Spécialiste reconnu du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), le pédopsychiatre Olivier Revol a longtemps ignoré être lui-même concerné par ce trouble. Ce n’est qu’à l’âge de 40 ans qu’il a enfin compris l’origine de ses difficultés quotidiennes, marquées par des oublis répétés et une organisation chaotique. Ses stratégies pour vivre sereinement avec ce diagnostic, qu’il partage aujourd’hui, offrent un éclairage précieux sur cette pathologie encore mal identifiée chez les adultes. Top Santé revient sur son parcours et ses conseils pour mieux appréhender le TDAH à l’âge adulte.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Dr Olivier Revol, pédopsychiatre spécialiste du TDAH, a découvert son propre trouble à l’âge de 40 ans seulement.
  • Ses symptômes incluaient des oublis systématiques (clés, affaires, billets au distributeur) et une organisation quotidienne complexe.
  • Il partage aujourd’hui ses stratégies pour mieux vivre avec le TDAH, un trouble souvent sous-diagnostiqué chez les adultes.
  • Le TDAH chez l’adulte se manifeste différemment que chez l’enfant, avec des difficultés de concentration et d’organisation plus subtiles.

Un diagnostic tardif, mais salvateur

Dans une interview accordée à Top Santé, Olivier Revol explique avoir mis des décennies à identifier son propre TDAH. « J’oubliais mes clés, mes affaires, et même mes billets au distributeur », confie-t-il. Ce n’est qu’en étudiant de près les symptômes du trouble chez l’adulte qu’il a fait le lien avec son quotidien. Autant dire que, pour ce spécialiste, la reconnaissance tardive de son propre TDAH a été une révélation. Côté professionnel, cela a aussi transformé sa pratique, lui permettant d’aborder différemment les cas de patients adultes confrontés aux mêmes défis.

Le pédopsychiatre souligne que le TDAH chez l’adulte est souvent méconnu, car ses manifestations diffèrent de celles observées chez l’enfant. Là où un enfant hyperactif peut être immédiatement identifié, un adulte TDAH cumule bien souvent des difficultés d’organisation, de gestion du temps et de mémoire, sans que ces symptômes ne soient systématiquement associés au trouble. Bref, une prise de conscience qui a changé sa vie.

Le TDAH à l’âge adulte : des signes discrets mais handicapants

Selon Olivier Revol, les oublis répétés, la procrastination chronique et une tendance à la désorganisation sont des indicateurs fréquents du TDAH chez l’adulte. « Je perdais systématiquement mes affaires, je reportais sans cesse des tâches importantes, et je me sentais constamment en retard », explique-t-il. Ces difficultés, souvent banalisées, peuvent pourtant avoir un impact majeur sur la vie professionnelle et personnelle. Le spécialiste précise que ces symptômes s’accompagnent parfois d’une difficulté à gérer les émotions ou une impulsivité mal contrôlée.

Un autre aspect souvent sous-estimé est la fatigue mentale engendrée par l’effort constant pour compenser ces troubles. « On dépense une énergie folle à tenter de s’organiser, alors que les autres y parviennent sans effort », ajoute-t-il. Pour les adultes non diagnostiqués, ces mécanismes d’adaptation peuvent masquer le problème pendant des années, retardant d’autant la prise en charge adaptée.

Des stratégies pour mieux vivre avec le TDAH

Olivier Revol a développé plusieurs méthodes pour mieux gérer son trouble au quotidien. Parmi elles, l’utilisation de rappels numériques, la délégation systématique des tâches chronophages, et la mise en place de routines strictes. « J’ai appris à externaliser ma mémoire en utilisant des listes et des alarmes », confie-t-il. Il recommande également de fractionner les projets en étapes simples pour éviter la surcharge cognitive. Ces ajustements, bien que contraignants au début, permettent de gagner en sérénité.

Le pédopsychiatre insiste aussi sur l’importance de l’entourage. « Les proches peuvent jouer un rôle clé en évitant de juger les oublis ou les retards, mais en encourageant plutôt les solutions pratiques », précise-t-il. Enfin, il souligne que les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et les médicaments, lorsqu’ils sont adaptés, peuvent apporter un soutien précieux. Pour lui, l’acceptation du trouble est la première étape vers une vie épanouie.

Et maintenant ?

Le diagnostic du TDAH chez l’adulte reste encore trop rare, en partie à cause d’un manque de formation des professionnels de santé. Selon Olivier Revol, une meilleure sensibilisation des médecins généralistes et des psychiatres pourrait réduire ce délai. D’ici 2027, plusieurs associations plaident pour l’inclusion du dépistage du TDAH chez l’adulte dans les parcours de soins de première ligne. En attendant, les témoignages comme celui du Dr Revol pourraient contribuer à briser les tabous entourant ce trouble.

Reste à voir si les initiatives en cours permettront d’améliorer la prise en charge des adultes atteints de TDAH. Une chose est sûre : la reconnaissance de ce trouble ouvre la voie à des solutions concrètes pour ceux qui, comme Olivier Revol il y a quelques années, luttent encore dans l’ombre.

Les principaux signes incluent des difficultés d’organisation, des oublis fréquents (clés, rendez-vous), une procrastination chronique, une tendance à la désorganisation et parfois une impulsivité mal contrôlée. Contrairement à l’enfant, l’hyperactivité est souvent moins visible, mais se manifeste par une agitation interne ou une difficulté à se concentrer sur des tâches longues.