Le dossier est désormais clos. La plainte déposée contre le député Charles Alloncle (UDR), rapporteur de la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public, pour prise illégale d'intérêts et trafic d'influence, a été classée sans suite par le Parquet national financier (PNF). Cette décision, rendue publique lundi 8 août 2026, confirme une information initialement révélée par BFMTV, selon les éléments communiqués.

Ce qu'il faut retenir

  • Le PNF a estimé que la qualification de « prise illégale d'intérêts » ne s'appliquait pas à une commission d'enquête parlementaire.
  • L'infraction de « trafic d'influence » n'a pas été retenue faute de preuves suffisantes d'un avantage indu perçu par Alloncle.
  • La plainte, déposée début mai 2026 par l'association AC!! Anti-Corruption, visait des soupçons d'influence entre Alloncle et la direction de Lagardère News.
  • Alloncle avait nié toute utilisation de listes de questions suggérées par le groupe Lagardère, tout en reconnaissant sa proximité avec la famille Bolloré, actionnaire majoritaire du groupe.
  • Son rapport, publié le 5 mai 2026, avait été critiqué pour son hostilité envers l'audiovisuel public, jugée proche des positions défendues par Lagardère News.

Une plainte fondée sur des soupçons d'influence politique

L'association AC!! Anti-Corruption, représentée par l'avocat Me Jérôme Karsenti, avait saisi le procureur national financier Pascal Prache début mai 2026. Dans sa plainte, elle accusait Charles Alloncle d'avoir orienté les débats de la commission en posant des questions suggérées par la direction des affaires institutionnelles et réglementaires de Lagardère News. Selon l'AFP, qui a pu consulter le document, cette plainte soulignait que la posture du député lors des auditions « marquée par une hostilité systématique envers l'audiovisuel public (...) est identique à celle suggérée par le groupe Bolloré dans ses listes ».

Pour rappel, Le Monde avait révélé le 26 avril 2026 que Lagardère News, société dont la famille Bolloré est le premier actionnaire via le groupe Louis Hachette, avait transmis des listes de questions à plusieurs députés, dont Alloncle. Le député avait immédiatement démenti les accusations, affirmant n'avoir « jamais rencontré » Constance Benqué, présidente de Lagardère News, et avoir agi en toute indépendance. « Je n'ai pas utilisé ces listes, je n'en ai pas eu besoin », avait-il déclaré dans un communiqué.

Le Parquet national financier oppose deux arguments juridiques

Dans sa décision, le PNF a justifié son classement sans suite en invoquant deux motifs principaux. D'abord, il a estimé que la qualification pénale de « prise illégale d'intérêts » n'était pas applicable à une commission d'enquête parlementaire. « La commission d'enquête, en tant qu'instance parlementaire, relève d'un cadre institutionnel spécifique », a expliqué le parquet, qui considère que les règles déontologiques propres aux assemblées ne relèvent pas du pénal.

Ensuite, concernant l'infraction de « trafic d'influence », le PNF a jugé que « la perception d'un avantage indu par Charles Alloncle n'est pas apparue suffisamment étayée pour justifier l'ouverture d'une enquête pénale ». Les magistrats ont souligné que les « positionnements respectifs des mis en cause » ne présentaient pas de « incompatibilité avec la simple expression de positions politiques ». Autrement dit, les échanges entre Alloncle et Lagardère News ne constituaient pas, selon eux, une preuve de collusion répréhensible au regard du Code pénal.

Un rapport controversé et des accusations de partialité

Le travail de Charles Alloncle en tant que rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public avait suscité de vives polémiques dès sa publication le 5 mai 2026. Le rapport, intitulé « L'audiovisuel public en crise : entre manque de neutralité, coûts excessifs et attentes non satisfaites des Français », dressait un bilan sévère des chaînes publiques, les accusant de « ne plus répondre aux attentes des Français ». Des critiques immédiates avaient fusé, certains y voyant une volonté de justifier une future privatisation, voire une attaque frontale contre le service public.

L'accusation de partialité reposait notamment sur la méthode de travail du député. Selon la plainte, ses questions lors des auditions « reproduisaient mot pour mot » celles transmises par Lagardère News, un groupe connu pour son opposition historique à l'audiovisuel public. Alloncle, membre du groupe parlementaire UDR (Union pour la Démocratie Républicaine), avait toujours nié ces allégations, affirmant avoir agi en toute indépendance. Pourtant, sa proximité avec les Bolloré, actionnaires majoritaires de Lagardère, avait alimenté les soupçons de conflits d'intérêts.

Un contexte médiatique et politique tendu

L'affaire s'inscrit dans un contexte plus large de tensions autour de l'audiovisuel public, régulièrement critiqué par la droite et l'extrême droite pour son manque de neutralité présumée et son coût. Depuis plusieurs mois, des propositions de réforme, voire de privatisation partielle, sont évoquées dans le débat politique. Le rapport Alloncle, bien que non contraignant, avait été salué par une partie de la majorité parlementaire comme une « base de travail sérieuse » pour une refonte du secteur.

De son côté, Alloncle avait réagi à la plainte en déposant, dès le lendemain de sa publication, une proposition de loi visant à « prévenir les conflits d'intérêts » dans les commissions parlementaires. Une initiative perçue par certains comme une tentative de diversion, d'autres comme une preuve de sa bonne foi. « Mon seul objectif était de défendre l'intérêt général, sans concession », avait-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Quelles suites pour Charles Alloncle et l'audiovisuel public ?

La décision du PNF met un terme définitif aux poursuites pénales contre Charles Alloncle, mais elle ne clôt pas le débat politique. L'association AC!! Anti-Corruption a annoncé qu'elle étudiait la possibilité de saisir la justice administrative pour contester la légalité de certaines méthodes utilisées lors de la commission. « Nous examinons toutes les voies juridiques pour obtenir réparation », a indiqué Me Karsenti, sans préciser si un recours au Conseil d'État était envisagé.

Sur le plan politique, l'affaire pourrait renforcer les tensions au sein de la majorité présidentielle, déjà fragilisée par les divisions sur la gestion de l'audiovisuel public. Le gouvernement, qui doit présenter d'ici la fin de l'année un projet de loi sur la réforme de l'audiovisuel, pourrait être tenté de s'appuyer sur le rapport Alloncle pour légitimer certaines orientations. Cependant, la polémique autour des méthodes de travail de la commission risque de compliquer les négociations avec les partenaires sociaux et les syndicats du secteur.

Et maintenant ?

Pour l'heure, aucune date n'a été fixée pour l'examen de la proposition de loi déposée par Alloncle, qui pourrait être intégrée à l'ordre du jour parlementaire d'ici la fin de l'année 2026. Quant à l'association AC!! Anti-Corruption, elle pourrait saisir la Commission des requêtes de l'Assemblée nationale pour qu'une enquête administrative soit ouverte sur le déroulement de la commission. Enfin, le débat sur l'avenir de l'audiovisuel public devrait rester au cœur des discussions politiques, avec une attention particulière portée sur les prochains arbitrages gouvernementaux.

Reste à savoir si cette affaire, malgré son classement sans suite, laissera des traces dans la perception publique de l'indépendance des commissions parlementaires. Une question qui pourrait resurgir lors des prochaines élections, si les partis de l'opposition décident d'en faire un argument de campagne.

Le PNF a considéré que la qualification de « prise illégale d'intérêts » ne s'appliquait pas à une commission d'enquête parlementaire, et que les éléments concernant le « trafic d'influence » n'étaient pas suffisamment étayés pour justifier une enquête pénale. Les magistrats ont estimé que les échanges entre Alloncle et Lagardère News relevaient davantage de l'expression de positions politiques que d'une collusion répréhensible.