Une perquisition a été menée jeudi dans l’usine du groupe Vulli, situé à Rumilly en Haute-Savoie, dans le cadre d’une enquête ouverte pour « tromperie » sur l’origine de fabrication de Sophie la Girafe, selon Le Figaro. Cette opération intervient après des révélations publiées début mai par Médiapart, accusant le fabricant français de produire massivement le jouet emblématique en Chine, tout en le commercialisant sous l’appellation « made in France ».
Ce qu'il faut retenir
- Une perquisition a été menée le 22 mai 2026 dans l’usine de Rumilly du groupe Vulli, spécialisé dans les jouets pour bébé, dans le cadre d’une enquête pour « tromperie » ouverte par le parquet d’Annecy.
- Sophie la Girafe, créée en 1961 en France, est produite en Chine depuis plusieurs années, selon une enquête de Médiapart, alors que sa réputation repose sur une origine française.
- Le patron de Vulli, Alain Thirion, a reconnu auprès de l’AFP que la fabrication de certaines girafes « nues » était sous-traitée en Chine, mais affirmé que l’assemblage et le contrôle final étaient réalisés en France.
- Une plainte pour pratique commerciale trompeuse pourrait être envisagée, passible d’une sanction pouvant atteindre 10 % du chiffre d’affaires du groupe.
- La DGCCRF (Répression des Fraudes) a ouvert une enquête sur la conformité de l’appellation « made in France » pour Sophie la Girafe.
Le parquet d’Annecy a confirmé l’information à l’issue de cette perquisition, précisant qu’elle s’inscrivait dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte pour « tromperie », sans en révéler davantage sur son avancée. Selon Le Figaro, cette opération fait suite aux révélations de Médiapart, qui a mis en lumière une production délocalisée en Asie depuis au moins 2013, bien avant la mise en service de la nouvelle usine de Saint-Nabord dans les Vosges.
Sophie la Girafe, créée en 1961 par la société Vulli, est un jouet en latex d’hévéa naturel, conçu pour aider les bébés à développer leur préhension fine et apaiser leurs poussées dentaires. Son succès international en a fait un symbole du savoir-faire français, une image que le groupe a toujours mise en avant dans sa communication. Pourtant, selon Médiapart, la fabrication du jouet a été massivement externalisée en Chine, où les girafes « nues » sont produites avant d’être expédiées en France pour y être conditionnées et commercialisées sous l’étiquette « made in France ».
Interrogé par l’AFP début mai, Alain Thirion, PDG de Vulli, a reconnu que « Vulli fait fabriquer ses girafes ‘nues’ en Chine », une pratique qu’il a justifiée par des « difficultés dans les cadences » de la nouvelle usine vosgienne. « Elles sont toutes terminées et surtout contrôlées une par une en France », a-t-il ajouté, affirmant que la fabrication en Chine datait « pour partie » de « trente ans », mais que la demande croissante avait nécessité un recours accru aux sous-traitants asiatiques. « Depuis quelques années, l’usine de Saint-Nabord n’était pas finalisée, et nous avons dû faire appel à des sous-traitants chinois pour fabriquer la totalité de certaines girafes », a-t-il expliqué.
« Nous sommes en discussion avec la DGCCRF sur ce que recoupe l’appellation ‘made in France’ »
— Alain Thirion, PDG de Vulli, cité par l’AFP le 7 mai 2026
Cependant, Médiapart affirme que la production en Chine n’est pas une solution temporaire, mais une pratique installée depuis plus d’une décennie. Le média souligne que les exemplaires de Sophie la Girafe continuent d’arriver par conteneurs entiers en France, entièrement finis, avant d’être emballés dans des packaging mettant en avant une origine française. Cette stratégie commerciale, si elle est avérée, pourrait constituer une pratique commerciale trompeuse, passible d’une sanction pénale pouvant atteindre 10 % du chiffre d’affaires du groupe, selon les dispositions légales en vigueur.
La DGCCRF, contactée par l’AFP début mai, avait indiqué ne pas pouvoir commenter la procédure en cours, conformément au secret des enquêtes. L’administration n’a pas communiqué depuis sur l’avancée de ses investigations. Côté Vulli, la direction assure que les produits finis sont bien contrôlés en France, sans préciser si cette étape suffit à justifier l’appellation « made in France » aux yeux de la réglementation.
Cette affaire survient dans un contexte où l’origine des produits fabriqués à l’étranger et commercialisés sous une bannière française fait l’objet d’un contrôle accru. En 2023, la France avait renforcé les règles encadrant l’utilisation de l’appellation « made in France », notamment pour les produits dont la dernière transformation significative n’est pas réalisée sur le territoire. Pour Sophie la Girafe, le débat porte moins sur la finition du produit que sur la réalité de sa fabrication initiale, la production du latex et le moulage des pièces représentant des étapes clés du processus industriel.
Le groupe Vulli, fondé en 1961 et toujours basé à Rumilly, n’est pas à son premier scandale. En 2017, il avait déjà été pointé du doigt pour des problèmes de sécurité liés à certains de ses jouets, entraînant un rappel massif de produits. Cette nouvelle affaire pourrait donc fragiliser davantage la réputation d’un fabricant dont l’image repose en grande partie sur son ancrage historique en France.
Cette affaire rappelle que l’étiquetage « made in France » reste un enjeu de confiance pour les consommateurs, d’autant plus lorsqu’il s’agit de produits destinés aux enfants. Les autorités devront trancher sur la légitimité de cette appellation pour un jouet dont la quasi-totalité de la fabrication est réalisée à l’étranger, malgré un conditionnement final sur le sol français.
Selon Vulli, seules les girafes « nues » sont produites en Chine, avant d’être acheminées en France pour y être assemblées, contrôlées et conditionnées. Le groupe affirme que ces étapes finales justifient l’appellation « made in France ». Cependant, la réglementation française exige que la dernière transformation « substantielle » du produit ait lieu en France pour porter cette mention. La DGCCRF et le parquet d’Annecy pourraient trancher sur la conformité de cette pratique.
Si l’enquête conclut à une pratique commerciale trompeuse, Vulli pourrait être condamné à une amende pouvant atteindre 10 % de son chiffre d’affaires, ainsi qu’à des mesures correctives comme le retrait des mentions trompeuses sur les emballages. Une condamnation pénale pourrait également entraîner une perte de confiance des consommateurs et des distributeurs, ce qui aurait un impact sur les ventes de Sophie la Girafe, un produit qui réalise plusieurs dizaines de millions d’euros de chiffre d’affaires annuellement.