Avec une participation en baisse et un résultat qui surprend les observateurs, la gauche vénitienne a subi un revers cinglant aux élections municipales des 24 et 25 mai 2026. Selon Courrier International, le candidat de centre gauche Andrea Martella, longtemps donné favori, s’est incliné face au centriste Simone Venturino, soutenu par l’ensemble de la droite italienne.
Ce qu'il faut retenir
- Le Parti démocrate (centre gauche) perd Venise après plus de dix ans de gouvernance de droite, malgré le soutien de l’intellectuel Antonio Scurati.
- Andrea Martella, favori du scrutin, est éliminé dès le premier tour par Simone Venturino, allié du camp conservateur.
- L’écrivain Antonio Scurati avait alerté dans La Repubblica sur les défis de Venise : dépeuplement, surtourisme et montée des eaux.
- Les médias italiens se gaussent de la défaite de la gauche, à l’image du Giornale titrant « Meloni peut être sérénissime », en référence à la Sérénissime république de Venise.
Une tribune engagée d’Antonio Scurati avant le scrutin
Quelques jours avant le vote, l’écrivain vénitien d’adoption Antonio Scurati avait publié une tribune dans La Repubblica pour alerter sur l’avenir de la cité des Doges. « Le 24 mai se jouera l’avenir de Venise. Pourtant, il n’est pas certain que Venise ait un avenir », avait-il lancé, pointant du doigt les menaces structurelles pesant sur la ville : dépeuplement chronique, pression touristique excessive et montée inexorable des eaux. Scurati, figure de proue de l’intelligentsia de gauche transalpine, n’a pas désigné de candidat favori, mais son engagement politique transparaissait clairement.
Pourtant, malgré l’influence de ses prises de position, les électeurs ont choisi une autre voie. À Venise comme ailleurs en Italie, les dynamiques politiques locales résistent parfois aux grands discours nationaux. Le résultat du scrutin a pris de court les observateurs, alors que Martella était crédité d’une avance confortable dans les sondages.
Un résultat qui consacre la droite et relance les spéculations politiques
Dès l’annonce des premiers résultats, la presse transalpine a réagi avec ironie. Le quotidien Il Giornale a titré « Meloni peut être sérénissime », jouant sur le surnom historique de Venise, la « Sérénissime », et sur le nom de la Première ministre Giorgia Meloni. Une manière de souligner que, malgré les alertes sur l’avenir de la lagune, les Vénitiens ont privilégié une ligne politique opposée aux propositions progressistes.
Simone Venturino, candidat du centre mais soutenu par l’ensemble de la droite, a profité d’un vote sanction contre le Parti démocrate. Ce dernier, bien que dominant dans d’autres régions italiennes, n’a pas su convaincre à Venise, où la droite locale conserve une forte implantation. Le score de Martella, bien que notable, n’a pas suffi à inverser la tendance, confirmant le rejet d’une gestion municipale perçue comme trop éloignée des réalités locales.
Venise, un laboratoire des enjeux climatiques et sociaux
Le débat politique à Venise ne se limite pas à une opposition gauche-droite classique. La ville incarne aussi les défis globaux du XXIe siècle : montée des eaux, pression immobilière et désertification des quartiers historiques. Les candidats ont été interrogés sur ces sujets, mais les priorités des électeurs ont semblé diverger. Venturino a mis en avant une approche pragmatique, tandis que Martella défendait des mesures plus ambitieuses pour lutter contre le surtourisme et revitaliser le centre-ville.
La défaite de la gauche intervient dans un contexte où les partis progressistes italiens peinent à mobiliser au-delà de leurs bastions traditionnels. Venise, ville touristique par excellence, a vu sa population chuter de près de 30 % depuis les années 1950, selon les dernières estimations. Un phénomène que ni les alertes des intellectuels ni les promesses des candidats n’ont réussi à inverser.
Côté national, cette défaite locale pourrait renforcer les critiques contre les dirigeants du Parti démocrate, déjà sous pression après les dernières élections européennes. Quant à Giorgia Meloni, ce scrutin lui offre une nouvelle occasion de mettre en avant sa capacité à fédérer au-delà de son électorat traditionnel.
Pour Venise, l’enjeu reste entier : entre sauvegarde de son patrimoine, adaptation climatique et équilibre social, la ville devra trouver des réponses urgentes, quelle que soit la couleur politique de ses gouvernants.
Venise concentre des défis symboliques et concrets pour l’Italie : déclin démographique, pression touristique, montée des eaux et perte d’influence politique. Une ville emblématique dont la gestion est scrutée au niveau national.