Selon France 24, le service français de vigilance contre les ingérences numériques étrangères, Viginum, a récemment mis au jour un vaste réseau de propagande en ligne directement lié à la Chine. Ce dispositif, baptisé « Fawn Mianju » par les autorités françaises, s’appuie sur des pseudo-sites d’actualité et des comptes automatisés sur les réseaux sociaux pour promouvoir une image positive du pays et de sa politique internationale. L’enquête révèle des liens étroits avec la chaîne de télévision d’État chinoise CGTN, déjà pointée du doigt par plusieurs démocraties pour ses tentatives d’influence.
Cette découverte s’inscrit dans un contexte où les tensions géopolitiques entre l’Occident et Pékin s’intensifient, notamment sur les questions de souveraineté numérique et de liberté d’expression. Viginum, placé sous l’autorité du Premier ministre, joue un rôle central dans la protection des institutions françaises contre les menaces hybrides, incluant les campagnes de désinformation orchestrées depuis l’étranger.
Ce qu'il faut retenir
- Viginum a identifié un réseau de propagande chinois appelé « Fawn Mianju », visant à diffuser une image favorable de la Chine en France.
- Ce réseau s’appuie sur des pseudo-sites d’actualité et des comptes automatisés sur les réseaux sociaux, en lien direct avec la chaîne d’État chinoise CGTN.
- L’enquête souligne l’utilisation de techniques de manipulation de l’opinion publique, similaires à celles employées par d’autres États dans des campagnes d’influence récentes.
- La CGTN est déjà suspectée d’avoir mené des opérations de désinformation à l’encontre de plusieurs pays, dont les États-Unis et le Royaume-Uni.
Un réseau structuré pour influencer l’opinion
Les investigations de Viginum ont permis de reconstituer l’architecture de ce réseau, composé de dizaines de sites web imitant des médias indépendants, mais diffusant systématiquement des contenus alignés sur la ligne éditoriale chinoise. Ces plateformes, souvent hébergées sur des serveurs étrangers, utilisent des algorithmes pour amplifier leur visibilité sur les réseaux sociaux, notamment Twitter et Facebook. France 24 précise que certains comptes automatisés génèrent des milliers de publications par jour, relayant des messages pro-Pékin ou critiquant les positions françaises sur des sujets sensibles, comme Taïwan ou les droits de l’homme.
Les autorités françaises estiment que ce réseau vise à saper la cohésion sociale et à discréditer les institutions en instrumentalisant des débats légitimes. « Ces méthodes relèvent d’une stratégie délibérée pour brouiller les frontières entre information et propagande », a souligné un responsable de Viginum, qui préfère rester anonyme. Selon les premières analyses, une partie des contenus est traduite automatiquement depuis des médias chinois, tandis que d’autres sont conçus spécifiquement pour le public francophone.
La CGTN, un acteur central dans cette opération
Les investigations de Viginum ont établi des connexions directes entre « Fawn Mianju » et la CGTN, chaîne internationale contrôlée par le Parti communiste chinois. Plusieurs comptes identifiés par les enquêteurs diffusaient des liens vers des reportages de la CGTN, parfois tronqués ou sortis de leur contexte pour servir un narratif pro-chinois. France 24 rappelle que la CGTN a déjà été sanctionnée par les États-Unis, qui l’ont classée comme « mission étrangère » en 2020, en raison de ses pratiques jugées contraires aux principes de la liberté de la presse.
En Europe, la chaîne est régulièrement pointée du doigt pour son manque d’impartialité. En 2024, le régulateur britannique des médias, Ofcom, avait infligé une amende à la CGTN pour avoir diffusé des contenus biaisés lors de la couverture de manifestations pro-démocratie à Hong Kong. « Ces agissements ne sont pas isolés : ils s’inscrivent dans une logique globale de contrôle de l’information », a expliqué une source diplomatique française sous couvert d’anonymat.
Cette affaire soulève des questions plus larges sur la capacité des démocraties à protéger leur espace informationnel face aux stratégies d’influence étrangères. En France, une proposition de loi visant à renforcer la lutte contre la désinformation, actuellement en discussion au Parlement, pourrait être accélérée en réponse à cette découverte. Pour l’heure, Viginum continue ses investigations, tandis que le ministère des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur de Chine à Paris pour exprimer sa « préoccupation ».
« Fawn Mianju » est le nom de code attribué par Viginum à ce réseau de propagande chinois. Le terme, qui signifie littéralement « faire semblant » (fawn) et « visage » (mianju) en mandarin, refléterait selon les enquêteurs la stratégie de dissimulation employée par ses membres, qui se font passer pour des médias indépendants tout en relayant des contenus pro-chinois. Ce nom évocateur a été choisi pour marquer la dimension trompeuse de l’opération.