Les découvertes récentes concernant d’éventuelles traces de vie passée sur Mars sont au cœur des débats du congrès international Cospar, qui se tient actuellement à Florence jusqu’au 15 août. Selon Euronews FR, ces avancées s’appuient notamment sur les analyses du rover Perseverance, de la Nasa, et relancent l’espoir de percer un jour le mystère de l’habitabilité de la planète rouge.

Ce qu'il faut retenir

  • Mars, souvent considérée comme inhospitalière, présente des caractéristiques géologiques et chimiques compatibles avec une vie microbienne passée, selon les dernières études.
  • Le rover Perseverance a détecté des minéraux et une matière organique complexe, éléments habituellement associés à une activité biologique sur Terre.
  • La mission ExoMars 2028 de l’ESA, avec le rover Rosalind Franklin, pourrait fournir des preuves directes grâce à son forage jusqu’à 2 mètres de profondeur.
  • Un échantillon prélevé en été 2024 par Perseverance contient des traces biologiques potentielles, encore à confirmer par des analyses terrestres.
  • Les scientifiques estiment que, si vie il y a eu, elle aurait été constituée de micro-organismes souterrains, protégés des radiations mortelles en surface.

Une planète autrefois propice à la vie ?

Longtemps perçue comme un désert glacé et stérile, Mars fait aujourd’hui l’objet d’une réévaluation scientifique majeure. Selon Teresa Fornaro, astrobiologiste à l’observatoire d’Arcetri (Italie) et membre de l’équipe Perseverance, « la convergence de plusieurs éléments, comme la découverte de minéraux produits par des micro-organismes sur Terre et de matière organique complexe, augmente la probabilité qu’au moins par le passé, Mars ait pu être habitée ».

Ces minéraux, associés à des composés carbonés, évoquent des processus biologiques terrestres. Pourtant, leur origine martienne reste à confirmer. « Nous n’avons recueilli que des indices indirects », précise la chercheuse. « La matière organique retrouvée présente une structure profondément altérée, ce qui rend difficile l’identification de son origine ». Une certitude ne pourrait venir que d’une analyse directe des échantillons sur Terre, d’où l’importance des missions en préparation.

ExoMars 2028 et Rosalind Franklin : la quête des preuves définitives

L’Agence spatiale européenne (ESA) mise beaucoup sur sa mission ExoMars 2028, dont le lancement est prévu pour cette année et l’atterrissage sur Mars en 2030. Son atout majeur réside dans le rover Rosalind Franklin, équipé d’instruments inédits capables de forer jusqu’à 2 mètres sous la surface. « Jusqu’à présent, les rovers n’ont exploré que la surface », explique Teresa Fornaro. « Rosalind Franklin, avec ses outils de pointe, pourrait enfin nous donner une réponse claire : la vie a-t-elle existé sur Mars ? »

Cette mission s’inscrit dans la continuité de Trace Gas Orbiter, envoyé en 2016 pour analyser l’atmosphère martienne. Si les résultats de ExoMars sont concluants, ils marqueraient un tournant dans l’histoire de l’astrobiologie. Pour autant, l’ESA ne part pas de zéro : le programme, initialement prévu pour 2022, avait été reporté en raison de la guerre en Ukraine et de la rupture de collaboration avec la Russie.

Perseverance, l’autre acteur clé de la recherche

Du côté de la Nasa, le rover Perseverance, en service depuis 2021 dans le cadre de la mission Mars 2020, continue d’alimenter les espoirs. Initialement conçu pour une durée d’un an martien (soit 687 jours terrestres), il a vu sa mission prolongée indéfiniment en raison de son bon état de fonctionnement. « Grâce aux prélèvements de roches et de régolithe, il fait progresser de manière spectaculaire la recherche spatiale », note l’astrobiologiste.

Parmi ses découvertes récentes, un échantillon collecté à l’été 2024 a retenu l’attention. Bien que les analyses complémentaires soient encore nécessaires, l’administrateur de la Nasa Sean Duffy a qualifié cet échantillon de « moment où nous nous sommes rapprochés plus que jamais de la vie sur Mars ». Ces potentielles traces biologiques, si elles sont confirmées, constitueraient une avancée majeure. Cependant, leur interprétation reste prudente : la matière organique peut avoir une origine géologique ou chimique, sans lien avec la vie.

Une vie souterraine, protégée des radiations

Les scientifiques s’accordent à dire que, si vie il y a eu sur Mars, elle aurait probablement prospéré en sous-sol. La surface de la planète est en effet balayée par des radiations cosmiques mortelles, incompatibles avec la survie d’organismes complexes. « Les micro-organismes martiens auraient vécu à l’abri des roches », explique Teresa Fornaro. « Ils auraient exploité l’énergie des minéraux pour survivre », un mécanisme similaire à celui observé sur Terre dans certains écosystèmes extrêmes.

Cette hypothèse est étayée par la présence de sulfates et de carbonates, minéraux souvent associés à une activité biologique passée. Cependant, sans échantillon retourné sur Terre, il est impossible d’exclure d’autres explications. « Nous avons besoin d’analyses en laboratoire, avec des instruments que nous ne pouvons pas envoyer sur Mars », souligne la chercheuse. C’est pourquoi les missions de retour d’échantillons, comme celles prévues par la Nasa et l’ESA dans les années à venir, sont cruciales.

Et maintenant ?

Les prochaines années s’annoncent décisives pour l’astrobiologie. Le rover Rosalind Franklin devrait décoller en 2028 et atterrir en 2030, tandis que Perseverance poursuivra ses explorations jusqu’à épuisement de ses ressources. Parallèlement, les agences spatiales préparent des missions de retour d’échantillons, avec un objectif de retour sur Terre d’ici 2033 au plus tôt. Ces retours permettraient enfin d’analyser les prélèvements dans des laboratoires équipés, offrant une réponse définitive – ou presque – à la question de la vie sur Mars.

Au-delà de Mars, ces découvertes pourraient redéfinir notre compréhension de la vie dans l’univers. Si des micro-organismes ont existé sur la planète rouge, pourquoi pas ailleurs dans la galaxie ? Pour les chercheurs, une chose est sûre : « Nous sommes plus proches que jamais de percer ce mystère », comme le résume Teresa Fornaro. Mais la prudence reste de mise – l’histoire de la science regorge de fausses pistes et de découvertes qui ont dû être revues. Une seule certitude : la course à la vie sur Mars ne fait que commencer.

ExoMars, mission de l’ESA, se distingue par son rover Rosalind Franklin, capable de forer jusqu’à 2 mètres sous la surface, contre quelques centimètres pour Perseverance (Mars 2020). ExoMars vise explicitement la recherche de traces de vie passée, tandis que Perseverance collecte des échantillons en vue d’un futur retour sur Terre. Par ailleurs, ExoMars utilise des instruments européens optimisés pour détecter des biosignatures, contrairement aux outils polyvalents de la Nasa.