Le consortium européen Automotive Cells Company (ACC), spécialisé dans la production de batteries pour véhicules électriques, traverse une phase critique. Selon BFM Business, l’entreprise cherche activement un partenaire étranger, notamment parmi les fabricants chinois, afin de résoudre ses problèmes techniques et financiers. Cette situation met en lumière les défis auxquels fait face l’industrie européenne des batteries face à la domination des acteurs asiatiques.

Ce qu'il faut retenir

  • ACC, co-entreprise détenue à 45% par Stellantis, 30% par Mercedes-Benz et 25% par Saft (filiale de TotalEnergies), accumule des retards et des surcoûts dans la production de ses batteries à base de Nickel-Manganèse-Cobalt (NMC).
  • Les batteries chinoises, utilisant une technologie Lithium-Fer-Phosphate (LFP), sont à la fois moins chères (-30% en 2024) et plus compétitives, représentant désormais 50% des batteries installées dans les véhicules électriques vendus en Europe fin 2024.
  • L’entreprise, qui avait bénéficié d’un financement européen de 1,3 milliard d’euros dans le cadre du projet PIECC batteries, voit ses marges se réduire en raison d’un taux de rebut élevé et de difficultés à monter en cadence.
  • Northvolt, autre acteur européen, a fait faillite en mars 2025, illustrant la fragilité de la filière. ACC a déjà abandonné ses projets en Allemagne et en Italie pour se recentrer sur son site français de Douvrin.
  • Un prêt européen de 1,5 milliard d’euros est actuellement à l’étude pour soutenir la filière et éviter un arrêt des financements.
  • Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a évoqué l’idée d’intégrer "un peu de technologie chinoise" dans ACC pour relancer sa compétitivité.

Une technologie européenne mise à mal par la concurrence asiatique

Automotive Cells Company (ACC) incarne l’ambition européenne de s’imposer comme un acteur majeur dans la production de batteries pour véhicules électriques. Créée en 2021 par Stellantis, Mercedes-Benz et Saft (filiale de TotalEnergies), l’entreprise devait incarner l’autonomie stratégique du Vieux Continent dans un secteur dominé par la Chine. Pourtant, trois ans après son lancement, ACC accumule les difficultés. Ses batteries, fabriquées selon la technologie NMC (Nickel, Manganèse, Cobalt), se révèlent plus coûteuses et moins compétitives que celles de ses concurrents chinois, qui misent sur la chimie LFP (Lithium-Fer-Phosphate).

Cette différence de coût est loin d’être anodine. Selon l’ADEME, les batteries LFP chinoises ont vu leurs prix chuter de 30% en 2024, tandis que celles produites en Europe restent bien plus onéreuses. Résultat : en Europe, une batterie sur deux embarquée dans un véhicule électrique en 2024 utilisait la technologie LFP, selon l’Agence internationale de l’énergie. La Chine, quant à elle, contrôle près de 80% de la production mondiale de batteries LFP, renforçant ainsi son hégémonie sur le marché.

Des retards et des surcoûts qui menacent la survie du projet

Les problèmes d’ACC ne se limitent pas à des questions de compétitivité tarifaire. L’entreprise souffre également de rendements industriels défaillants. Son taux de rebut, c’est-à-dire la part de batteries inutilisables en raison de défauts de fabrication, reste anormalement élevé. Une situation qui s’explique par la complexité de la technologie NMC, où la moindre erreur de production peut rendre une batterie inutilisable. Ces dysfonctionnements ont déjà précipité la faillite de Northvolt, autre pionnier européen des batteries, mis en liquidation en mars 2025 en Suède.

Ces difficultés ont conduit ACC à revoir ses ambitions à la baisse. L’entreprise a déjà annulé ses projets d’usines en Allemagne et en Italie, se concentrant désormais exclusivement sur son site français de Douvrin, dans les Hauts-de-France. Pourtant, même sur ce site, les délais de livraison s’allongent, ce qui commence à inquiéter son principal client, Stellantis, actionnaire majoritaire du consortium. Pour tenter de redresser la barre, ACC mise désormais sur un partenariat stratégique avec un acteur étranger maîtrisant mieux les processus de production.

La Chine, partenaire malgré elle ?

Dans ce contexte, les regards se tournent vers l’Asie. Plusieurs indices laissent penser que ACC pourrait s’ouvrir à un acteur chinois ou coréen pour sauver son projet. Lors de l’assemblée générale de TotalEnergies en 2026, son PDG, Patrick Pouyanné, n’a pas caché son intention d’« mettre un peu de technologie chinoise dans ACC pour les aider à sortir de l’ornière ». Une déclaration qui a fait écho aux informations des Echos, relayées par BFM Business, selon lesquelles l’entreprise cherchait activement un partenaire capable d’apporter à la fois des liquidités et une expertise technologique.

ACC n’est d’ailleurs pas totalement novice dans les collaborations avec la Chine. Le groupe est déjà lié à EVE Energy, un fabricant chinois qui conseille ses équipes. Par ailleurs, CATL, leader mondial des batteries, a co-construit avec ACC une usine à Saragosse, en Espagne. Ces partenariats pourraient servir de tremplin à une coopération plus large, même si une telle alliance soulève des questions sur la souveraineté industrielle européenne.

Un soutien européen en suspens

Pour éviter un scénario à la Northvolt, l’Europe tente de sauver sa filière batteries. Dans le cadre du projet PIECC batteries, ACC a bénéficié d’un financement de 1,3 milliard d’euros sur les 7,3 milliards investis. Mais ces fonds, initialement destinés à soutenir la montée en puissance du consortium, ne suffisent plus à couvrir ses pertes. Les institutions européennes étudient désormais la possibilité d’un prêt de 1,5 milliard d’euros supplémentaire pour éviter un arrêt des financements et permettre à la filière de tenir jusqu’à ce que les gigafactories atteignent leur rythme de croisière.

Cette aide, si elle est accordée, serait cruciale. Elle permettrait à ACC de continuer à produire, mais aussi de financer ses pertes le temps de résoudre ses problèmes techniques. Reste à savoir si ces mesures seront suffisantes. Car si l’Europe mise sur des acteurs locaux comme ACC ou Verkor – ce dernier ayant déjà reçu un rappel à l’ordre de Renault, son principal client –, les concurrents asiatiques restent imbattables en termes de coûts et de volumes.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour ACC. L’entreprise doit trancher rapidement sur son choix de partenaire, sous peine de voir ses retards s’accumuler et ses clients se tourner vers d’autres fournisseurs. Une décision pourrait intervenir d’ici l’été 2026, selon les observateurs du secteur. Parallèlement, le prêt européen de 1,5 milliard d’euros devrait être soumis à validation par les États membres dans les prochains mois. Enfin, la capacité d’ACC à réduire son taux de rebut sera un indicateur clé de sa viabilité à moyen terme.

Autant dire que l’avenir de la filière batteries européenne se joue en partie sur les choix que fera ACC dans les prochains mois. Entre partenariats asiatiques et soutien public, l’entreprise n’a plus droit à l’erreur.

Les batteries NMC (Nickel-Manganèse-Cobalt) utilisées par ACC offrent une meilleure densité énergétique, idéale pour les véhicules nécessitant une grande autonomie. En revanche, elles sont plus chères et dépendent de matières premières coûteuses. Les batteries LFP (Lithium-Fer-Phosphate), privilégiées par les Chinois, sont moins chères, plus sûres et ont une durée de vie plus longue, mais offrent une autonomie inférieure. Leur coût de production a chuté de 30% en 2024, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie.

Plusieurs facteurs expliquent ce retard. D’abord, les coûts de production en Europe sont plus élevés en raison des normes sociales et environnementales strictes, ainsi que des salaires plus importants. Ensuite, les acteurs chinois bénéficient d’économies d’échelle massives et de subventions étatiques, leur permettant de proposer des prix bien inférieurs. Enfin, la technologie LFP, moins complexe que la NMC, a été industrialisée plus rapidement par la Chine, qui domine aujourd’hui 80% de la production mondiale.