La paralysie du détroit d’Ormuz, où se concentrent près de 20 % du trafic maritime pétrolier mondial, maintient la pression sur les approvisionnements énergétiques depuis près de trois mois. Résultat : la production mondiale de pétrole a reculé de près de 10 %, entraînant une flambée des cours du baril et, selon Capital, une hausse des prix de l’énergie qui alimente les craintes d’un retour de l’inflation à l’échelle mondiale. Côté Bourse, les indices actions phares comme le S&P 500 et le Nasdaq ont atteint de nouveaux records historiques, tandis que les marchés obligataires, eux, affichent une dynamique baissière marquée par la remontée des taux d’intérêt.

Selon Capital, cette divergence entre actions et obligations illustre une situation inédite : pour la première fois dans l’histoire financière récente, les marchés actions progressent malgré une hausse de plus de 50 % du prix du pétrole et une remontée des taux. Une énigme qui interroge autant les investisseurs que les analystes.

Ce qu'il faut retenir

  • La production mondiale de pétrole a chuté de près de 10 % en raison du blocage du détroit d’Ormuz, entraînant une forte hausse des prix de l’énergie.
  • Les indices actions comme le S&P 500 et le Nasdaq ont atteint de nouveaux sommets historiques, tandis que les marchés obligataires subissent une dynamique baissière.
  • Les taux d’intérêt américains à 30 ans ont dépassé 5 %, un niveau inédit depuis 2007, confirmant la rupture à la hausse entamée en mai 2026.
  • Les besoins de financement des États et des entreprises, dopés par les dépenses militaires et les investissements colossaux dans l’IA, s’élèvent à 2 000 milliards de dollars par an.
  • La dette publique américaine approche désormais 40 000 milliards de dollars, un niveau record qui pèse sur les marchés obligataires.

Les marchés actions défient les logiques traditionnelles

En temps normal, une hausse aussi brutale du prix de l’énergie devrait peser sur les marchés actions, en réduisant la croissance économique et en alimentant l’inflation. Pourtant, selon Capital, les principaux indices boursiers américains ont continué leur ascension, flirtant avec des records historiques. Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique : la bulle spéculative autour de l’intelligence artificielle, des résultats trimestriels exceptionnels pour les entreprises technologiques et un phénomène de FOMO – la peur de rater une opportunité de gains – qui pousse les investisseurs à se positionner sur les actifs risqués.

«

C’est la première fois que les actions atteignent de tels sommets après une hausse de plus de 50 % du prix du pétrole et alors que les taux d’intérêt s’envolent
», analyse Thierry Béchu, responsable investissements chez Kanopy AM. Pour lui, cette situation reflète une croyance des marchés en la résilience de l’économie à court terme, malgré les tensions géopolitiques persistantes.

Les marchés obligataires, eux, anticipent une stagflation durable

De leur côté, les investisseurs obligataires adoptent une vision plus pessimiste. Selon Capital, ils estiment que la poussée inflationniste actuelle n’est pas un phénomène temporaire, mais s’inscrit dans une tendance de fond. La hausse des prix de l’énergie, couplée à des dépenses publiques en forte augmentation – notamment pour financer des infrastructures et des programmes militaires – alimente les craintes d’une stagflation, un scénario où l’inflation et la stagnation économique se conjuguent.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le coût de la guerre avec l’Iran pour les États-Unis pourrait atteindre 200 milliards de dollars en cas d’enlisement, et les recettes fiscales risquent de diminuer dans un contexte de ralentissement économique. Parallèlement, les besoins de financement des États et des entreprises explosent : les investissements dans l’IA devraient atteindre 600 milliards de dollars en 2026, et 1 500 milliards supplémentaires d’ici 2030, principalement financés par la dette.

Résultat : l’offre de titres obligataires sur le marché est devenue pléthorique, alors que la demande stagne. Les capitaux se détournent des obligations au profit des actions, accentuant la pression à la hausse sur les taux d’intérêt. Le taux américain à 30 ans a déjà dépassé 5 %, un niveau inédit depuis près de deux décennies.

Un déséquilibre historique entre l’offre et la demande de capitaux

L’écart entre les deux logiques de marché – haussière pour les actions, baissière pour les obligations – s’explique aussi par un déséquilibre structurel. D’un côté, les grandes entreprises technologiques, portées par la révolution de l’IA, attirent les investisseurs en quête de rendements. De l’autre, les États et les entreprises se livrent une concurrence sans précédent pour capter l’épargne disponible.

«

Les besoins de financement sont tels que les États et les entreprises technologiques se disputent les mêmes capitaux. La loi de l’offre et de la demande joue contre les obligations
», souligne Thierry Béchu. Les entreprises technologiques, en particulier, émettent des quantités record d’actions et d’obligations, ce qui réduit l’attractivité des titres de dette classiques.

Selon l’analyse technique citée par Capital, la rupture à la hausse des taux d’intérêt, observée en mai 2026, pourrait se poursuivre. Les objectifs techniques tablent sur un taux américain à 30 ans supérieur à 6 % dans les mois à venir, confirmant la vulnérabilité des marchés obligataires.

Et maintenant ?

La divergence actuelle entre actions et obligations laisse planer plusieurs incertitudes. D’abord, la persistance de la crise géopolitique dans le détroit d’Ormuz pourrait prolonger la hausse des prix de l’énergie et alimenter l’inflation, pesant sur la croissance mondiale. Ensuite, l’accumulation de dette publique et privée – 40 000 milliards de dollars aux États-Unis – pourrait, à terme, fragiliser la stabilité financière.

Les prochaines réunions des banques centrales, notamment celle de la Réserve fédérale américaine prévue en juin 2026, seront scrutées de près. Une nouvelle hausse des taux, ou au contraire un revirement de politique monétaire, pourrait rebattre les cartes. En attendant, les investisseurs devront composer avec une volatilité accrue, entre espoirs de rendements sur les actions et craintes d’un retournement sur les obligations.

Quelles perspectives pour les épargnants ?

Face à cette situation inédite, les stratégies d’investissement pourraient évoluer. Les gestionnaires d’actifs recommandent une approche prudente, en diversifiant les portefeuilles entre actions – notamment technologiques – et obligations, mais en privilégiant les échéances courtes pour limiter l’exposition aux taux. Les actifs refuges, comme l’or ou les devises stables, pourraient également gagner en attractivité.

Reste une inconnue de taille : la capacité des États et des entreprises à absorber un endettement croissant sans déclencher de crise financière. Pour l’heure, les marchés tablent sur une issue maîtrisée, mais l’histoire récente a montré que les scénarios les plus optimistes pouvaient rapidement basculer.

Cette divergence s’explique par des logiques différentes selon Capital. Les marchés actions profitent de la croissance des entreprises technologiques, dopées par l’IA, et d’un phénomène de FOMO (peur de rater le train). Les marchés obligataires, eux, anticipent une inflation durable et des besoins de financement colossaux, ce qui pousse les taux à la hausse et rend les obligations moins attractives.

Selon les analystes cités par Capital, le principal risque est une stagflation – combinaison d’inflation élevée et de faible croissance – qui pourrait peser sur le pouvoir d’achat et la consommation. Par ailleurs, l’accumulation de dette publique et privée à des niveaux records (40 000 milliards de dollars aux États-Unis) pourrait, à terme, fragiliser la stabilité financière si les taux restent élevés.