Selon Franceinfo – Faits divers, la mort de la petite Lyhanna a mis en lumière les lacunes persistantes des institutions dans la protection des enfants victimes de violences sexuelles. Invitée ce 16 juin 2026 sur le plateau du « 11h/13h » de franceinfo, Camille Kouchner, maîtresse de conférences en droit privé à l’Université Paris-Cité, a souligné que l’expression « celui de trop » n’était qu’un leurre face à l’ampleur systémique du phénomène.

Ce qu'il faut retenir

  • 160 000 enfants sont victimes chaque année en France de violences sexuelles ou d’inceste, selon les chiffres de la Ciivise.
  • Un enfant est agressé sexuellement toutes les trois minutes, et trois enfants par classe sont concernés.
  • Seulement 3 % des agresseurs sont condamnés pour violences sexuelles, et 1 % en cas d’inceste.
  • Le rapport de la Ciivise, remis le 15 juin 2026, révèle que 28 % seulement des 82 préconisations de 2023 ont été appliquées.
  • Les associations féministes et enfantistes réclament une loi intégrale pour renforcer le cadre légal.

Pour Camille Kouchner, il ne s’agit pas d’un simple « dysfonctionnement » mais bien d’un système défaillant. « Celui de trop, ça ne veut rien dire. Celui d’avant était de trop aussi », a-t-elle lancé lors de l’entretien. L’écrivaine, auteure de « La Familia Grande » où elle évoque l’inceste dans sa propre famille, insiste sur la nécessité de transformer la prise de conscience sociétale en actions concrètes. « Il s’agit plus d’un système que d’un dysfonctionnement », a-t-elle précisé, ajoutant que les institutions doivent désormais « entendre » les victimes et appliquer les recommandations existantes.

Un système à bout de souffle face à l’ampleur des violences

Les chiffres avancés par Camille Kouchner, issus du rapport de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), sont accablants. Chaque année, 10 % des enfants en France subissent des violences sexuelles, un phénomène dont l’ampleur est désormais documentée mais dont la réponse institutionnelle reste insuffisante. Les sanctions encourues par les agresseurs sont particulièrement faibles : 3 % de condamnations seulement en matière de violences sexuelles, un chiffre qui chute à 1 % en cas d’inceste. Par ailleurs, dans plus de six affaires sur dix, les classements sans suite sont prononcés, et une fois sur deux, l’enfant n’est pas cru. Ces statistiques, rappelées par l’écrivaine, illustrent l’urgence d’une refonte du système judiciaire et social.

Le rapport de la Ciivise, rendu public le 15 juin 2026, dresse un constat sans appel. Sur les 82 préconisations transmises au gouvernement en 2023, seules 28 % ont été mises en œuvre. Parmi les mesures non appliquées figurent des propositions clés en matière de prévention, de formation des professionnels ou encore de prise en charge psychologique des victimes. « Il faut une réelle volonté politique pour transformer l’essai », a martelé Camille Kouchner, soulignant que la société avait désormais conscience du problème mais devait passer à l’action.

Les associations réclament une loi intégrale pour briser le cycle des violences

Face à l’échec répété des dispositifs actuels, les associations féministes et œuvrant pour la protection de l’enfance multiplient les appels à une loi intégrale. Ce texte, dont les contours restent à préciser, devrait englober des mesures couvrant tous les aspects du phénomène : prévention en milieu scolaire, formation des professionnels (enseignants, médecins, magistrats), simplification des procédures judiciaires et renforcement des sanctions. L’objectif ? Créer un cadre où les violences sexuelles sur mineurs ne seraient plus tolérées, où les victimes seraient systématiquement écoutées et protégées, et où les agresseurs ne pourraient plus impunément échapper à la justice.

Camille Kouchner a rappelé que cette loi devait s’accompagner d’une approche globale, combinant répression, éducation et réparation. « On ne peut plus se contenter de demi-mesures », a-t-elle insisté, évoquant la nécessité de former les acteurs de terrain à la détection des signes de maltraitance et à l’accompagnement des victimes. Pour elle, la clé réside dans la volonté politique de briser ce qui relève moins d’une faille ponctuelle que d’une structure même de l’impunité.

Et maintenant ?

La publication du rapport de la Ciivise le 15 juin 2026 pourrait accélérer le débat parlementaire. Les associations attendent désormais une réponse gouvernementale claire, tandis que le calendrier législatif s’annonce chargé d’ici la fin de l’année. Une proposition de loi intégrale pourrait être déposée à l’automne, mais son adoption dépendra des arbitrages politiques et de la capacité des pouvoirs publics à traduire les préconisations en actes concrets. Autant dire que les prochains mois seront déterminants pour savoir si la société française est enfin prête à tourner la page des violences sexuelles sur mineurs.

Cette affaire, comme d’autres avant elle, pose une question fondamentale : jusqu’où les institutions sont-elles prêtes à aller pour protéger les plus vulnérables ? Les prochaines semaines pourraient apporter des éléments de réponse, mais le doute persiste. Une chose est sûre : le statu quo n’est plus acceptable.

La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) est un organisme créé en 2021 pour évaluer l’ampleur du phénomène en France, formuler des recommandations et suivre leur mise en œuvre. Elle publie régulièrement des rapports et des données chiffrées, comme celui rendu public le 15 juin 2026, qui dresse un bilan des préconisations de 2023.