Une pratique illicite et dangereuse se répand dans les élevages de volailles du Zimbabwe, où des antirétroviraux destinés aux personnes séropositives sont détournés pour accélérer la croissance des poulets et réduire leur mortalité. Selon Courrier International, cette tendance, révélée par une enquête du Southern Africa Accountability Journalism Project et publiée par le média sud-africain Daily Maverick, illustre les conséquences d’une chaîne de distribution perturbée des traitements contre le VIH, aggravée par la réduction des aides internationales.
Ce qu'il faut retenir
- 1,3 million de personnes vivent avec le VIH au Zimbabwe, dont 1,2 million suivent un traitement antirétroviral.
- Des éleveurs zimbabwéens donnent des antirétroviraux à leurs volailles pour réduire leur mortalité et accélérer leur croissance.
- Cette pratique, également observée en Tanzanie et en Ouganda, compromet l’accès aux traitements pour les personnes séropositives.
- Aucune étude ne prouve que les antirétroviraux stimulent la croissance des poulets, selon les experts.
- La chaîne de distribution des antirétroviraux au Zimbabwe a été perturbée par la baisse des aides américaines.
Une solution illusoire qui met en danger la santé publique
Dans le district de Zvimba, au nord du Zimbabwe, une éleveuse raconte sous un nom d’emprunt comment elle a transformé son modeste élevage de 200 poules en un vaste poulailler de 10 000 volailles. Son secret ? Des antirétroviraux, achetés au marché noir et mélangés à la nourriture de ses poulets. « La mortalité mangeait tous mes profits », explique-t-elle dans les colonnes de Daily Maverick. Après avoir suivi les conseils d’autres éleveurs, elle affirme que ses poulets ont grandi plus vite et que leur taux de mortalité a chuté. Résultat : elle les vend désormais un mois après leur naissance, contre six semaines auparavant.
Cette pratique, bien que répandue dans certaines régions, suscite de vives inquiétudes parmi les autorités sanitaires. Un conseiller du ministère de l’Agriculture zimbabwéen, qui s’exprime sous couvert de l’anonymat, confirme que le phénomène est connu des services publics. D’autres pays de la région, comme la Tanzanie et l’Ouganda, seraient également touchés, bien que dans une moindre mesure.
Des risques majeurs pour les patients sous traitement
Les conséquences de ce détournement de médicaments pourraient être dramatiques. Daniel Zulu, ancien responsable du département de toxicologie du Laboratoire d’analyses gouvernemental zimbabwéen, met en garde contre les dangers de cette pratique. « Les patients séropositifs qui consomment ces volailles pourraient voir l’efficacité de leur traitement antirétroviral réduite », souligne-t-il. Une mise en garde d’autant plus préoccupante que 1,2 million de Zimbabwéens dépendent de ces médicaments pour contrôler leur infection au VIH.
Selon Dalphine Tagwireyi, autrice de l’enquête, la situation est d’autant plus critique que la chaîne de distribution des antirétroviraux a été perturbée par la diminution des aides américaines. « Le détournement d’antirétroviraux pourrait davantage compromettre la disponibilité de ces médicaments pour les personnes qui en ont le plus besoin », alerte-t-elle. Elle rappelle par ailleurs qu’aucune étude scientifique n’a démontré que les antirétroviraux accéléraient la croissance des volailles, invalidant ainsi l’argument économique avancé par les éleveurs.
Un phénomène qui révèle les failles du système de santé
Cette pratique illégale met en lumière les difficultés structurelles du système de santé zimbabwéen, aggravées par des années de crises économiques et de réductions budgétaires. La dépendance aux aides internationales, en particulier américaines, a rendu le pays vulnérable aux perturbations d’approvisionnement en médicaments essentiels. Depuis 2021, les tensions sur la distribution des antirétroviraux ont poussé certains éleveurs à chercher des solutions alternatives, parfois au mépris des risques sanitaires.
Les autorités sanitaires tentent de lutter contre ce phénomène, mais la tâche s’avère complexe. Le marché noir des antirétroviraux prospère dans l’ombre, alimenté par des prix élevés et une demande croissante. Les contrôles restent limités, et les sanctions, lorsqu’elles sont appliquées, peinent à endiguer le problème. « Les éleveurs agissent par désespoir », explique un vétérinaire local. « Ils voient leurs revenus s’effondrer et cherchent des solutions rapides, même illégales ».
Cette affaire soulève une question plus large : comment concilier les impératifs économiques locaux avec les besoins vitaux en médicaments ? Dans un pays où le VIH reste un enjeu de santé publique majeur, le détournement de traitements essentiels pourrait aggraver une crise déjà profonde. Les autorités devront agir rapidement pour éviter une spirale aux conséquences imprévisibles.
Ils espèrent ainsi réduire la mortalité de leurs volailles et accélérer leur croissance, ce qui leur permet de les vendre plus rapidement. Cette pratique, illégale, est née du désespoir face à des pertes économiques importantes et à une chaîne d’approvisionnement en médicaments perturbée.
Les antirétroviraux détournés pourraient réduire l’efficacité des traitements pour les personnes séropositives. Ces médicaments sont conçus pour cibler spécifiquement le virus du VIH chez l’humain et leur consommation via des volailles pourrait interférer avec leur action thérapeutique.