La Banque du Japon (BoJ) a mené une intervention historique sur le marché des changes entre fin juillet et fin août 2026, mobilisant l’équivalent de 82 milliards d’euros pour tenter de stabiliser le yen, dont le cours s’était effondré face au dollar à des niveaux inédits depuis quatre décennies. Selon nos confrères de BFM Business, cette opération, la plus massive jamais enregistrée par Tokyo, illustre l’ampleur de la pression exercée sur la monnaie japonaise, alors que les marchés anticipent une divergence persistante entre les politiques monétaires du Japon et des États-Unis.

Ce qu'il faut retenir

  • 15,4 billions de yens (soit 96 milliards de dollars ou 82 milliards d’euros) ont été dépensés par la Banque du Japon entre le 29 juillet et le 29 août pour soutenir le yen, un montant record.
  • Le yen a atteint 163,99 yens pour un dollar en juillet, son plus faible niveau depuis 1986, avant de se redresser temporairement à 157,40 yens fin juillet.
  • Cette intervention fait suite à une première action coordonnée avec Washington le 31 juillet, la première en 28 ans, qualifiée de « geste d’amitié » par l’administration américaine.
  • L’affaiblissement du yen aggrave les tensions inflationnistes au Japon, les importations d’hydrocarbures — libellées en dollars — devenant plus coûteuses.
  • Les inquiétudes liées aux projets de dépenses de la Première ministre Sanae Takaichi, susceptible d’alourdir la dette publique japonaise, pèsent également sur la confiance dans la devise.

Une intervention d’ampleur sans précédent dans l’histoire récente

Les chiffres révélés par le ministère des Finances japonais et relayés par BFM Business laissent peu de doute sur l’urgence de la situation. Entre le 29 juillet et le 29 août, la Banque du Japon a injecté 15,4 billions de yens (soit près de 100 milliards de dollars au taux du jour) pour acheter des yens et soutenir sa valeur. Ce montant dépasse largement les précédentes interventions, confirmant l’ampleur de la crise de confiance qui frappe la monnaie nippone. À titre de comparaison, les opérations de soutien les plus importantes avant 2026 avoisinaient généralement quelques billions de yens par an, voire par décennie.

Le contexte économique explique en grande partie cette fragilité. Depuis le début de l’année, le yen s’est déprécié de plus de 15 % face au dollar, une tendance qui s’est accélérée avec la hausse des taux d’intérêt américains, bien supérieurs à ceux du Japon. Les investisseurs privilégient les actifs libellés en dollars, où les rendements sont plus attractifs, ce qui exerce une pression à la baisse sur le yen. Par ailleurs, la hausse des prix du pétrole — dont le Japon est un importateur net — renchérit encore le coût des importations, alimentant les craintes d’une inflation persistante dans l’archipel.

Un yen faible, un coût élevé pour l’économie japonaise

L’affaiblissement prolongé de la monnaie japonaise a des conséquences directes sur le quotidien des ménages et des entreprises. D’abord, il renchérit mécaniquement le prix des importations, notamment celles des hydrocarbures, dont les contrats sont souvent négociés en dollars. Selon les analystes, cette situation pourrait prolonger les tensions inflationnistes observées depuis 2022, malgré les efforts de la Banque du Japon pour maintenir des taux bas afin de stimuler l’économie.

Un yen très affaibli renchérit mécaniquement les importations du Japon, notamment celles des hydrocarbures libellés en dollars alors que les cours du pétrole ont flambé cette année, soulignent les économistes interrogés par BFM Business. Les ménages japonais, déjà touchés par une inflation structurelle depuis plusieurs années, voient ainsi leur pouvoir d’achat se dégrader davantage, tandis que les entreprises importatrices subissent une hausse de leurs coûts de production.

Une intervention coordonnée avec Washington, un précédent rare

Le 31 juillet 2026, le Japon et les États-Unis ont mené une intervention conjointe sur le marché des changes, une première depuis 28 ans. Cette action, coordonnée par les deux banques centrales, visait à stabiliser le yen après qu’il eut atteint son plus bas niveau en 40 ans. L’administration américaine a qualifié cette opération de « geste d’amitié », tout en insistant sur son impact positif pour l’économie mondiale.

« C’était un geste d’amitié que nous jugeons également bon pour l’économie mondiale. »

Donald Trump, président des États-Unis, début août 2026

Cette collaboration entre Tokyo et Washington marque un tournant dans la politique monétaire japonaise, traditionally réticente à solliciter l’aide étrangère pour soutenir sa monnaie. Elle reflète l’inquiétude croissante des autorités nippones face à la spéculation des marchés, ainsi que la volonté des États-Unis de limiter les distorsions commerciales liées à un yen trop faible, qui pourrait avantager les exportateurs japonais au détriment des concurrents américains.

Les facteurs structurels qui pèsent sur la confiance dans le yen

Au-delà des dynamiques monétaires et géopolitiques, plusieurs éléments structurels expliquent la défiance des investisseurs envers le yen. D’abord, la politique monétaire ultra-accommodante de la Banque du Japon, qui maintient des taux d’intérêt proches de zéro malgré une inflation supérieure à l’objectif de 2 %, contraste avec le resserrement monétaire opéré par la Réserve fédérale américaine. Cette divergence encourage les mouvements de capitaux vers les États-Unis, où les rendements sont plus élevés.

Ensuite, les projets de dépenses publiques annoncés par la Première ministre Sanae Takaichi alimentent les craintes d’un creusement supplémentaire de la dette publique japonaise, déjà la plus élevée au monde en pourcentage du PIB (plus de 260 %). Les investisseurs redoutent que Tokyo ne soit contraint d’émettre davantage d’obligations, ce qui pourrait exercer une pression supplémentaire sur le yen.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios se dessinent pour les prochaines semaines. Si la Banque du Japon maintient sa politique actuelle de taux bas, le yen pourrait continuer à s’affaiblir, à moins que Washington ne renouvelle son soutien via de nouvelles interventions coordonnées. Une hausse des taux d’intérêt japonais, bien que peu probable à court terme, pourrait en revanche redonner un peu de souffle à la monnaie nippone. Les marchés attendent également les prochaines réunions de politique monétaire de la BoJ, prévues pour octobre et décembre, où des ajustements pourraient être annoncés.

Côté américain, la Réserve fédérale devrait poursuivre son cycle de baisses de taux, mais à un rythme qui dépendra de l’évolution de l’inflation aux États-Unis. Une stabilisation du yen dépendra donc largement de la capacité des deux économies à trouver un équilibre entre croissance et maîtrise des dépenses publiques.

Pour l’heure, le yen reste sous pression, s’échangeant à 159,67 yens pour un dollar en début de semaine, après une légère remontée post-intervention. Les acteurs du marché surveillent de près les prochaines annonces des banques centrales, alors que les incertitudes économiques et géopolitiques continuent de pesurer sur les devises.

Plusieurs facteurs expliquent cette dépréciation : l’écart croissant entre les taux d’intérêt japonais (proches de zéro) et américains (beaucoup plus élevés), la hausse des prix du pétrole qui alourdit la facture des importations japonaises, et les craintes liées aux projets de dépenses publiques de la Première ministre Sanae Takaichi, qui pourraient aggraver la dette du pays. La spéculation des marchés a également joué un rôle, les investisseurs se détournant du yen pour des actifs plus rémunérateurs.