Deux fois ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt signe un essai historique aussi documenté qu’inattendu. Dans L’Algérie, vérités et légendes, publié aux éditions Perrin, il dissèque les mythes entretenus par Paris comme par Alger depuis plus de deux siècles. Selon Le Figaro, cet ouvrage propose une relecture sans concession des relations franco-algériennes, des errements coloniaux à la reconnaissance du « crime contre l’humanité » par Emmanuel Macron en 2018, en passant par les ambiguïtés des accords d’Évian de 1962.

Ce qu’il faut retenir

  • Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France en Algérie, publie L’Algérie, vérités et légendes chez Perrin, un essai historique qui remet en cause les récits officiels des deux côtés de la Méditerranée.
  • L’ouvrage retrace deux siècles d’histoire franco-algérienne, de la colonisation à l’indépendance, en passant par les tensions post-coloniales.
  • L’auteur s’attaque aux « pieux mensonges » des deux États, évoquant notamment les divergences entre Paris et les colons, la confiscation du pouvoir par l’armée des frontières après 1962, et l’alliance contemporaine entre militaires et islamistes.
  • Emmanuel Macron est cité pour sa reconnaissance, en 2018, de la responsabilité de la France dans la « torture » et les « violences » lors de la guerre d’Algérie, qualifiées de « crime contre l’humanité ».
  • Les accords d’Évian, souvent présentés comme un modèle de décolonisation, sont analysés comme une illusion politique ayant conduit à une indépendance mal maîtrisée.

Un ambassadeur historien face aux non-dits franco-algériens

Avec plus de quarante ans de carrière diplomatique, dont deux mandats comme ambassadeur à Alger entre 2008 et 2012 puis entre 2017 et 2021, Xavier Driencourt connaît mieux que quiconque les tensions structurelles qui traversent la relation franco-algérienne. Comme il l’explique dans son livre, ce lien s’est transformé, depuis 1962, en un « procès permanent » fait à la France. Driencourt y déconstruit les récits officiels, tant du côté algérien que français, en remontant aux origines des malentendus et des conflits.

Dans L’Algérie, vérités et légendes, l’ancien diplomate ne se contente pas de rappeler les faits : il en révèle les fractures réelles. Selon Le Figaro, il met notamment en lumière les divergences de vision entre Paris et les colons européens installés en Algérie, mais aussi l’incapacité de la France à anticiper les conséquences de son retrait en 1962. « La colonisation a été un échec politique et moral », affirme-t-il dans son ouvrage, tout en soulignant que l’indépendance, obtenue dans la précipitation, a ouvert la voie à une confiscation du pouvoir par l’armée des frontières, au détriment des civils.

Les accords d’Évian, une illusion de décolonisation ?

Parmi les cibles principales de Driencourt figurent les accords d’Évian, signés le 18 mars 1962 et censés garantir une transition pacifique vers l’indépendance. Pour l’ancien ambassadeur, ces accords « ont été une illusion » : ils n’ont pas empêché l’exode massif des pieds-noirs ni les violences post-indépendance, comme les massacres de Harkis. « On a vendu aux Algériens l’idée que l’indépendance était un aboutissement, alors qu’elle n’était qu’un commencement », souligne-t-il. L’ouvrage rappelle que ces accords ont aussi laissé en suspens des questions cruciales, comme la nationalité des Algériens d’origine européenne ou le statut des terres agricoles.

Driencourt s’attaque également à la mémoire officielle algérienne, qu’il juge tout aussi biaisée. Il évoque la confiscation du pouvoir par l’armée en 1962, puis l’alliance paradoxale entre militaires et islamistes dans les années 1990, deux périodes souvent occultées dans le récit national algérien. « L’histoire officielle algérienne a besoin de boucs émissaires pour masquer ses propres échecs », écrit-il.

« La colonisation a été un échec politique et moral. L’indépendance, obtenue dans la précipitation, a ouvert la voie à une confiscation du pouvoir par l’armée des frontières, au détriment des civils. » — Xavier Driencourt

La reconnaissance du « crime contre l’humanité » par Macron, un tournant ?

L’un des chapitres les plus commentés de l’ouvrage porte sur la déclaration d’Emmanuel Macron en septembre 2018, lors d’un voyage en Algérie. Le président français y a reconnu que la colonisation avait été un « crime contre l’humanité », une formule reprise dans le débat public et souvent instrumentalisée. Selon Le Figaro, Driencourt analyse cette reconnaissance comme un « geste politique » plus que comme une avancée historique, soulignant que Macron n’a jamais franchi le pas d’une condamnation juridique ou d’une réparation concrète.

Pour l’ancien ambassadeur, cette déclaration s’inscrit dans une logique de « procès permanent » fait à la France, où chaque geste est interprété à l’aune d’un passé douloureux. « Reconnaître le passé est nécessaire, mais cela ne suffit pas à construire un avenir commun », estime-t-il. Son livre rappelle que les relations franco-algériennes restent marquées par une méfiance réciproque, où chaque camp instrumentalise l’histoire à des fins politiques.

Et maintenant ?

La parution de L’Algérie, vérités et légendes intervient à un moment où les relations franco-algériennes traversent une nouvelle phase de tensions, notamment sur les questions migratoires et énergétiques. Pour Xavier Driencourt, la priorité reste de « désamorcer les mythes » qui bloquent tout dialogue sincère. Une chose est sûre : tant que Paris et Alger refuseront de regarder leur histoire commune en face, le passé continuera de hanter leur présent.

Reste à voir si cet ouvrage, qui dérange autant qu’il éclaire, parviendra à faire évoluer les perceptions des deux côtés de la Méditerranée. Une chose est certaine : il apporte des éléments de réflexion essentiels pour qui souhaite comprendre les racines des tensions actuelles.

L’expression renvoie à la manière dont la relation franco-algérienne est souvent réduite à une lecture binaire et accusatoire, où la France est systématiquement tenue pour responsable des malheurs de l’Algérie, indépendamment des responsabilités partagées. Selon Driencourt, cette approche empêche tout dialogue constructif et fige les deux pays dans des postures stériles.