Les avocats de Willy Bardon, condamné à 30 ans de réclusion pour le viol et le meurtre d’Élodie Kulik en 2002, ont déposé une requête auprès du procureur de la République d’Amiens afin d’obtenir de nouvelles expertises et investigations, selon BFM - Faits Divers. Cette démarche vise à relancer une procédure en révision, bien que la condamnation de leur client ait été confirmée en appel en 2021 et que son pourvoi en cassation ait été rejeté.

Le 5 mai 2026, Me Gabriel Duménil, Me Marc Bailly et Me Stéphane Daquo ont annoncé avoir saisi le procureur Jean-Philippe Vicentini pour demander que la voix enregistrée lors de l’appel d’urgence d’Élodie Kulik soit réanalysée à l’aide de nouvelles technologies, dont l’intelligence artificielle. « Les avancées technologiques ont changé la donne », ont-ils affirmé, ajoutant que leur client continue de clamer son innocence. Les défenseurs de Bardon soulignent également la présence d’ADN non identifiés sur les lieux du crime et demandent de nouvelles analyses, arguant que « l’évolution phénoménale des techniques scientifiques » pourrait permettre de le disculper définitivement.

Ce qu'il faut retenir

  • Condamnation initiale : Willy Bardon a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle en 2021 pour le viol en réunion, l’enlèvement et la séquestration suivie de mort d’Élodie Kulik.
  • Décès de Grégory Wiart : En 2012, une nouvelle analyse ADN avait permis d’identifier l’ADN de Grégory Wiart, décédé un an après les faits, sur la scène du crime.
  • Identification de Bardon : La voix masculine entendue sur l’enregistrement d’urgence d’Élodie Kulik a conduit à suspecter Willy Bardon, bien que ce dernier ait nié toute implication lors de son procès.
  • Acquittement partiel : Bardon a été acquitté du meurtre faute de preuves, mais condamné pour les autres chefs d’accusation. Il a tenté de se suicider en ingérant un pesticide lors de la lecture du verdict.
  • Rejet des recours : Son pourvoi en cassation et sa requête devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) ont été rejetés, rendant sa condamnation définitive.
  • Nouvelle demande : Ses avocats sollicitent désormais de nouvelles expertises ADN et vocales pour relancer une procédure en révision.

Les faits reprochés à Willy Bardon

Dans la nuit du 10 au 11 janvier 2002, Élodie Kulik, une banquière de 24 ans, conduisait sa voiture sur une route de la Somme lorsqu’elle a été projetée hors de son véhicule. Extraite de son automobile, elle a été transportée à cinq kilomètres de là, où elle a été violée, tuée puis calcinée sur un chemin de terre. Avant de mourir, elle a réussi à appeler les secours, laissant un enregistrement vocal de 26 secondes dans lequel une voix masculine est audible en arrière-plan.

Dix ans plus tard, en 2012, une réanalyse des traces ADN prélevées sur les lieux a permis d’identifier Grégory Wiart, dont l’ADN avait été retrouvé sur la scène de crime. Cependant, Wiart était décédé un an après les faits, en 2003, sans qu’aucun lien avec l’affaire ne soit établi. Les enquêteurs se sont alors penchés sur les proches de Wiart et ont identifié Willy Bardon comme un suspect potentiel, notamment en raison de la correspondance possible entre sa voix et celle entendue sur l’enregistrement.

Un procès marqué par la controverse et un verdict partiel

Willy Bardon a été renvoyé devant la cour d’assises de la Somme, où il a toujours nié être la personne présente sur l’enregistrement. Lors du procès, les débats ont été marqués par l’absence de preuves directes reliant Bardon au meurtre. Bien qu’acquitté de ce chef d’accusation, il a été reconnu coupable d’enlèvement et séquestration suivis de mort ainsi que de viol en réunion, ce qui lui a valu une condamnation à 30 ans de prison.

À l’annonce du verdict, Willy Bardon a tenté de mettre fin à ses jours en ingérant un pesticide en cachet dans le box des accusés. Condamnation confirmée en appel en 2021, puis rejet de son pourvoi en cassation et de sa requête à la CEDH, sa culpabilité est désormais jugée définitive. Pour ses avocats, cette nouvelle demande de révision s’appuie sur des « techniques scientifiques en constante évolution », permettant d’envisager une réévaluation des preuves, notamment vocales et génétiques.

Les arguments des avocats et les limites soulevées

Les défenseurs de Willy Bardon estiment que les avancées technologiques, notamment l’IA et les nouvelles méthodes d’analyse ADN, pourraient permettre de prouver que la voix enregistrée n’est pas celle de leur client. Ils rappellent également que des traces ADN non identifiées subsistent sur les lieux du crime et demandent leur réexamen. « Ce n’est pas sa voix sur cet enregistrement, ce n’est pas lui », a souligné Me Gabriel Duménil, ajoutant que « c’est possible de l’innocenter définitivement ».

Cependant, Me Didier Seban, avocat du père d’Élodie Kulik, a réagi à cette nouvelle demande en indiquant que Jacky Kulik était « fatigué par tout ça ». « Il faudrait le laisser tranquille maintenant », a-t-il déclaré. Me Seban a également rappelé que Willy Bardon avait été reconnu coupable par deux cours d’assises et que ses recours avaient échoué. « Sur le fond, je ne vois pas quelles techniques permettraient d’avoir de nouveaux éléments », a-t-il précisé, ajoutant que « Willy Bardon est coupable ».

Et maintenant ?

Le procureur de la République d’Amiens dispose de deux mois pour répondre à la requête déposée par les avocats de Willy Bardon. Si la demande est acceptée, de nouvelles expertises pourront être ordonnées, ouvrant potentiellement la voie à une procédure en révision. Cette étape pourrait entraîner un nouveau procès, mais aucune garantie n’est donnée quant à son issue. La famille d’Élodie Kulik, elle, reste attachée à la version des faits retenue par la justice.

Cette affaire, qui s’étend sur plus de deux décennies, illustre les enjeux liés à l’évolution des techniques judiciaires et scientifiques, ainsi que les tensions persistantes entre la recherche de la vérité et le respect des décisions judiciaires définitives.

Willy Bardon a été acquitté du meurtre faute de preuves directes. Il a été reconnu coupable d’enlèvement et séquestration suivis de mort, ainsi que de viol en réunion, mais pas du meurtre lui-même.

Les avocats de Bardon demandent une nouvelle analyse de la voix enregistrée sur l’appel d’urgence d’Élodie Kulik, ainsi qu’un réexamen des traces ADN non identifiées retrouvées sur les lieux du crime, en s’appuyant sur les progrès technologiques récents.