Le président chinois Xi Jinping se rendra en visite d’État en Corée du Nord les 8 et 9 juin 2026, une première depuis 2019 pour le dirigeant chinois, selon Le Figaro. Annoncée vendredi par les médias d’État chinois, cette visite intervient à l’invitation de Kim Jong-un et s’inscrit dans un contexte de relations diplomatiques et économiques renforcées entre les deux pays, malgré leur isolement international.

Cette initiative s’ajoute à une série de rencontres récentes entre les deux dirigeants. En septembre 2025, Kim Jong-un s’était rendu à Pékin à l’occasion d’un défilé militaire marquant le 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, aux côtés du président russe Vladimir Poutine. La Corée du Nord, l’un des pays les plus isolés au monde, bénéficie du soutien indéfectible de la Chine, son principal partenaire commercial et un rempart face aux sanctions internationales.

Ce qu'il faut retenir

  • Xi Jinping effectuera une visite d’État en Corée du Nord les 8 et 9 juin 2026, sa première depuis 2019.
  • Cette visite s’inscrit à l’invitation de Kim Jong-un, selon la chaîne d’État chinoise CCTV.
  • La Chine est le principal partenaire commercial de la Corée du Nord, représentant 20 % de son commerce extérieur en 2025.
  • Les deux pays entretiennent une alliance diplomatique et politique face à l’isolement international de Pyongyang.
  • Kim Jong-un s’était rendu à Pékin en septembre 2025 pour un défilé militaire aux côtés de Vladimir Poutine.

Une visite rare pour un dirigeant chinois

Les déplacements de dirigeants chinois en Corée du Nord restent exceptionnels. Avant Xi Jinping, son prédécesseur Hu Jintao s’y était rendu en 2005, marquant la dernière visite d’un président chinois dans le pays avant celle de 2019. Depuis, les échanges de haut niveau se sont poursuivis, mais de manière plus discrète. Cette visite de deux jours, qualifiée de « visite d’État », souligne l’importance accordée par Pékin à sa relation avec Pyongyang, malgré les tensions persistantes avec l’Occident et les sanctions onusiennes.

Pour la Corée du Nord, cette visite représente un soutien diplomatique crucial. Isolée par la communauté internationale en raison de son programme nucléaire et de ses violations des droits de l’homme, Pyongyang compte sur son allié chinois pour maintenir une présence sur la scène internationale. Pékin, de son côté, utilise cette relation pour renforcer son influence en Asie du Nord-Est et contrer l’expansion de l’influence américaine dans la région.

Un partenariat économique et stratégique sous tension

La Chine est non seulement le premier partenaire commercial de la Corée du Nord, mais aussi son principal fournisseur d’énergie et de denrées alimentaires. En 2025, Pékin représentait 20 % du commerce extérieur nord-coréen, un chiffre en légère hausse malgré les restrictions imposées par les sanctions internationales. Ces échanges, bien que limités, permettent à Pyongyang de contourner partiellement son isolement économique.

Cependant, cette dépendance n’est pas sans risque pour Pékin. Les États-Unis et leurs alliés surveillent de près les liens sino-nord-coréens, craignant qu’ils ne permettent à la Corée du Nord de poursuivre son développement nucléaire et balistique. En 2022, la Chine avait déjà voté en faveur de nouvelles sanctions à l’ONU contre Pyongyang, tout en appelant à une relance des négociations. Cette ambiguïté stratégique reflète les tensions entre les impératifs économiques de Pékin et ses obligations internationales.

Un contexte géopolitique en mutation

La visite de Xi Jinping survient dans un paysage géopolitique profondément transformé. La guerre en Ukraine et les tensions accrues entre la Chine et les États-Unis ont poussé Pékin et Pyongyang à resserrer leurs liens. En septembre 2025, Kim Jong-un et Vladimir Poutine avaient tous deux été invités à Pékin pour commémorer la fin de la Seconde Guerre mondiale, une occasion pour les trois dirigeants de réaffirmer leur opposition à l’hégémonie occidentale.

Côté chinois, cette visite s’inscrit dans la stratégie de Xi Jinping de consolider les alliances « sans limites » avec les régimes autoritaires, comme en témoignent ses rencontres régulières avec le président russe. Pour la Corée du Nord, elle envoie un message de soutien face à la pression internationale, notamment après les récents essais de missiles balistiques qui ont provoqué des condamnations de la part des Nations unies et des États-Unis.

« À l’invitation de Kim Jong Un (...) Xi Jinping, secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois et président de la République populaire de Chine, effectuera une visite d’État en République populaire démocratique de Corée les 8 et 9 juin. »

— Annonce de la chaîne chinoise CCTV, citée par Le Figaro

Et maintenant ?

Cette visite pourrait donner lieu à la signature d’accords économiques ou énergétiques, bien que leur portée reste à préciser. Pour Pékin, l’enjeu sera de réaffirmer son rôle de médiateur tout en évitant une escalade des tensions avec Washington. Pour Pyongyang, l’objectif sera de renforcer son réseau d’alliances face aux pressions internationales. Les prochains mois pourraient voir une intensification des échanges entre les deux pays, notamment dans les domaines du commerce et de la sécurité.

Les défis d’un rapprochement sous surveillance

Malgré cette visite, les obstacles persistent. Les sanctions internationales, notamment celles imposées par l’ONU et les États-Unis, limitent les marges de manœuvre de Pyongyang. La Chine, de son côté, marche sur une corde raide : elle doit soutenir son allié nord-coréen sans s’exposer à des représailles économiques de la part de l’Occident. Autant dire que les discussions entre Xi Jinping et Kim Jong-un seront scrutées de près par la communauté internationale.

Sur le plan intérieur, cette visite pourrait aussi servir les intérêts de Xi Jinping. Dans un contexte de ralentissement économique et de tensions sociales, le président chinois pourrait y voir une occasion de réaffirmer sa légitimité et son leadership sur la scène internationale. Pour Kim Jong-un, en revanche, l’enjeu est de consolider son pouvoir face à une population soumise à des privations croissantes et à une pression diplomatique accrue.

Enfin, cette rencontre intervient à quelques semaines d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU prévue pour évaluer l’application des sanctions contre la Corée du Nord. Une éventuelle levée partielle de ces mesures, même symbolique, pourrait être évoquée lors des discussions entre les deux dirigeants.

La Chine voit en la Corée du Nord un État tampon face à l’influence américaine en Asie du Nord-Est. Pékin utilise ce soutien pour maintenir une présence stratégique dans la région et éviter un effondrement du régime nord-coréen, qui pourrait entraîner une crise humanitaire ou un afflux de réfugiés. Economiquement, la Chine reste le premier partenaire commercial de Pyongyang, malgré les restrictions imposées par l’ONU.

Les observateurs s’attendent à des annonces symboliques, comme des accords commerciaux ou des engagements en matière d’aide humanitaire. Une levée partielle des sanctions, même limitée, pourrait être évoquée, bien que les États-Unis et leurs alliés y soient fermement opposés. Plus largement, cette visite pourrait renforcer la coordination entre Pékin et Pyongyang sur la scène internationale.