Deux associations laïques mosellanes ont saisi le tribunal administratif de Strasbourg pour contester une subvention de la ville de Metz destinée à financer une partie de la visite du pape Léon XIV prévue le 28 septembre 2026. Selon Le Figaro, l’Union des familles laïques (Ufal) de Moselle et l’association Les Profanes contestent l’utilisation de ces fonds publics pour un événement à caractère religieux, alors que les collectivités locales n’ont généralement pas le droit de financer des activités cultuelles en vertu de la loi de 1905.

La mairie de Metz a prévu d’investir 250 000 euros pour organiser cet événement, une somme qui servira notamment à l’acquisition d’écrans géants destinés à équiper des « fan zones » où sera retransmise la messe célébrée par le pape à la cathédrale Saint-Étienne de Metz. Les associations ont accompagné leur recours d’un référé-suspension, une procédure d’urgence visant à bloquer la commande de ces équipements en attendant une décision du tribunal.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux associations laïques mosellanes attaquent devant le tribunal administratif de Strasbourg une subvention municipale de 250 000 euros pour la venue du pape Léon XIV le 28 septembre 2026.
  • Les fonds serviraient à financer des écrans géants pour des fan zones diffusant la messe papale à la cathédrale de Metz.
  • Un référé-suspension a été déposé pour bloquer les commandes en attendant un jugement.
  • La loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État ne s’applique pas en Moselle, permettant aux collectivités locales de financer des événements cultuels.
  • La ville de Metz renvoie aux déclarations du maire, François Grosdidier, qui a salué un « événement mondial » et un « honneur » pour la ville.

Une subvention contestée pour son lien avec une cérémonie religieuse

Les associations laïques Ufal Moselle et Les Profanes estiment que la subvention municipale est illégale « dès lors qu’elle est destinée à financer des équipements directement liés à une manifestation comportant une cérémonie cultuelle ». Elles s’appuient sur le principe de laïcité, qui interdit en principe le financement public des cultes, bien que la loi de 1905 ne s’applique pas en Alsace-Moselle, région sous régime concordataire. Selon elles, l’utilisation de fonds publics pour un événement à caractère religieux constitue une violation de la neutralité de l’État.

Le recours juridique, déposé samedi, vise spécifiquement la commande des écrans géants, dont le coût représente une part significative du budget alloué. Les associations demandent au tribunal de suspendre cette dépense jusqu’à ce qu’un jugement définitif soit rendu. Leur argumentation repose sur l’idée que ces équipements, bien que techniques, sont indissociables de la diffusion d’un office religieux, ce qui en ferait de facto un financement indirect du culte.

La mairie de Metz défend son engagement pour un « événement mondial »

La ville de Metz n’a pas directement réagi aux recours déposés par les associations, se contentant de renvoyer aux déclarations du maire, François Grosdidier (divers droite), lors du conseil municipal du 10 juillet 2026. Ce dernier avait alors souligné que la visite du pape Léon XIV était « un événement mondial », bien au-delà de la communauté catholique locale. Il avait salué « l’honneur immense » fait à la ville par le choix de Metz comme étape de ce voyage en France.

Lors de cette même intervention, le maire avait précisé que les 250 000 euros alloués dans le budget de fonctionnement seraient « entièrement dépensés ». Il avait également rappelé que la visite du souverain pontife s’inscrivait dans une logique européenne, avant que Léon XIV ne se rende à Paris le 25 septembre puis à Lourdes deux jours plus tard. La mairie justifie ainsi cet investissement par l’attractivité exceptionnelle que représente un tel événement pour la ville et ses habitants.

Un contexte juridique particulier en Alsace-Moselle

La situation juridique en Moselle est particulière, car cette région n’est pas soumise à la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, mais au régime concordataire hérité de l’annexion allemande. Dans ce cadre, les collectivités locales peuvent financer des activités religieuses, sous certaines conditions. Cette exception historique est souvent au cœur de débats sur la laïcité, notamment lors d’événements impliquant des figures religieuses majeures.

Les associations plaignantes contestent cette interprétation, arguant que même dans ce contexte, l’utilisation de fonds publics pour des équipements liés à une cérémonie religieuse doit être considérée comme une subvention déguisée au culte. Leur recours pourrait donc servir de test pour clarifier les limites du financement public des événements religieux en Alsace-Moselle, un sujet régulièrement évoqué dans les discussions sur la laïcité en France.

Et maintenant ?

Le tribunal administratif de Strasbourg doit désormais examiner la recevabilité du référé-suspension déposé par les associations. Une audience pourrait se tenir dans les prochaines semaines, selon la procédure d’urgence en vigueur. Si le tribunal donne raison aux plaignants, la commande des écrans géants serait bloquée, contraignant la mairie à revoir son budget ou à trouver d’autres sources de financement. Dans le cas contraire, les travaux pourraient commencer, sous réserve d’un éventuel recours au fond.

Quelle que soit l’issue de cette procédure, ce dossier pourrait servir de précédent pour d’éventuels futurs recours contre le financement public d’événements religieux en Alsace-Moselle. La décision du tribunal sera donc observée de près par les associations laïques, mais aussi par les collectivités locales qui pourraient être tentées d’imiter la ville de Metz pour des événements similaires.

Reste à savoir si d’autres associations ou particuliers se joindront à cette contestation, ou si d’autres villes alsaciennes ou mosellanes pourraient être concernées par des recours similaires dans les prochains mois. La visite du pape Léon XIV à Metz, prévue dans moins d’un mois, s’annonce ainsi sous haute tension juridique et politique.

La loi de 1905 ne s’applique pas en Moselle et en Alsace car ces territoires étaient sous domination allemande au moment de son adoption. Le régime concordataire, issu du traité de Francfort de 1871, y est resté en vigueur après le retour à la France en 1918. Ce système permet aux collectivités locales de financer partiellement certaines activités religieuses, sous conditions.