Alors que le pape Léon XIV entame ce vendredi 6 juin 2026 une visite officielle en Espagne, la question des victimes d’abus sexuels commis par des membres du clergé reste en suspens. Aucune rencontre n’est prévue avec ces dernières, une absence qui interroge et suscite des critiques, notamment dans la presse espagnole. Le souverain pontife doit effectuer un périple de sept jours à Madrid, Barcelone et dans l’archipel des Canaries, ponctué de discours, de célébrations religieuses et de rencontres avec des publics variés.
Ce qu'il faut retenir
- Première visite papale depuis 2011 : Léon XIV se rend en Espagne quinze ans après Benoît XVI, avec un programme chargé de plus de vingt événements officiels.
- Un déplacement sous haute tension : À Madrid, Barcelone et Tenerife, les associations laïques et les victimes d’abus espéraient un geste symbolique, absent du programme.
- Absence confirmée de rencontre avec les victimes : Le bureau de presse du Saint-Siège a précisé le 3 juin que « aucune réunion » n’était organisée avec les personnes ayant subi des violences sexuelles au sein de l’Église.
- Un discours au Parlement espagnol contesté : Léon XIV interviendra devant le Congrès des députés le 8 juin, une étape critiquée par les défenseurs d’une Espagne laïque.
- Des étapes symboliques : Visite en prison en Catalogne, messe à la Sagrada Familia et rencontre avec des migrants à Tenerife figurent parmi les moments forts.
L’arrivée du pape Léon XIV en Espagne, annoncée pour une semaine à partir d’aujourd’hui, s’inscrit dans un contexte marqué par les séquelles des scandales de pédocriminalité ayant ébranlé l’Église catholique. Quinze ans après la dernière visite de Benoît XVI, c’est donc à Léon XIV que revient la tâche d’incarner la présence pontificale dans le pays, alors que les tensions autour de ces affaires persistent. Côté espagnol, la déception est palpable : malgré la présence de plusieurs victimes d’abus dans les médias, aucune rencontre officielle n’a été organisée à leur intention.
Selon Courrier International, le programme officiel, détaillé par le quotidien madrilène El País, compte une vingtaine d’événements répartis entre les trois régions visitées. Parmi les temps forts figurent un discours devant le Congrès des députés à Madrid le 8 juin, une visite dans un établissement pénitentiaire en Catalogne, ainsi qu’une messe solennelle à la basilique de la Sagrada Familia à Barcelone, le 10 juin. Le lendemain, le pape doit se rendre sur l’île de Tenerife, dans les Canaries, pour rencontrer des migrants accueillis dans un centre d’accueil. Autant de déplacements qui, pour les critiques de l’Église, ne suffisent pas à répondre aux attentes des victimes.
Dans les colonnes du Periódico de Catalunya, un quotidien centriste basé à Barcelone, l’éditorial du 3 juin 2026 s’interroge sur l’absence de tout geste envers les victimes d’abus : « Pour celles et ceux qui ont subi les agissements de prêtres ou d’ecclésiastiques, le pape n’a ni le temps, ni l’envie d’un échange public. » Le journal souligne que, malgré la relecture minutieuse du programme, aucune « réunion informelle » ou « geste public » ne leur est réservé. Une omission qui, pour les associations de victimes, équivaut à une forme de mépris institutionnel.
Le Vatican a tenté de couper court aux critiques. Le 3 juin, Matteo Bruni, responsable du bureau de presse du Saint-Siège, a confirmé par écrit, dans un article publié sur Vatican News, que « aucune rencontre entre le pape et les victimes d’abus n’est prévue » durant ce séjour espagnol. Une déclaration qui, loin d’apaiser les tensions, a renforcé la frustration des collectifs de victimes, dont certains ont déjà annoncé qu’ils manifesteront à l’approche des déplacements du souverain pontife.
La visite de Léon XIV en Espagne intervient dans un contexte européen où les affaires de pédocriminalité au sein de l’Église catholique restent un sujet sensible. Depuis le début des années 2000, de nombreux pays, dont l’Espagne, ont été secoués par des révélations concernant des agressions sexuelles commises par des membres du clergé, parfois sur des décennies. En Espagne, les premières grandes enquêtes ont été lancées à partir de 2018, avec la création d’une commission indépendante chargée d’évaluer l’ampleur des abus dans le pays. Les rapports préliminaires, rendus publics en 2023, ont mis en lumière des centaines de cas, principalement dans les années 1970 à 1990.
Pour les défenseurs des victimes, la visite du pape aurait pu être l’occasion de marquer un tournant symbolique. À l’inverse, l’absence de toute mention des abus dans le programme officiel envoie, selon eux, un message contradictoire. « Un geste, même symbolique, aurait montré une reconnaissance des souffrances endurées », explique María González, porte-parole de l’association « Justicia y Dignidad », basée à Barcelone. « Mais force est de constater que l’Église catholique, en Espagne comme ailleurs, préfère souvent se murer dans le silence. »
Côté institutions, la réaction reste mesurée. Le gouvernement espagnol, dirigé par le socialiste Pedro Sánchez, a salué la visite du pape comme un « événement d’importance » pour les relations entre l’État et l’Église. Lors d’une conférence de presse tenue le 4 juin, le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a rappelé que « l’Espagne est un pays de traditions et de dialogue », tout en évitant de commenter la polémique autour des victimes d’abus. Une prudence qui reflète la difficulté à concilier les attentes sociétales et les réalités diplomatiques.
Pour l’heure, le silence du pape Léon XIV sur le sujet des abus contraste avec l’ampleur des attentes. Entre les discours institutionnels et les réalités des victimes, la visite papale en Espagne s’annonce comme un moment de tensions, où le spirituel et le politique s’affrontent sans pour autant s’affronter directement.
Le bureau de presse du Saint-Siège a confirmé le 3 juin 2026, via un article publié sur Vatican News, qu’aucune rencontre n’était organisée entre le pape Léon XIV et les victimes d’abus sexuels commis par des membres du clergé durant son séjour en Espagne. Cette absence de geste public a été critiquée par plusieurs médias espagnols, dont El Periódico de Catalunya, qui souligne que le programme officiel ne prévoit « aucune réunion informelle » à leur intention.