Selon BFM Bourse, le groupe alsacien 2CRSi, spécialisé dans les serveurs haute performance et économes en énergie, connaît une ascension boursière spectaculaire. Son action a progressé de 3 036 % en trois ans, portée par la demande croissante en infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle (IA). En avril 2026, la société a franchi le cap symbolique du milliard d’euros de capitalisation boursière.
Ce qu'il faut retenir
- 2CRSi a vu son action progresser de 3 036 % en trois ans et de 350 % depuis le début de l’année 2026.
- Le groupe strasbourgeois est passé sous la barre symbolique de l’euro en 2023 avant de rebondir grâce à l’essor de l’IA.
- Ses serveurs, conçus pour les data centers, permettent une économie d’énergie de 23 % par rapport aux concurrents.
- En 2025-2026, 85 % du chiffre d’affaires provient de l’Amérique du Nord, où la demande en serveurs dédiés à l’IA est la plus forte.
- Le groupe vise un milliard d’euros de chiffre d’affaires pour l’exercice 2025-2026, contre 300 millions initialement prévus.
Un acteur discret devenu incontournable dans l’écosystème IA
Fondé il y a vingt ans à Strasbourg, 2CRSi s’est imposé comme un fournisseur clé de serveurs haute performance pour les data centers. Son positionnement repose sur deux piliers : une puissance de calcul optimisée et une consommation énergétique réduite, un enjeu majeur dans un secteur où les centres de données représentent jusqu’à 1 % de la consommation électrique mondiale, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Le groupe travaille avec l’ensemble des acteurs du marché, des fabricants de processeurs (AMD, Intel, ARM) aux fournisseurs de cartes graphiques (Nvidia, AMD) et de stockage (Western Digital, Seagate). Cette diversité lui permet de proposer des configurations sur mesure, adaptées aux besoins spécifiques de ses clients, qu’ils soient industriels, militaires ou spécialisés dans l’IA.
« La question de l’énergie, et plus particulièrement du refroidissement des data centers, est un véritable enjeu », rappelle 2CRSi dans son rapport annuel 2024-2025. Le marché mondial des systèmes de refroidissement pour data centers devrait ainsi atteindre 45 milliards de dollars d’ici 2032, contre 10 milliards en 2022. Le groupe alsacien se distingue en proposant des solutions innovantes, comme le recyclage de la chaleur fatale générée par les serveurs pour chauffer de l’eau.
L’IA, un moteur de croissance exponentiel
L’essor de l’intelligence artificielle a transformé 2CRSi en un acteur stratégique. Les serveurs dédiés à l’IA, comme ceux de la gamme Godi, sont conçus pour répondre à des besoins toujours plus exigeants en calcul intensif. Depuis octobre 2024, le groupe commercialise l’Atlas1.8GG, présenté comme le serveur biphasique le plus dense au monde, capable d’accueillir un grand nombre de processeurs graphiques tout en réduisant la consommation énergétique.
Cette demande a été confirmée par une série de contrats majeurs. En 2024, 2CRSi a signé un accord pour fournir des solutions d’immersion liquide dans le cadre d’un projet lié à la sécurité européenne. En juin 2025, un contrat de plus de 100 millions de dollars a été signé avec l’État de New York pour équiper un centre de données dédié à l’IA. Le groupe a également annoncé un partenariat avec Valeo en Inde pour développer des solutions de refroidissement immersif adaptées aux environnements extrêmes.
Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché pour eToro, souligne que « les investisseurs ne paient plus seulement la promesse de l’IA, mais la matérialisation de ses besoins physiques ». Selon lui, « le rallye s’est élargi à toute la chaîne de valeur : GPU, mémoire, stockage, équipements et serveurs ». Cette dynamique profite à des acteurs comme 2CRSi, dont les produits sont directement liés à l’infrastructure physique nécessaire au déploiement de l’IA.
Un parcours boursier jalonné de rebonds
Le succès actuel de 2CRSi contraste avec une période difficile. En 2021, le groupe a été fragilisé par les déboires de son principal client, Blade, une start-up française spécialisée dans le cloud gaming. Blade, qui utilisait les serveurs de 2CRSi pour son service Shadow, a accumulé des retards de livraison et des problèmes financiers avant d’entrer en redressement judiciaire en mars 2021. La pandémie de Covid-19 a également perturbé la chaîne logistique, aggravant les difficultés de 2CRSi, qui a enregistré une perte de plus de 10 millions d’euros lors de l’exercice 2022-2023.
Pour les exercices 2020-2021 et 2021-2022, la société n’a pas pu publier ses comptes dans les délais réglementaires, une situation qui reflétait alors ses tensions financières. Pourtant, trois ans plus tard, 2CRSi affiche une santé retrouvée, avec un chiffre d’affaires multiplié par neuf au premier semestre 2025-2026 par rapport à la même période de l’exercice précédent. Le groupe a même revu à la hausse ses prévisions, passant de 300 millions à 400 millions d’euros pour l’exercice en cours.
Une ambition affichée : atteindre le milliard d’euros de chiffre d’affaires
Selon Thibault François, co-fondateur et associé de Fastea Capital, « la trajectoire de croissance de 2CRSi est exceptionnelle ». Il explique que « toutes les entreprises s’outillent et cherchent des serveurs performants », ce qui donne une forte visibilité sur le marché de l’IA, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe. « 2CRSi est la seule entreprise liée à l’IA dont les serveurs sont prisés par les groupes américains et européens pour répondre à une demande extrêmement forte », ajoute-t-il.
Pour atteindre son objectif d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires dès l’exercice 2025-2026, 2CRSi mise sur une dynamique commerciale « très solide » et la montée en puissance de projets structurants. Parmi eux, l’exécution de tranches additionnelles pour une « AI Factory » exploitée par NewYork GreenCloud (NYGC) ou encore le consortium européen ÆTHER Infrastructure, dont 2CRSi est à l’initiative. Ce projet vise à construire à Strasbourg un site industriel stratégique pour le développement d’infrastructures d’IA de nouvelle génération en Europe.
Les défis à venir : croissance et valorisation
Malgré cette performance exceptionnelle, certains analystes appellent à la prudence. Thibault François, bien qu’optimiste, estime que « la dynamique est extrêmement favorable », mais souligne l’importance de surveiller les niveaux de marge et le financement de cette croissance. Oddo BHF, dans une note publiée fin avril 2026, considère que « le potentiel d’upside additionnel sur le titre réside désormais sur la capacité de 2CRSi à dépasser sensiblement le milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2026-2027 » ou à sécuriser des volumes significatifs au-delà de 2027-2028.
L’analyste précise que cela pourrait passer par « l’annonce de nouveaux contrats majeurs, la diversification de sa base clients ou des avancées concrètes sur les grands projets en cours ». Il ajoute que « le parcours spectaculaire du titre offre désormais un rapport risque/rendement moins favorable », avec une valorisation qui reflète déjà les ambitions du groupe.
Quant à son action, actuellement cotée aux alentours de 40 euros, son potentiel à court terme dépendra de sa capacité à concrétiser ses ambitions sans sacrifier ses marges. Les analystes restent partagés : l’un recommande l’achat, tandis que l’autre suggère de conserver le titre avec un objectif de cours moyen à 47,05 euros sur douze mois, bien en dessous des niveaux actuels.
Une chose est sûre : dans l’écosystème de l’IA, où la course à la puissance de calcul et à l’efficacité énergétique est devenue un enjeu stratégique, 2CRSi a su se positionner comme un acteur à suivre.
L’essor de l’intelligence artificielle nécessite des infrastructures de calcul toujours plus puissantes et énergivores. Les data centers doivent répondre à des besoins en puissance de traitement massifs, notamment pour entraîner des modèles d’IA ou gérer des flux de données en temps réel. Les serveurs de 2CRSi, conçus pour optimiser ces performances tout en limitant la consommation énergétique, répondent directement à cette demande.
Le marché des serveurs haute performance est dominé par des acteurs internationaux comme Dell Technologies, Hewlett Packard Enterprise (HPE), Lenovo ou Super Micro Computer. En France, des entreprises comme Kalray, spécialisée dans les processeurs pour le calcul intensif, ou Semco Technologies, qui conçoit des composants pour semi-conducteurs, émergent également.