Depuis deux mois, la frontière entre le Chili et le Pérou reste le théâtre d’une tension migratoire latente, malgré les promesses du nouveau président chilien d’extrême droite, José Antonio Kast. Comme le rapporte RFI, Santiago a en effet construit un mur à sa frontière avec le Pérou dans le but affiché de freiner l’immigration illégale. Une initiative que le voisin péruvien, de son côté, a anticipée en déclarant l’état d’urgence et en se préparant à accueillir d’éventuelles vagues de migrants aux postes-frontières. Pourtant, sur le terrain, la situation n’a pas évolué.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Chili a construit un mur à sa frontière avec le Pérou pour limiter l’immigration illégale.
  • José Antonio Kast, président chilien d’extrême droite, a promis d’expulser « tous » les migrants en situation irrégulière.
  • Le Pérou a décrété l’état d’urgence et s’est préparé à recevoir d’éventuels flux migratoires.
  • Deux mois après l’arrivée de Kast au pouvoir, la situation à la frontière reste inchangée.

Un mur chilien pour endiguer l’immigration, une mesure symbolique

Le gouvernement chilien a franchi une étape concrète avec la construction d’un mur le long de sa frontière avec le Pérou. Cette barrière physique, érigée sous la présidence précédente mais poursuivie depuis, s’inscrit dans une stratégie de contrôle accru des flux migratoires. Selon les autorités chiliennes, ce dispositif vise à limiter l’entrée irrégulière de personnes en provenance notamment du Venezuela, d’Haïti ou de Colombie. Pourtant, côté péruvien, les craintes d’un afflux massif de migrants ne semblent pas se matérialiser pour l’instant.

Les déclarations de Kast et la réaction péruvienne

Désormais aux commandes du Chili, José Antonio Kast a multiplié les annonces fermes sur la question migratoire. Il a notamment promis d’expulser « tous » les migrants en situation irrégale, une déclaration qui a immédiatement suscité des réactions de la part de Lima. Le Pérou, dirigé par le président Pedro Castillo, a ainsi déclaré l’état d’urgence à sa frontière nord, une mesure exceptionnelle destinée à anticiper une éventuelle arrivée massive de personnes.

Pourtant, deux mois après l’investiture de Kast, les dynamiques migratoires à la frontière ne semblent pas avoir été bouleversées. Les flux restent stables, et les expulsions, comme les arrivées, se comptent en nombres limités. Les autorités péruviennes, bien que vigilantes, n’ont pas observé de hausse significative des passages clandestins.

Une frontière sous tension, mais des réalités contrastées

Sur le terrain, les récits des habitants et des autorités locales confirment cette stabilité relative. Les postes-frontières, comme celui de Tacna côté péruvien et Arica côté chilien, fonctionnent normalement, avec des contrôles renforcés mais sans saturation des flux. Les migrants, pour leur part, adaptent leurs stratégies : certains privilégient désormais des itinéraires plus longs ou plus discrets pour éviter les zones surveillées.

— Malgré les discours musclés, la réalité migratoire à la frontière Pérou-Chili reste marquée par une complexité qui dépasse les seuls enjeux sécuritaires. Les réseaux de passeurs, les besoins économiques locaux et les politiques d’asile des deux pays jouent un rôle tout aussi déterminant, autant dire que les déclarations politiques peinent à transformer radicalement la donne.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient voir se préciser les orientations des deux gouvernements. Au Chili, l’administration Kast devrait détailler ses plans concrets pour appliquer sa promesse d’expulsion massive, tandis que le Pérou pourrait ajuster ses mesures d’urgence en fonction de l’évolution des flux. Une réunion bilatérale entre les deux pays, prévue en juin 2026, pourrait offrir l’occasion d’un dialogue plus structuré — ou, au contraire, d’une confrontation sur les méthodes à adopter. Pour l’instant, les observateurs s’interrogent : les murs et les discours suffiront-ils à endiguer une migration qui, souvent, répond à des logiques bien plus profondes ?

En attendant, la frontière entre le Chili et le Pérou reste un laboratoire des politiques migratoires en Amérique latine, où les promesses politiques se heurtent parfois à des réalités bien plus nuancées.

Le Pérou a décrété l’état d’urgence en anticipation d’une éventuelle vague migratoire en provenance du Chili, en réaction aux annonces du président chilien José Antonio Kast promettant l’expulsion de « tous » les migrants en situation irrégulière. Cette mesure exceptionnelle vise à renforcer les préparatifs logistiques et sécuritaires aux postes-frontières.