Selon Ouest France, l’opposition à Benito Mussolini en Italie fasciste a pris bien des formes, mais peu d’entre elles ont frôlé l’attentat comme celle de Violet Gibson. Le 7 avril 1926, cette Irlandaise de 45 ans a tenté d’assassiner le Duce à Rome, manquant de peu de le tuer d’une balle dans la nuque. Alors que d’autres tentatives avaient échoué, celle de Gibson fut la plus proche du succès — avant que le régime ne la transforme en une figure de la folie, effaçant presque son acte de l’histoire.

Ce qu'il faut retenir

  • Violet Gibson, une Irlandaise de 45 ans, a tenté d’assassiner Benito Mussolini le 7 avril 1926 à Rome, lui tirant une balle dans la nuque sans le tuer.
  • Son projectile a ricoché sur la boîte crânienne de Mussolini, qui a survécu à l’attentat avec seulement une légère blessure au visage.
  • Arrêtée sur-le-champ, elle a été immédiatement présentée par la propagande fasciste comme une « folle », effaçant son acte politique.
  • Le régime a instrumentalisé son apparence — décrite comme celle d’une « vieille femme » — pour discréditer toute opposition.
  • Emprisonnée puis expulsée d’Italie, Violet Gibson est morte dans l’oubli en 1956, sans que son geste ne soit reconnu comme un acte de résistance.

Une tentative d’assassinat minutieusement préparée

Le 7 avril 1926, alors que Mussolini s’apprête à quitter la piazza del Campidoglio à Rome, Violet Gibson, vêtue d’une robe noire et d’un chapeau, se mêle à la foule. Selon les rapports de l’époque, rapportés par Ouest France, elle s’approche du dictateur et tire un coup de feu à bout portant avec un pistolet automatique. La balle, au lieu de le tuer, ricoche sur sa nuque et lui érafle légèrement le visage. Mussolini, sous le choc mais indemne, est rapidement entouré par ses gardes du corps, qui maîtrisent l’auteure présumée.

Les circonstances de l’attentat restent floues. Gibson, interrogée par la police italienne, affirme avoir agi seule et sans motif politique apparent. Pourtant, les archives révèlent qu’elle était connue pour ses convictions anticolonialistes et son opposition farouche au fascisme. Née dans une famille aisée de Dublin, elle avait voyagé en Europe avant de s’installer à Rome, où elle vivait recluse, obsédée par ses idées.

La propagande fasciste transforme une opposante en « folle »

Dès le lendemain de l’attentat, le régime mussolinien instrumentalise l’événement pour discréditer toute opposition. Les journaux fascistes, comme Il Popolo d’Italia, décrivent Gibson comme une femme au comportement erratique, présentant son geste comme le fait d’une personne mentalement instable. « Elle avait l’apparence d’une vieille femme », peut-on lire dans les comptes-rendus de l’époque, une description reprise par Ouest France pour souligner comment le régime a minimisé son acte.

Son procès, expéditif, aboutit à son internement dans un hôpital psychiatrique en Italie. Elle y reste jusqu’en 1929, date à laquelle elle est expulsée vers le Royaume-Uni. Son cas est alors effacé des archives officielles, comme si son acte n’avait jamais eu lieu. Pour l’historienne spécialiste du fascisme, Suzannah Lipscomb, citée par Ouest France, cette stratégie visait à « délégitimer toute opposition en la présentant comme irrationnelle » — une tactique encore utilisée aujourd’hui par les régimes autoritaires.

Une figure oubliée de l’histoire, réhabilitée tardivement

Pendant des décennies, Violet Gibson est restée une figure marginale, voire méprisée, dans les manuels d’histoire. Pourtant, son geste a marqué un tournant dans la résistance au fascisme. En 2016, un documentaire diffusé sur BBC Two a relancé l’intérêt pour son parcours, révélant des archives inédites sur son militantisme. L’historienne Francesca Tacchi, auteure de *Violet Gibson: The Woman Who Shot Mussolini*, a souligné à l’époque que « Gibson méritait d’être reconnue comme une opposante politique, et non comme une folle ».

Son histoire pose une question troublante : et si Mussolini avait succombé à ses blessures ? La trajectoire de l’Italie — et peut-être de l’Europe — aurait pu s’en trouver profondément modifiée. À l’heure où l’extrême droite resurgit en Europe, son parcours rappelle aussi que la résistance, même isolée, peut défier les tyrans.

Et maintenant ?

Soixante-dix ans après sa mort, en 1956, l’héritage de Violet Gibson reste marginalisé dans l’historiographie. Pourtant, des initiatives mémorielles, comme celles portées par des associations féministes ou antifascistes, pourraient réhabiliter son rôle. En Italie, où la mémoire du fascisme est encore sujette à débats, son cas pourrait être intégré dans les programmes scolaires d’ici 2027, année marquant les 100 ans de la prise de pouvoir par Mussolini. Reste à savoir si les institutions culturelles oseront briser le silence sur une figure aussi inconvenante pour le récit officiel.

Une chose est sûre : son histoire interroge toujours. Comment un régime autoritaire parvient-il à effacer les traces de ceux qui l’ont défié ? Et pourquoi une femme seule, sans armée ni soutien, a-t-elle osé braquer son arme sur le Duce ? Autant dire que les réponses, comme les silences, en disent long sur le pouvoir.