À Angers, le 3 février 2026, un salarié du privé en arrêt de travail illustre une tendance lourde observée depuis la pandémie de Covid-19. Selon une étude publiée ce 9 juin par Malakoff Humanis, le taux d’absentéisme dans le secteur privé a bondi de 25,5 % entre 2019 et 2025, passant de 3,4 % à 4,3 %. Cette hausse, bien plus marquée chez les cadres (+35,2 %), interroge sur les causes structurelles de ce phénomène. Les arrêts s’allongent également, avec une durée moyenne de 20,2 jours pour les cadres, et les troubles de santé mentale figurent désormais en tête des motifs d’arrêts longs.

Ce qu'il faut retenir

  • Le taux d’absentéisme dans le privé a augmenté de 25,5 % entre 2019 et 2025, atteignant 4,3 % en 2025.
  • Chez les cadres, la hausse est de 35,2 % sur la même période, avec une durée moyenne d’arrêt de 20,2 jours.
  • Les troubles de santé mentale sont désormais le premier motif d’arrêts longs (plus de 30 jours).
  • L’étude s’appuie sur un panel de 3 000 salariés, l’analyse de 3,8 millions de clients et le suivi de 300 000 arrêts longs.

Une rupture durable après le Covid-19

D’après l’enquête menée par Malakoff Humanis et relayée par Franceinfo - Santé, la crise sanitaire a marqué un tournant. « Les niveaux pré-Covid sont durablement derrière nous », souligne l’étude. « La rupture intervenue en 2020 n’a pas été suivie d’un retour à la normale, bien au contraire : la norme s’est établie plus haut. » Autrement dit, autant dire que l’absentéisme n’est pas un phénomène passager, mais bien une nouvelle donne pour les entreprises et les salariés.

L’étude s’appuie sur trois sources complémentaires : un baromètre Ifop auprès de 3 000 salariés, l’analyse des arrêts déclarés par 3,8 millions de clients de Malakoff Humanis, et le suivi médical de 300 000 arrêts longs. Ces données croisées offrent une vision précise des évolutions en cours, bien au-delà des simples tendances conjoncturelles.

Les cadres, première ligne d’un phénomène inquiétant

Si le taux d’absentéisme reste près de deux fois plus bas chez les cadres que chez les non-cadres, c’est chez eux que la progression est la plus spectaculaire. Entre 2019 et 2025, leur absentéisme a augmenté de 35,2 %, contre une hausse globale de 25,5 % pour l’ensemble des salariés du privé. Cette accélération s’explique en grande partie par l’allongement des durées d’arrêt, désormais de 20,2 jours en moyenne. Une évolution qui reflète, selon les experts, une dégradation des conditions de travail et une pression accrue sur les métiers d’encadrement.

Les seniors ne sont pas épargnés. Leur absentéisme s’accroît également, en partie à cause du vieillissement de la population active. Les troubles musculo-squelettiques et la traumatologie restent des motifs majeurs d’arrêt, mais les pathologies liées à la santé mentale ont pris la première place pour les arrêts longs. Un signe supplémentaire que le mal-être au travail s’installe durablement dans le paysage professionnel français.

La santé mentale, un enjeu central pour les arrêts longs

Les données de Malakoff Humanis sont sans équivoque : les troubles psychiatriques (dépression, burn-out, anxiété) sont désormais la première cause d’arrêts de plus de trente jours. « La santé mentale est devenue un sujet incontournable, tant pour les salariés que pour les employeurs », explique l’organisme dans son rapport. Face à ce constat, les recommandations se multiplient : renforcer la prévention, mieux accompagner les retours au travail via des temps partiels thérapeutiques ou des aménagements de poste.

Le gouvernement a d’ailleurs pris acte de cette urgence. Dans la continuité de ses annonces sur la prévention de l’absentéisme, il mise sur des outils comme les « kits de prévention », les « boutons d’alerte » ou les « parcours de réadaptation ». Des mesures qui visent à briser le cercle vicieux des arrêts longs et à favoriser un retour durable dans l’emploi. Reste à savoir si ces dispositifs suffiront à inverser la tendance.

« La rupture intervenue en 2020 n’a pas été suivie d’un retour à la normale. Au contraire, la norme s’est établie plus haut. »
Malakoff Humanis, étude publiée le 9 juin 2026

Et maintenant ?

La question n’est plus de savoir si l’absentéisme va continuer à augmenter, mais à quel rythme et avec quelles conséquences pour les entreprises et l’économie. Plusieurs pistes sont évoquées pour inverser la tendance : renforcement des politiques de prévention en santé mentale, généralisation des aménagements de poste pour les salariés en reprise, ou encore mieux ciblage des publics les plus exposés. Une chose est sûre : les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’efficacité des mesures annoncées par les pouvoirs publics et les acteurs sociaux.

Le dialogue social pourrait jouer un rôle clé dans cette dynamique. Les partenaires sociaux, déjà mobilisés sur le sujet, devraient prochainement examiner les propositions de Malakoff Humanis et du gouvernement. Une réunion est notamment attendue d’ici la fin de l’été 2026 pour faire un point d’étape sur les avancées réalisées.

En attendant, les salariés, surtout les cadres, devront composer avec cette nouvelle réalité. Pour eux, l’enjeu est double : préserver leur santé tout en naviguant dans un environnement professionnel de plus en plus exigeant.

L’étude de Malakoff Humanis ne détaille pas les secteurs les plus affectés, mais souligne que la tendance est générale dans le privé. Les données disponibles indiquent que les cadres et les seniors sont particulièrement concernés, sans distinction sectorielle marquée.