La société de biotechnologies Advicenne, spécialisée dans les traitements innovants contre les maladies rénales rares, a vu son action chuter de **27,4%** à la Bourse de Paris ce mercredi 6 mai 2026, après l’annonce de l’ouverture d’une procédure de sauvegarde à son bénéfice, comme le rapporte BFM Bourse. Cette décision judiciaire intervient alors que la trésorerie de l’entreprise s’est fortement dégradée en un an, passant de **3,24 millions d’euros fin 2024 à seulement 1,34 million d’euros fin 2025**. Autant dire que la situation financière d’Advicenne, déjà sous pression, devient « difficilement gérable », selon les analystes.
Ce qu'il faut retenir
- Advicenne a ouvert une procédure de sauvegarde le 5 mai 2026, acceptée par le Tribunal des activités économiques de Paris, pour restructurer sa dette.
- La trésorerie nette de l’entreprise est passée de **3,24 M€ fin 2024 à 1,34 M€ fin 2025**, en raison des coûts liés au dossier d’enregistrement américain de son médicament phare, Sibnayal.
- La dette globale s’élève à **29,2 millions d’euros**, dont **16,5 M€ auprès de la BEI**, **2,4 M€ en PGE** et **10,3 M€ envers l’État français**, en partie liée à la réforme de l’accès précoce aux médicaments.
- L’action a plongé de **27,4%** à **0,887 €**, effaçant quasi intégralement sa valeur depuis son introduction à **14,03 € en décembre 2017**.
- Sibnayal, déjà commercialisé en Europe et au Moyen-Orient, est remboursé en France depuis février 2026 et en Arabie Saoudite depuis mai 2025.
Une procédure de sauvegarde pour éviter la liquidation
Advicenne a sollicité l’ouverture d’une procédure de sauvegarde mardi 5 mai 2026, après la clôture du marché parisien, afin de finaliser un plan de restructuration de sa dette avec ses créanciers. Cette procédure, distincte du redressement judiciaire, permet à une entreprise en difficulté d’éviter la liquidation tout en négociant avec ses partenaires financiers. « À court terme, la lecture est clairement négative, car même si la démarche est présentée comme volontaire et préventive, elle confirme que la dette est devenue difficilement ’gérable’ », a souligné Allinvest Securities, cité par BFM Bourse.
Cette procédure devrait offrir à Advicenne un cadre plus serein pour conclure ses discussions avec ses créanciers. Les négociations avec les banques et l’État ont déjà progressé, mais celles avec la Banque Européenne d’Investissement (BEI), détentrice de **16,5 millions d’euros de dette**, se sont révélées plus complexes. L’objectif est de finaliser un plan de financement avec ses actionnaires actuels et futurs, permettant d’étendre son horizon de trésorerie jusqu’au **premier trimestre 2027**.
Une dette alourdie par des contraintes réglementaires
La situation financière d’Advicenne est aggravée par un endettement structurel important, estimé à **29,2 millions d’euros**. Parmi ces dettes, **10,3 millions d’euros** sont dues à l’État français, en lien avec la réforme de l’accès précoce aux médicaments innovants, entrée en vigueur en **juillet 2021**. Cette réforme oblige Advicenne à reverser jusqu’à **80% de son chiffre d’affaires réalisé en France**, une charge particulièrement pénalisante, selon les analystes. « Ce dernier poste est particulièrement pénalisant », a rappelé Allinvest Securities, tout en précisant que cette dette ne devrait plus augmenter, le prix du médicament étant désormais fixé avec le Comité Économique des Produits de Santé (CEPS).
Par ailleurs, la trésorerie de l’entreprise a été fortement sollicitée par les coûts liés à la préparation du dossier d’enregistrement américain de son produit phare, Sibnayal. Ce traitement, déjà commercialisé en Europe et au Moyen-Orient depuis 2021, est utilisé pour soigner l’acidose tubulaire rénale distale (ATRd), une maladie rare affectant principalement les reins et entraînant divers symptômes, dont des troubles de l’audition, des vomissements et une faiblesse musculaire. En 2022, Sibnayal avait obtenu la désignation de médicament orphelin aux États-Unis, et son remboursement a été étendu à la France en février 2026 ainsi qu’à l’Arabie Saoudite en mai 2025.
Un médicament clé, mais une situation financière critique
Malgré les avancées réglementaires et commerciales de Sibnayal, la situation financière d’Advicenne reste fragile. La société disposait jusqu’ici de liquidités suffisantes pour couvrir ses dépenses jusqu’au **milieu du deuxième trimestre 2026**, soit jusqu’en mai. Or, l’annonce de l’ouverture de la procédure de sauvegarde a provoqué un mouvement de vente massif à la Bourse de Paris, où l’action a perdu **27,4%** en une seule séance, clôturant à **0,887 €**. Depuis son introduction en bourse en décembre 2017, Advicenne a ainsi vu sa valorisation quasi anéantie, passant de **14,03 €** à moins de **1 €**.
Cette chute reflète l’inquiétude des investisseurs face à l’incertitude entourant la capacité de l’entreprise à restructurer sa dette et à poursuivre le développement de Sibnayal, dont l’autorisation américaine par la Food and Drug Administration (FDA) reste un enjeu majeur. « La société espère ainsi avoir assez de latitude financière pour finaliser la revue du dossier Sibnayal par la FDA », a indiqué BFM Bourse, tout en rappelant que cette procédure de sauvegarde doit permettre de « créer les conditions favorables à un accord de partenariat structurant ».
Dans l’attente, la priorité pour Advicenne reste de sécuriser ses liquidités et de conclure un accord avec la BEI, dont la dette représente plus de la moitié de son endettement total. Sans cette issue, le risque de liquidation pourrait resurgir, mettant en péril le développement d’un médicament essentiel pour les patients atteints de maladies rénales rares.
La procédure de sauvegarde est un mécanisme juridique français, créé en 2006, qui permet à une entreprise en difficulté financière mais non en cessation de paiements, de négocier avec ses créanciers un plan de restructuration de sa dette. Contrairement au redressement judiciaire, elle est volontaire et préventive, et vise à éviter la liquidation tout en maintenant l’activité. Elle est encadrée par le Tribunal des activités économiques et peut durer jusqu’à 18 mois.
Cette dette de **10,3 millions d’euros** est liée à la réforme française de l’accès précoce aux médicaments innovants, entrée en vigueur en **juillet 2021**. Selon cette réforme, les laboratoires doivent reverser jusqu’à **80% de leur chiffre d’affaires réalisé en France** pour les médicaments bénéficiant d’une autorisation temporaire d’utilisation (ATU). Advicenne, dont Sibnayal est remboursé en France depuis février 2026, est donc contrainte de rembourser une partie de ses ventes passées à l’État.