Lors de son passage ce dimanche 14 juin sur le plateau de BFMTV, la militante et réalisatrice Andréa Bescond a vivement critiqué le budget alloué par le gouvernement à la lutte contre les violences sexuelles sur mineurs, qualifiant le projet de loi en discussion de « dérisoire » et dénonçant un « abandon » des services publics. Selon elle, les moyens financiers proposés — 12 millions d’euros — sont totalement insuffisants pour répondre à l’ampleur des enjeux.

Andréa Bescond, également connue pour son engagement contre la pédocriminalité et auteure du film Les Chatouilles, a réitéré son opposition au projet de loi porté par le ministre de la Justice Gérald Darmanin. Elle a rappelé que cette enveloppe de 12 millions d’euros ne permettrait pas de financer les mesures structurelles nécessaires, comme la prévention ou la détection précoce des violences. « On ne peut pas voter des lois sans budget en ce qui concerne la protection de l’enfance », a-t-elle déclaré, soulignant que « quand on propose une loi à 12 millions d’euros, on sait que ce sera totalement insuffisant et que, dans deux mois, il y aura d’autres Lyhanna, comme cela a été le cas avant elle ».

Ce qu'il faut retenir

  • Andréa Bescond, militante et réalisatrice, dénonce un budget de 12 millions d’euros jugé « dérisoire » pour lutter contre les violences sexuelles sur mineurs, selon BFMTV.
  • Elle réclame l’adoption d’une « loi intégrale » portée par une coalition de 150 associations, nécessitant un financement de 2,5 milliards d’euros.
  • La loi proposée par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez et soutenue par une partie de la gauche prévoit notamment l’audition systématique des victimes « sans délai ».
  • Bescond critique l’absence de mesures concrètes en matière de prévention et de détection, qualifiant le projet gouvernemental de « choses dites sous le coup de l’émotion ».
  • L’avocate Nathalie Bucquet, de l’association Innocence en Danger, demande l’application du protocole NICHD pour mieux recueillir la parole des enfants victimes.

Une loi jugée insuffisante face à l’urgence

Depuis plusieurs jours, Andréa Bescond martèle que « Lyhanna est l’injustice de trop », évoquant le meurtre de la fillette de neuf ans dans le Gers en 2025. Dans son intervention sur BFMTV, elle a insisté sur le manque criant de moyens alloués aux institutions judiciaires et policières, « qui croulent sous les dossiers » et sont contraints de hiérarchiser les enquêtes faute de temps et de ressources. « La situation est trop grave », a-t-elle estimé, rappelant que les solutions existent, mais qu’elles nécessitent un financement à la hauteur des enjeux.

Le projet de loi gouvernemental, présenté comme une réponse à l’affaire Lyhanna, se limite selon elle à des mesures symboliques sans impact réel. « Il n’y a rien sur la prévention, rien sur la détection. Ce ne sont que des choses qui ne coûtent pas cher et qui sont dites sous le coup de l’émotion », a-t-elle dénoncé. Pour Bescond, l’adoption d’une loi intégrale, incluant un cadre préventif renforcé et des procédures accélérées pour les victimes, est indispensable pour éviter que de nouvelles tragédies ne surviennent.

Une coalition d’associations réclame 2,5 milliards d’euros

Andréa Bescond et la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez, porteuse du texte alternatif, proposent une refonte complète de la lutte contre la pédocriminalité. Leur projet, soutenu par une centaine d’associations, prévoit notamment un renforcement des moyens dédiés à la protection de l’enfance, avec un budget estimé à 2,5 milliards d’euros. Parmi les mesures phares : la systématisation des auditions des victimes « sans délai », la formation des professionnels et la mise en place de dispositifs de détection précoce.

Ce texte s’inscrit dans la continuité des revendications portées depuis l’affaire d’Outreau, où la parole des enfants avait été largement remise en cause. Nathalie Bucquet, avocate au sein de l’association Innocence en Danger, a rappelé sur BFMTV l’importance de recueillir la parole des mineurs selon le protocole NICHD. Ce dernier impose des questions ouvertes pour éviter les biais et garantir la fiabilité des témoignages. « Le recueil de la parole de l’enfant est l’élément déterminant de ces enquêtes », a-t-elle souligné, rappelant que la majorité des agressions surviennent en milieux fermés.

Un débat sur la crédibilité des institutions

Les critiques d’Andréa Bescond et de Nathalie Bucquet s’inscrivent dans un contexte de défiance croissante envers les institutions judiciaires et policières. Le directeur général de la gendarmerie nationale a récemment reconnu un « échec » de l’institution dans l’affaire Lyhanna, tandis que des élus de tous bords proposent des mesures controversées, comme la castration chimique obligatoire pour les pédocriminels, défendue par le sénateur Bruno Retailleau (LR). À l’inverse, la gauche et les associations privilégient des solutions structurelles, fondées sur la prévention et l’accompagnement des victimes.

La question du financement des politiques publiques de protection de l’enfance divise également. Alors que le gouvernement mise sur des enveloppes limitées à 12 millions d’euros, ses détracteurs estiment que ces montants sont dérisoires au regard des besoins. « Aujourd’hui, on ne peut pas voter des lois sans budget en ce qui concerne la protection de l’enfance », a rappelé Bescond, pointant du doigt l’absence de vision à long terme des pouvoirs publics.

Et maintenant ?

Le débat parlementaire sur le projet de loi relatif à la protection de l’enfance devrait s’intensifier dans les prochaines semaines. Une commission mixte paritaire pourrait être convoquée d’ici la fin du mois de juin pour tenter de concilier les positions divergentes. Dans l’intervalle, les associations et les familles de victimes, comme celles de Lyhanna, maintiennent la pression pour obtenir des avancées concrètes, notamment sur le volet préventif et la prise en charge des mineurs victimes.

Reste à voir si le gouvernement acceptera de revoir à la hausse le budget alloué, ou si les parlementaires parviendront à intégrer des mesures phares du texte alternatif, comme l’audition systématique des victimes ou la généralisation du protocole NICHD. Une chose est sûre : l’affaire Lyhanna a révélé les failles d’un système sous tension, et les prochains mois seront déterminants pour enrayer la mécanique des violences sexuelles sur mineurs.

Le protocole NICHD (National Institute of Child Health and Human Development) est une méthode d’interrogatoire conçue pour recueillir la parole des enfants victimes d’agressions sexuelles. Elle repose sur l’utilisation de questions ouvertes et non suggestives, afin d’éviter les biais et de garantir la fiabilité des témoignages. Ce protocole est recommandé par de nombreux experts et associations, dont Innocence en Danger, pour améliorer la prise en charge des mineurs dans les enquêtes judiciaires.