Selon BFM - Faits Divers, les parents d'Angela Legobien, dont le corps a été retrouvé au Portugal, ont appelé ce lundi 15 juin les autorités portugaises à extrader Cédric Prizzon, détenu dans le pays depuis fin mars. L'ancien policier français est accusé d'avoir commis un double féminicide sur sa compagne et une autre femme.

Ce qu'il faut retenir

  • Cédric Prizzon, 42 ans, est détenu au Portugal depuis le 24 mars 2026 après un contrôle routier dans la région de Guarda.
  • Il est accusé d'avoir tué Angela Legobien et Audrey Cavalié, deux Françaises, dont les corps ont été retrouvés enterrés dans le district de Bragança, au nord-est du Portugal.
  • Le tribunal portugais a refusé, début mai, d'exécuter le mandat d'arrêt européen émis par la France, estimant que les crimes présumés ont été commis « entièrement ou en partie sur le territoire national ».
  • Les parents des victimes dénoncent un manque de communication et une absence de prise en compte de leur détresse par les autorités portugaises et françaises.

Une demande d'extradition portée par les familles des victimes

Ce lundi 15 juin 2026, lors d'une conférence de presse organisée à Paris, Émilie Schipper et Jérôme Legobien-Cadillac, respectivement mère et père d'Angela Legobien, ont appelé publiquement le Portugal à extrader Cédric Prizzon. Depuis l'arrestation de l'accusé fin mars dans la région portugaise de Guarda, les familles des deux victimes expriment leur frustration face au refus portugais d'exécuter le mandat d'arrêt européen délivré par la France. « À l'heure actuelle, on a l'impression que tout le monde s'en fout, que ce soit la France ou le Portugal », a déclaré Émilie Schipper, soulignant la détresse des proches.

Le père d'Angela, Jérôme Legobien-Cadillac, a abondé dans le même sens en critiquant l'attitude des autorités portugaises : « Il y a une demande européenne, un mandat d'arrêt par la France, ils s’en foutent en fait. Ils font ce qu'ils veulent, le Portugal fait ce qu'il veut. Et nous, on en appelle à la justice française, à l'État français de nous aider. D’essayer de faire en sorte que ce meurtrier revienne ». Les deux parents réclament également une meilleure communication de la part des autorités portugaises, qu'ils accusent de les laisser dans l'ignorance des circonstances du décès de leur fille.

Les avocats pointent les lacunes de la procédure portugaise

Les avocats des parents d'Angela Legobien ont également pris la parole pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme une défaillance judiciaire. Me Cédric Galandrin, avocat du père de la victime, a qualifié de « très critiquable » le refus portugais d'extrader l'accusé, alors que Cédric Prizzon est français, que les deux victimes l'étaient également, et que l'accusé a accepté d'être jugé en France. « Le mis en cause est français, les deux victimes sont françaises, le mis en cause accepte d'être jugé en France, et la justice portugaise pour l'instant dit non », a-t-il résumé, ajoutant que la France se devait « d'assumer » ce double féminicide. Il a également pointé le « profil inquiétant » de l'accusé, évoquant ses liens présumés avec des réseaux masculinistes.

Me Elsa Cazor, avocate de la mère d'Angela, a indiqué avoir adressé un courrier au garde des Sceaux Gérald Darmanin « il y a déjà un peu plus d'un mois » sans obtenir de réponse. « Nous, ce qu'on demande, c'est du bon sens, cette affaire touche la France au premier plan. Il n'y a aucun lien avec le Portugal si ce n'est la destination arrêtée par le mis en cause, ce serait quelque part lui donner raison », a-t-elle déploré. Les familles craignent en effet que le procès, s'il se tient au Portugal, ne leur permette pas d'obtenir justice de manière satisfaisante.

Les craintes des proches quant à un éventuel procès au Portugal

Émilie Schipper et Jérôme Legobien-Cadillac ont exprimé leurs craintes quant à la tenue d'un procès au Portugal. La mère d'Angela, qui ne parle pas portugais, redoute de « passer à côté de plein de choses » en ne comprenant pas les procédures judiciaires. Son père, quant à lui, craint que le système judiciaire portugais ne bénéficie à l'ancien gendarme. « Au Portugal, il risque maximum 25 ans de prison, contre 25 à 30 incompressibles en France. S'il se fait juger au Portugal avec 25 ans, il peut demander de revenir en France et demander à bénéficier d'un aménagement de peine », a-t-il expliqué. « Nous, on a pris perpétuité, lui, il ne la prendra pas ». Il estime par ailleurs que ce refus d'extradition enverrait « un mauvais signal » à d'autres potentiels criminels.

Les parents des victimes dénoncent également le manque d'informations de leur part des autorités portugaises. Ils ont appris la découverte du corps d'Angela par voie de presse et n'ont pas pu identifier la dépouille. « On nous laisse dans le noir », a affirmé Jérôme Legobien-Cadillac, regrettant de n'obtenir que « des petites bribes de ce qu'il se dit au Portugal par la presse ». « On ne sait rien, c'est dur de ne pas savoir, on se fait des films, on cogite », a ajouté Émilie Schipper, soulignant l'angoisse générée par cette incertitude.

La lettre de Cédric Prizzon suscite l'indignation

Un élément supplémentaire a heurté les familles : une lettre écrite par Cédric Prizzon et reçue par la mère d'Angela le 12 mai 2026 sur son lieu de travail. Dans ce courrier, l'accusé demande pardon et explique son geste en déclarant : « c'était ta fille ou moi, et je n'avais pas le choix ». Émilie Schipper a réagi avec colère : « Il me demande pardon, il se victimise, c'est un monstre cet homme ». Me Elsa Cazor a qualifié ce courrier de « inédit », estimant que le procureur aurait dû l'écarter de la procédure. Me Cédric Galandrin a dénoncé une « défaillance » et une « cruauté ajoutée à la douleur ». Jérôme Legobien-Cadillac a résumé la situation en ces termes : « Cédric Prizzon a rajouté de la cruauté à la douleur ».

Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large, alors que la famille d'Audrey Cavalié, l'autre victime, avait également demandé début mai l'extradition de l'accusé. Les deux familles, soutenues par leurs avocats, réclament désormais une intervention plus forte de l'État français pour faire pression sur les autorités portugaises.

Et maintenant ?

Les familles des victimes ont annoncé qu'elles allaient poursuivre leurs démarches pour obtenir l'extradition de Cédric Prizzon. Une nouvelle étape pourrait intervenir dans les prochaines semaines, avec une possible relance des négociations entre la France et le Portugal. Les proches espèrent que l'État français interviendra plus activement, notamment auprès du garde des Sceaux Gérald Darmanin, à qui un courrier a déjà été adressé sans réponse. Quant à l'accusé, il reste détenu en attendant une éventuelle décision sur son transfert vers la France. La date de son procès au Portugal, s'il se tient sur place, n'a pas encore été fixée.

Les familles des victimes appellent désormais à une mobilisation plus large pour que justice soit rendue. « On n'aura pas de repos tant que ce meurtrier ne sera pas jugé en France », a déclaré Émilie Schipper, reflétant l'état d'esprit des proches, déterminés à ne pas laisser ce dossier s'éteindre sans réponse.

Selon le tribunal portugais, les crimes présumés auraient été commis « entièrement ou en partie sur le territoire national ». Cette interprétation juridique a conduit les autorités portugaises à bloquer l'extradition, malgré le mandat d'arrêt européen émis par la France.

Au Portugal, l'accusé risque un maximum de 25 ans de prison. En France, il encourt entre 25 et 30 ans de réclusion criminelle incompressible, selon les dispositions du code pénal.