Les avocats de Willy Bardon, condamné à 30 ans de réclusion pour le meurtre, le viol et la séquestration d’Élodie Kulik en 2002 dans la Somme, ont annoncé mardi 5 mai 2026 lors d’une conférence de presse à Paris leur intention de demander la révision de son procès. Selon Franceinfo – Faits divers, Gabriel Duménil, Marc Bailly et Stéphane Dacquo, ses conseils juridiques, ont déposé la veille une requête auprès du procureur d’Amiens afin que soient réalisées de nouvelles expertises ADN et digitales sur les lieux des faits. Cette démarche s’inscrit dans le cadre des actes préalables nécessaires à une demande en révision, comme l’a confirmé un journaliste présent sur place.

Pour qu’une procédure de révision puisse être engagée devant la Cour de cassation, il est impératif de faire état d’éléments nouveaux susceptibles d’établir l’innocence du condamné. Dans le cas de Willy Bardon, reconnu coupable définitivement en appel en 2021, ses avocats misent sur les avancées technologiques récentes, notamment en matière d’identification génétique et d’intelligence artificielle. Ils réclament ainsi une réanalyse de l’appel vocal enregistré par les pompiers dans la nuit du 10 au 11 janvier 2002, ainsi que de nouvelles expertises sur les deux scènes de crime.

Ce qu'il faut retenir

  • 30 ans de réclusion : Willy Bardon a été condamné définitivement en appel en 2021 pour le meurtre, le viol et la séquestration d’Élodie Kulik.
  • Demande de révision : Ses avocats ont déposé une requête le 4 mai 2026 auprès du procureur d’Amiens pour de nouvelles expertises ADN et digitales.
  • Appel vocal de la victime : Les avocats souhaitent une nouvelle analyse de l’enregistrement réalisé par les pompiers dans la nuit du 10 au 11 janvier 2002.
  • Avancées scientifiques : Les nouvelles techniques d’analyse ADN et l’intelligence artificielle pourraient apporter des éclairages inédits.
  • Traces non exploitées : Certaines traces ADN, jugées non discriminantes à l’époque, pourraient désormais l’être grâce aux progrès scientifiques.
  • Grégory Wiart : L’autre suspect principal, dont l’ADN avait été retrouvé sur les lieux, est décédé peu après les faits en 2002.

Un appel vocal au cœur des débats

Dans la nuit du 10 au 11 janvier 2002, Elodie Kulik, 24 ans, a été enlevée après un accident non élucidé dans la Somme. Les pompiers avaient enregistré son appel au secours, un enregistrement sur lequel plusieurs témoins ont identifié la voix de Willy Bardon. Cependant, ses avocats contestent la fiabilité de ces reconnaissances, évoquant des biais cognitifs liés aux conditions de garde à vue des témoins à l’époque. « Imaginez : des personnes placées en garde à vue qui ne pensent qu’à une chose, être disculpées. On leur dit que Bardon est suspect, on leur fait entendre une bande son, et certains reconnaissent sa voix. Est-ce vraiment le niveau de preuve que l’on est prêt à accepter ? » a souligné l’un de ses conseils, Gabriel Duménil.

Les avocats de Willy Bardon réclament une analyse objective et scientifique de cet enregistrement, sans influence extérieure. « Il est possible de l’innocenter définitivement, de prouver qu’il ne s’agit pas de sa voix. Sans cela, tout s’écroule », a affirmé Marc Bailly lors de la conférence de presse. Ils estiment que l’utilisation de l’intelligence artificielle pour comparer les voix pourrait apporter une réponse définitive à cette question.

Les traces ADN et l’ombre de Grégory Wiart

Un autre volet de la demande de révision porte sur les traces ADN relevées sur les deux scènes de crime. À ce jour, aucune trace génétique de Willy Bardon n’a été retrouvée sur les lieux. En revanche, ses avocats rappellent que des traces ADN et digitales ont été attribuées à des proches de Grégory Wiart, l’autre suspect principal dans cette affaire. Wiart, dont l’ADN correspondait à des prélèvements effectués sur une botte retrouvée près du lieu de l’enlèvement, est décédé en 2002, quelques mois seulement après les faits.

Les conseils de Willy Bardon insistent sur le fait que certaines traces, jugées non exploitables à l’époque, pourraient l’être aujourd’hui grâce aux progrès de la science. « À l’époque, on a mis de côté les ADN mitochondriaux de proches de Grégory Wiart, car non suffisamment discriminants. Désormais, il est possible d’identifier des traces qui étaient auparavant totalement inexploitables », a expliqué Stéphane Dacquo. Parmi ces traces figure notamment un ADN mitochondrial présent dans une botte retrouvée sur la scène de crime.

Une procédure sous haute tension

La requête déposée par les avocats de Willy Bardon intervient près de 24 ans après les faits, dans une affaire qui a profondément marqué l’opinion publique. Elodie Kulik, 24 ans, avait été violée, séquestrée puis assassinée après son enlèvement. Son père, Jacky Kulik, avait régulièrement dénoncé les lacunes de l’enquête et maintenu sa conviction quant à l’innocence de Willy Bardon, malgré sa condamnation.

Les avocats de Willy Bardon ont conclu leur intervention par une demande solennelle au procureur d’Amiens : « Donnez-lui enfin les moyens de prouver qu’il est innocent. Monsieur le procureur de la République d’Amiens, nous vous le demandons solennellement : rouvrez le dossier Willy Bardon. » Cette procédure pourrait, si elle aboutit, bouleverser un dossier judiciaire déjà lourd de zones d’ombre et de controverses.

Et maintenant ?

Le procureur d’Amiens dispose désormais d’un délai pour répondre à la requête déposée par les avocats de Willy Bardon. Si la demande est acceptée, de nouvelles expertises ADN et digitales seront réalisées, suivies d’une évaluation par la justice afin de déterminer si les éléments nouveaux justifient une révision du procès. Cette étape pourrait prendre plusieurs mois, voire plus d’un an, en fonction de la complexité des analyses et des recours éventuels. Une audience devant la Cour de cassation n’interviendrait qu’en cas de validation des nouveaux éléments par les magistrats.

Quoi qu’il en soit, cette demande de révision relance un débat vieux de plus de deux décennies sur la fiabilité des preuves et l’évolution des techniques scientifiques. Elle interroge également sur les limites de l’aveu et de la reconnaissance vocale dans les affaires criminelles, alors que les avancées technologiques pourraient offrir de nouvelles perspectives.

Ses avocats contestent la fiabilité des reconnaissances vocales réalisées à l’époque, évoquant des biais cognitifs liés aux conditions de garde à vue des témoins. Ils estiment qu’une analyse objective, utilisant l’intelligence artificielle, pourrait démontrer que la voix enregistrée n’est pas celle de leur client.

Les avocats de Willy Bardon visent notamment des ADN mitochondriaux de proches de Grégory Wiart, retrouvés sur une botte près du lieu de l’enlèvement. Ces traces, jugées non discriminantes en 2002, pourraient désormais l’être grâce aux progrès de la science.