Selon Le Figaro, la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, a effectué une visite surprise à Istanbul ce dimanche 8 juin 2026, avant de s’entretenir dès lundi avec le président turc Recep Tayyip Erdogan. Cette arrivée, annoncée par le ministre turc de l’Énergie Alparslan Bayraktar, s’inscrit dans un contexte régional marqué par les récentes tensions géopolitiques et les réformes économiques en cours au Venezuela.
Ce qu'il faut retenir
- Delcy Rodriguez, présidente par intérim du Venezuela, a rencontré Recep Tayyip Erdogan lundi 9 juin 2026 à 17h30 (14h30 GMT) au palais de Dolmabahçe à Istanbul, selon les informations communiquées par la présidence turque.
- Cette visite, à laquelle elle a répondu « après une invitation du président Erdogan », intervient après un séjour de cinq jours en Inde et marque son premier déplacement officiel depuis la capture de l’ex-président Nicolas Maduro par les forces américaines en janvier 2026.
- Les relations entre la Turquie et le Venezuela, riches de multiples accords dans les secteurs de l’énergie, de la défense et de l’agriculture, pourraient être au cœur des discussions.
- Le Venezuela, malgré ses réserves pétrolières estimées comme les plus importantes au monde, traverse une crise structurelle aggravée par des décennies de mauvaise gestion et un embargo américain levé en début d’année.
- Delcy Rodriguez a engagé des réformes visant à libéraliser le secteur pétrolier et à attirer des investissements privés, une stratégie qui pourrait intéresser Ankara.
Une rencontre diplomatique sous haute tension
L’arrivée de Delcy Rodriguez à Istanbul, confirmée dimanche soir, s’est faite dans un contexte diplomatique tendu. La présidente vénézuélienne, qui assure l’intérim depuis la capture de Nicolas Maduro — renversé par une opération militaire américaine en janvier 2026 —, a souligné que cette visite répondait à une invitation officielle de Recep Tayyip Erdogan. « La Turquie et le Venezuela entretiennent des liens historiques, notamment depuis les gouvernements d’Hugo Chavez et de Nicolas Maduro », a rappelé Le Figaro, rappelant les relations étroites entre Ankara et Caracas, forgées dans les années 2000 sous l’ère chaviste.
La rencontre, programmée au palais de Dolmabahçe — symbole des institutions turques situé sur les rives du Bosphore —, intervient à un moment charnière pour les deux pays. Pour Erdogan, il s’agit de renforcer l’influence turque en Amérique latine, une région où la Turquie cherche à étendre son réseau d’alliances. Pour Delcy Rodriguez, cette visite pourrait permettre de sécuriser des partenariats économiques essentiels pour la relance du Venezuela, notamment dans le secteur énergétique.
Énergie, défense et agriculture : les piliers des relations turco-vénézuéliennes
Depuis plusieurs années, la Turquie et le Venezuela ont multiplié les accords dans des domaines stratégiques. Selon les données compilées par Le Figaro, les échanges portent principalement sur trois secteurs : l’énergie, où le Venezuela — malgré ses réserves colossales — peine à relancer sa production pétrolière en raison de sous-investissements chroniques ; la défense, avec des contrats portant sur la modernisation de l’équipement militaire vénézuélien ; et l’agriculture, où Ankara a proposé son expertise pour moderniser les infrastructures locales.
Ces collaborations ont été renforcées par des visites ministérielles régulières et des accords-cadres signés lors de déplacements officiels. « La Turquie voit dans le Venezuela un partenaire clé en Amérique latine, d’autant que Caracas dispose d’atouts majeurs malgré sa crise économique », analyse un diplomate cité par le quotidien. Une position qui pourrait se traduire par des engagements concrets lors de l’entretien entre Erdogan et Rodriguez, alors que Caracas tente de sortir de son isolement international.
Un pays en pleine mutation économique
Le Venezuela, dont l’économie dépend à plus de 90 % des revenus pétroliers, traverse depuis deux décennies une crise sans précédent. Les années de corruption, de gestion hasardeuse et de sanctions internationales — notamment l’embargo américain de 2019 — ont provoqué une chute drastique de la production, passant de 3 millions de barils par jour dans les années 1990 à moins de 700 000 en 2025. La levée partielle des sanctions en janvier 2026, consécutive à la chute de Maduro, a ouvert une fenêtre d’opportunités pour le gouvernement de transition dirigé par Delcy Rodriguez.
Parmi les réformes récentes, la présidente par intérim a fait adopter une loi autorisant les investissements privés dans le secteur pétrolier, une mesure saluée par les milieux économiques internationaux. « Ces changements visent à attirer des capitaux étrangers et à restaurer la production », explique un analyste pétrolier interrogé par Le Figaro. Pourtant, malgré ces avancées, le pays reste confronté à des défis majeurs : reconstruction des infrastructures, lutte contre l’hyperinflation et stabilisation du cadre réglementaire.
Dans ce contexte, le soutien de partenaires comme la Turquie — qui pourrait apporter un appui technique et financier — serait déterminant. « Les discussions avec Erdogan pourraient porter sur des projets concrets, notamment dans le domaine de la raffinerie et de l’exportation de brut », précise une source proche du dossier.
Un rapprochement stratégique pour Ankara
Pour Recep Tayyip Erdogan, cette visite de Delcy Rodriguez s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des alliances turques. Face à l’isolement croissant de la Turquie dans les instances internationales — notamment après son veto répété à l’adhésion de la Suède à l’OTAN — Ankara cherche à renforcer ses partenariats en dehors de l’Occident. L’Amérique latine, longtemps négligée, représente désormais un terrain d’expansion pour la diplomatie turque.
Cette approche s’accompagne d’une volonté de contrer l’influence russe et chinoise dans la région. « La Turquie mise sur sa proximité historique avec le Venezuela pour s’imposer comme un acteur clé en Amérique latine », souligne un observateur politique. Une stratégie qui pourrait se concrétiser par des accords commerciaux ou des investissements directs dans les mois à venir.
Du côté vénézuélien, la réussite de cette diplomatie dépendra en grande partie de la capacité à attirer des investisseurs étrangers. « Les réformes sont un premier pas, mais leur mise en œuvre sera cruciale », rappelle un expert en économie latino-américaine. Quant à la Turquie, elle pourrait tirer profit de ce partenariat pour renforcer son poids géopolitique, alors que ses relations avec l’Europe et les États-Unis restent tendues.
Une visite aux enjeux multiples
Au-delà des aspects économiques et diplomatiques, cette visite de Delcy Rodriguez à Istanbul revêt une dimension symbolique. Elle intervient à un moment où le Venezuela tente de tourner la page de l’ère Maduro et de se réinsérer sur la scène internationale. « Cette visite montre que Caracas cherche à diversifier ses partenaires », note un observateur. Pour la Turquie, c’est l’occasion de consolider sa présence en Amérique latine, une région où elle pourrait jouer un rôle d’arbitre dans les années à venir.
Les prochains jours seront déterminants pour évaluer l’ampleur des accords conclus. Si les discussions aboutissent à des engagements concrets, elles pourraient marquer un tournant dans les relations entre les deux pays. À l’inverse, un échec ou des annonces symboliques seulement pourraient illustrer les limites actuelles du Venezuela à se repositionner sur la scène mondiale.
La Turquie voit dans le Venezuela un partenaire stratégique en Amérique latine, notamment en raison de ses importantes réserves pétrolières et de son potentiel agricole. Ankara cherche à diversifier ses alliances et à étendre son influence dans une région où elle est peu présente, tout en contrant l’influence de la Russie et de la Chine. Les accords signés ces dernières années dans les secteurs de l’énergie et de la défense illustrent cette volonté de renforcer les liens bilatéraux.
Le Venezuela fait face à une crise économique structurelle marquée par une chute drastique de sa production pétrolière, une hyperinflation persistante et un manque d’investissements dans les infrastructures. Malgré la levée partielle des sanctions américaines en janvier 2026 et les réformes récentes visant à libéraliser le secteur pétrolier, le pays doit encore restaurer la confiance des investisseurs et reconstruire son appareil productif. La dépendance excessive aux revenus pétroliers reste un frein majeur à sa relance.