La Cour de cassation examine ce jeudi 7 mai 2026 la demande de révision du procès de Dany Leprince, condamné en 1997 à la perpétuité pour le quadruple meurtre de son frère, de sa belle-sœur et de leurs deux filles, survenu en 1994 à Thorigné-sur-Dué, en Sarthe. Solène Leprince, aujourd’hui âgée de 33 ans et seule rescapée du drame, a pris la parole à l’audience pour soutenir la requête de son oncle, affirmant avoir été « instrumentalisée » par l’enquête alors qu’elle n’avait que deux ans. Selon BFM - Faits Divers, cette intervention marque une étape décisive dans un dossier qui continue de diviser les observateurs judiciaires, trente-deux ans après les faits.
Ce qu’il faut retenir
- Solène Leprince, seule survivante du massacre de Thorigné-sur-Dué en 1994, a témoigné ce 7 mai 2026 devant la Cour de cassation pour appuyer la demande de révision du procès de son oncle, Dany Leprince.
- Condamné en 1997 à la perpétuité pour le meurtre de son frère, de sa belle-sœur et de ses deux nièces, Dany Leprince a toujours clamé son innocence. Libéré en 2016, il a déposé une requête en révision de son procès.
- Le 5 septembre 1994, les corps de Christian Leprince, de son épouse Brigitte et de leurs filles Sandra (10 ans) et Audrey (6 ans) sont découverts dans leur domicile. Solène, alors âgée de 2 ans, est retrouvée indemne dans sa chambre.
- Dany Leprince avait initialement avoué le quadruple meurtre en garde à vue avant de se rétracter. Son ex-épouse et sa fille avaient également témoigné contre lui.
- Solène Leprince affirme n’avoir « aucun souvenir » de la nuit du crime et dénonce l’utilisation de ses déclarations enfantines, jugées peu fiables par plusieurs experts.
- La défense de Dany Leprince souligne l’absence d’éléments matériels et s’interroge sur la chronologie des faits, tandis que la requête de révision sera examinée jusqu’au 2 juillet 2026.
Un drame familial aux conséquences judiciaires toujours débattues
Le 5 septembre 1994, à Thorigné-sur-Dué, dans la Sarthe, les corps sans vie de Christian Leprince, 35 ans, de son épouse Brigitte, 33 ans, et de leurs deux filles aînées, Sandra (10 ans) et Audrey (6 ans), sont découverts dans leur maison. Seule survivante, Solène, alors âgée de 26 mois, est retrouvée saine et sauve dans sa chambre. L’enquête s’oriente rapidement vers Dany Leprince, frère de Christian et voisin direct du domicile familial, qui avait formulé des aveux partiels en garde à vue avant de les rétracter quelques jours plus tard.
Condamné en 1997 à la perpétuité pour ces meurtres, Dany Leprince a toujours contesté sa culpabilité. Libéré en 2016 après plus de vingt ans de détention, il a déposé une demande de révision de son procès, qui est examinée ce 7 mai 2026 par la Cour de cassation. La décision est attendue pour le 2 juillet 2026. Selon BFM - Faits Divers, cette audience marque un tournant dans une affaire qui a profondément marqué l’opinion publique et la justice française.
Solène Leprince dénonce une instrumentalisation lors de l’enquête
Devenue une femme de 33 ans, Solène Leprince s’est exprimée publiquement pour la première fois devant la Cour de cassation ce jeudi. « Je me présente aujourd’hui devant vous comme partie civile et victime de cette tragédie. Mais aussi victime des propos qu’on m’a prêtés et qui ont conduit à la condamnation d’un homme », a-t-elle déclaré. Elle ajoute : « Je refuse d’être un témoin-clé dans cette affaire. Je ne suis victime d’aucun traumatisme. Si j’avais été témoin d’une telle scène de violence, je ne serais pas là aujourd’hui. »
Solène Leprince affirme n’avoir « aucun souvenir » de la nuit du crime. Les seuls éléments qu’elle conserve sont ceux d’être « dans les bras d’un homme le lendemain du crime, entourée de gyrophares ». Son avocate, Me Meriem Khelladi-Reinaerts, souligne qu’à l’époque des investigations, plusieurs experts avaient examiné l’enfant sans déceler de troubles du développement, de stress post-traumatique ou de signes de maltraitance. Pourtant, une psychiatre lyonnaise avait estimé, à l’inverse, que ses déclarations concernant son oncle étaient « crédibles », une analyse qui avait été retenue par les enquêteurs.
Les zones d’ombre mises en avant par la défense et la famille
Lors de sa plaidoirie, Me Meriem Khelladi-Reinaerts a rappelé qu’il « n’est pas commun pour une victime de se dresser aux côtés d’un condamné pour demander l’annulation de sa condamnation ». Solène Leprince a expliqué s’engager dans cette démarche parce qu’elle estime que « toutes les zones d’ombre du dossier n’ont pas été levées » et que la culpabilité de son oncle n’est pas avérée. Elle souhaite notamment que le rôle de Martine Compain, ex-épouse de Dany Leprince, soit réexaminé.
Solène Leprince a posé plusieurs questions sur la faisabilité des faits reprochés à son oncle : « Comment un homme seul peut commettre quatre crimes dont deux sur des adultes ? Pourquoi n’y a-t-il pas eu de recherches au-delà de la cellule familiale ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’éléments matériels contre Dany Leprince ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’élément sur la chronologie des faits ? » Ces interrogations, portées par la famille depuis plus de trois décennies, restent sans réponse définitive.
« Ils sont malgré tout là avec nous, eux aussi attendent des éclaircissements sur cette histoire. Je suis déterminée à avoir des réponses à mes questions et à ce que la lumière soit faite sur cette tragédie. » — Solène Leprince
Un dossier marqué par des expertises contradictoires
Les investigations menées après le drame avaient retenu l’avis d’une psychiatre lyonnaise, qui estimait que les déclarations de Solène Leprince, alors âgée de 2 ans, étaient « crédibles » et pouvaient indiquer qu’elle avait assisté au meurtre de sa famille. Cet avis avait été privilégié par les enquêteurs, au détriment de rapports d’experts ultérieurs qui ne relevaient aucun trouble chez l’enfant. Me Meriem Khelladi-Reinaerts a précisé : « Les souvenirs qu’elle pourrait avoir se sont construits au fil de l’instruction et des échafaudages de sa nourrice, convaincue de la culpabilité de Dany. »
Solène Leprince a également évoqué un épisode marquant de son enfance, où sa nourrice lui aurait montré des photos de ses parents en lui expliquant que son oncle leur avait « fait du mal ». Un élément qui, selon elle, a contribué à orienter les soupçons vers Dany Leprince. « J’ai le sentiment qu’on a voulu me faire porter une responsabilité alors que je n’avais que 26 mois. On m’a instrumentalisée et ça n’a pas permis d’élargir les investigations à l’époque », a-t-elle souligné.
Pour Dany Leprince, cette étape judiciaire représente une ultime tentative pour faire reconnaître son innocence après plus de trente ans de combat. Pour Solène Leprince, il s’agit d’une quête de vérité pour elle-même, mais aussi pour ses parents et ses sœurs disparus, dont la mémoire continue de hanter les audiences.
La demande de révision a été déposée par Dany Leprince après sa libération en 2016. La Cour de cassation examine aujourd’hui cette requête, qui porte sur de nouvelles pièces et arguments pouvant remettre en cause sa condamnation de 1997. Selon la procédure, la Cour doit rendre sa décision d’ici le 2 juillet 2026.