Selon Le Monde - Politique, la commune de Liévin, dans le Pas-de-Calais, devient le terrain d’expérimentation d’une politique locale alignée sur les fondamentaux de l’extrême droite. Depuis son élection à la mairie le 22 mars 2026, Dany Paiva, membre du Rassemblement national (RN), multiplie les mesures symboliques et concrètes, marquant une rupture avec les pratiques traditionnelles de gestion municipale. Parmi les annonces les plus controversées figure l’application de la « priorité nationale » dans l’attribution des logements sociaux, une mesure que ses détracteurs qualifient de discriminatoire et potentiellement illégale.

Ce qu'il faut retenir

  • Le maire de Liévin, Dany Paiva (RN), applique une politique radicale depuis son élection le 22 mars 2026.
  • Parmi ses mesures phares : l’instauration de la « priorité nationale » pour l’accès aux logements sociaux, jugée discriminatoire par ses opposants.
  • Cette politique s’inscrit dans une dynamique plus large de radicalisation, incluant le retrait des drapeaux européens et la réduction des célébrations du 1ᵉʳ-Mai.
  • La mesure sur les logements sociaux pourrait être pénalement répréhensible, selon des juristes consultés par Le Monde.
  • La désertion du Parti socialiste dans la région facilite la mise en œuvre de ces réformes sans opposition politique structurée.

Une politique municipale en rupture avec les pratiques traditionnelles

Dès son installation à la tête de Liévin, Dany Paiva a affiché une volonté de rupture avec les politiques menées jusqu’alors. « On ne peut plus ignorer les attentes des Liévinois qui réclament une gestion plus stricte des ressources publiques », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse en avril. Ses premières décisions ont porté sur des symboles forts : le retrait des drapeaux européens des bâtiments municipaux et la réduction des commémorations du 1ᵉʳ-Mai, traditionnellement marquées par des défilés et des rassemblements. « Ces gestes visent à recentrer l’action municipale sur les priorités locales », a-t-il justifié. Autant dire que, côté symboles, la mairie de Liévin a clairement choisi son camp.

La « priorité nationale » dans l’attribution des logements sociaux, une mesure sous le feu des critiques

Le projet le plus controversé reste sans conteste la mise en place d’un système de « priorité nationale » pour l’accès aux quelque 5 000 logements sociaux de la ville. Selon les termes du maire, ce dispositif privilégierait les candidats « de nationalité française ou issus de l’Union européenne », excluant de fait les ressortissants hors UE. « Il s’agit de répondre à une demande forte de nos administrés », a-t-il argumenté, sans préciser si des critères socio-économiques seraient également appliqués. Pourtant, cette mesure soulève d’importantes questions juridiques. Plusieurs associations, dont la Ligue des droits de l’homme (LDH), ont déjà annoncé leur intention de contester cette politique devant les tribunaux. « Une telle disposition est clairement discriminatoire et contraire au principe d’égalité devant la loi, inscrit dans la Constitution », a réagi Me Marie Dupont, avocate spécialisée en droit public.

Un contexte politique favorable à l’émergence de cette radicalité

L’adoption de ces mesures radicales s’inscrit dans un contexte politique local particulièrement favorable au RN. Depuis des années, le Parti socialiste, autrefois dominant dans le bassin minier, peine à maintenir une présence significative. « La désertion des structures socialistes locales a laissé un vide politique que le RN comble sans difficulté », analyse le politologue Thomas Leroy, chercheur à l’Institut d’études politiques de Lille. Cette situation permet à Dany Paiva de gouverner sans opposition structurée, tout en bénéficiant d’un soutien populaire dans une partie de l’électorat traditionnel de gauche. « On assiste à une recomposition des rapports de force, où l’abstention et la défiance envers les partis traditionnels profitent aux extrêmes », souligne-t-il. Pour l’instant, les sondages locaux indiquent que la popularité du maire reste stable, autour de 55 % d’opinions favorables.

Et maintenant ?

Plusieurs recours juridiques sont d’ores et déjà en préparation contre la mesure de « priorité nationale ». La LDH a annoncé déposer un référé devant le tribunal administratif de Lille dès le mois de juin, avec pour objectif d’obtenir la suspension immédiate du dispositif. De son côté, la préfecture du Pas-de-Calais a indiqué « examiner la conformité de cette politique avec le droit national et européen ». Une décision pourrait intervenir d’ici la rentrée 2026. Par ailleurs, d’autres communes du département, dirigées par des élus RN ou sympathisants, ont fait part de leur intention d’étudier le modèle liévinois pour le reproduire. Reste à voir si cette radicalisation municipale trouvera un écho au-delà des frontières du bassin minier.

Pour l’heure, Dany Paiva semble déterminé à poursuivre sur cette voie. « On ne lâchera rien sur les principes qui fondent notre action », a-t-il affirmé lors d’un meeting le 5 mai. Une détermination qui pourrait, à terme, redessiner le paysage politique local — et peut-être national.

Il s’agit d’un système donnant la priorité aux candidats de nationalité française ou européenne pour l’accès aux logements sociaux, au détriment des ressortissants hors Union européenne. Cette mesure, proposée par Dany Paiva à Liévin, est présentée comme une réponse aux attentes des habitants, mais elle est dénoncée comme discriminatoire par plusieurs associations et juristes.

Plusieurs experts en droit public estiment que la « priorité nationale » viole le principe constitutionnel d’égalité devant la loi. En effet, la Constitution française interdit toute discrimination fondée sur la nationalité dans l’accès aux services publics, sauf exceptions très encadrées. La LDH et d’autres associations ont annoncé leur intention de saisir la justice pour contester cette politique.