L’histoire de l’écologie en France ne se résume pas à des théories ou des rapports politiques. Elle s’écrit aussi dans la colère des classes populaires contre un monde industrialisé où le profit prime sur l’environnement, selon Reporterre. C’est ce que met en lumière l’historien François Jarrige dans son dernier ouvrage, « Vert de rage », qui retrace deux siècles de combats environnementaux menés par des ouvriers, des paysans et des citoyens ordinaires.
Ce qu'il faut retenir
- François Jarrige publie « Vert de rage », un livre retraçant deux siècles de luttes écologistes populaires en France
- L’ouvrage souligne que les avancées environnementales ont souvent été portées par des mouvements sociaux issus des classes populaires
- L’auteur rappelle que la pensée écologique s’est construite en opposition à un modèle industriel destructeur
- Le moteur de la protection de l’environnement reste, selon Jarrige, les mobilisations collectives et les conflits
Dans cet essai, François Jarrige ne se contente pas d’égrener des dates ou des noms de militants. Il montre comment, dès le XIXe siècle, les ouvriers et les paysans ont résisté à l’industrialisation massive, aux machines qui polluaient l’air et aux usines qui empoisonnaient les rivières. « Les luttes ont toujours été le moteur de la pensée écologique », rappelle l’historien. Que ce soit contre les mines de charbon, les barrages ou les pesticides, les classes populaires ont été en première ligne pour dénoncer les dégâts environnementaux causés par un système économique vorace.
« Qu’est-ce qui a fait avancer la bataille environnementale ? Les luttes. De quoi sommes-nous aujourd’hui les héritiers ? Les luttes, encore et encore. »
— François Jarrige, « Vert de rage »
L’auteur insiste sur un point souvent oublié : l’écologie n’est pas née dans les cercles intellectuels ou les salons parisiens, mais dans les rues, les usines et les campagnes. Les mouvements sociaux ont forcé les gouvernements à prendre en compte les enjeux environnementaux, bien avant que le terme « écologie » ne devienne un mot d’ordre politique. Jarrige cite notamment les révoltes contre les canaux d’irrigation au XIXe siècle, les grèves des mineurs qui refusaient de travailler dans des conditions insalubres, ou encore les mobilisations paysannes contre l’usage massif de produits chimiques dans l’agriculture.
L’ouvrage s’attarde aussi sur des figures méconnues de l’histoire environnementale, comme les femmes des milieux populaires qui, dès le début du XXe siècle, organisaient des réseaux de récupération et de recyclage pour limiter le gaspillage. Ces initiatives, souvent locales et spontanées, préfiguraient les principes du zéro déchet ou de l’économie circulaire. « Ces luttes étaient portées par des gens qui n’avaient pas accès aux leviers du pouvoir, mais qui, par leur action collective, ont changé le cours des choses », explique Jarrige.
François Jarrige, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne, n’est pas un inconnu dans le monde académique. Spécialiste des questions environnementales et industrielles, il a déjà publié plusieurs ouvrages sur les rapports entre société et technique, dont « Technocritiques » (La Découverte, 2014). Avec « Vert de rage », il offre une perspective originale, loin des débats sur la transition énergétique ou les accords internationaux, en replaçant l’écologie au cœur des rapports sociaux.
Ce livre rappelle une évidence trop souvent oubliée : l’écologie n’est pas une affaire de privilégiés, mais un combat universel. Les classes populaires, qui subissent de plein fouet les conséquences de la pollution et du dérèglement climatique, ont toujours été les premières à se mobiliser pour un environnement sain. À l’heure où les inégalités sociales et écologiques s’aggravent, l’héritage de ces luttes résonne comme un appel à l’action collective.
Pour ceux qui souhaitent approfondir ces questions, « Vert de rage » est disponible en librairie depuis le 5 juin 2026. Une lecture qui permet de mieux comprendre que les combats écologistes d’aujourd’hui s’enracinent dans une histoire bien plus ancienne que les simples polémiques sur les OGM ou les éoliennes.
François Jarrige est historien, professeur à l’université de Bourgogne, spécialiste des questions environnementales et industrielles. Parmi ses ouvrages les plus connus figurent « Technocritiques » (2014) et « Au temps des « tueuses de bras » » (2019), qui analysent les résistances aux machines et à l’industrialisation. Il est également membre du collectif « Les Luddites », qui étudie les mouvements de contestation technologique.
L’ouvrage est disponible en librairie depuis le 5 juin 2026, ainsi que sur les plateformes en ligne comme Fnac, Amazon ou Decitre. Il est publié aux éditions du Seuil, dans la collection « La couleur des idées ».