riches en arômes, mais leur disponibilité sera limitée par les faibles volumes récoltés.