Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés ce week-end devant le ministère de la Justice à Paris pour dénoncer les dysfonctionnements ayant conduit à la mort de Lyhanna, 14 ans, une adolescente placée sous la protection de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et victime de violences répétées. Selon BFM - Faits Divers, cette affaire a relancé le débat sur l’efficacité des dispositifs de protection et les moyens alloués à la justice pour prévenir de telles tragédies.
Ce qu'il faut retenir
- Une adolescente de 14 ans, Lyhanna, est décédée en mai 2026 après avoir subi des violences au sein de sa famille d’accueil.
- Son signalement, établi en 2025, n’a pas permis d’éviter son placement auprès d’un homme condamné pour violences conjugales, Jérôme Barella.
- Des milliers de manifestants ont défilé devant le ministère de la Justice pour exiger des mesures concrètes.
- L’actrice Sara Forestier, figure médiatique engagée sur la protection de l’enfance, a interpellé le gouvernement sur les manques de moyens alloués aux services sociaux et judiciaires.
- Le secrétaire général de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles (Ciivise) évoque un « électrochoc » nécessaire pour faire évoluer les pratiques.
Un signalement ignoré et des dysfonctionnements systémiques
Lyhanna, 14 ans, avait été placée sous la tutelle de l’ASE après des signalements répétés pour violences familiales. Pourtant, comme le rapporte BFM - Faits Divers, le document établi en 2025, détaillant les risques encourus, n’a pas suffi à empêcher son placement chez Jérôme Barella, déjà condamné pour violences conjugales. Ce dernier a été mis en examen pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».
L’examen de ce signalement révèle des lacunes dans la chaîne de protection : absence de transmission rapide aux services judiciaires, sous-évaluation des risques, ou encore manque de coordination entre les acteurs. Autant de failles qui, selon les associations, expliquent l’échec à protéger Lyhanna malgré les alertes.
Des milliers de manifestants pour une justice plus protectrice
Ce dimanche 14 juin 2026, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées devant le ministère de la Justice, brandissant des pancartes aux slogans « Justice pour Lyhanna » et « Protégez les enfants, pas les bourreaux ». La mobilisation, relayée sur les réseaux sociaux sous le hashtag #JusticePourLyhanna, a rassemblé des familles de victimes, des associations comme la Ciivise ou le Collectif féministe contre le viol, ainsi que des élus locaux.
Parmi les manifestants, Éric Mouzin, père d’Estelle Mouzin, disparue en 2003, a déclaré : « On a l’impression de revivre ce qui nous est arrivé. Ne pas donner à la justice les moyens de fonctionner, c’est ouvrir la porte à une remise en question de l’État de droit. » Une déclaration qui illustre le sentiment d’impuissance partagé par de nombreuses familles de victimes.
Sara Forestier : « La question des moyens, on ne pourra pas l’éviter »
L’actrice Sara Forestier, engagée depuis des années sur les questions de protection de l’enfance, a réagi avec fermeté lors d’une intervention télévisée. « On a besoin que Sébastien Lecornu se positionne réellement pour mettre la loi intégrale à l’ordre du jour », a-t-elle affirmé, en référence au ministre de la Justice. Pour elle, la mort de Lyhanna est le symbole d’un système à bout de souffle, incapable de protéger les enfants les plus vulnérables.
« La question des moyens, on ne pourra pas l’éviter », a-t-elle ajouté, soulignant l’urgence d’investir dans les services sociaux et judiciaires. Sara Forestier a rappelé que, selon les associations, près de 1 500 enfants placés chaque année en France décèdent dans des conditions similaires, souvent après des signalements ignorés ou mal traités.
L’affaire Lyhanna, un « électrochoc » pour la Ciivise
Le secrétaire général de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles (Ciivise), Édouard Durand, a qualifié cette affaire de « rôle d’électrochoc ». Dans un entretien à BFM - Faits Divers, il a rappelé que les travaux de la commission, menée par la psychologue Emmanuelle Piet, avaient déjà mis en lumière des dysfonctionnements structurels dans la prise en charge des mineurs en danger.
« Chaque fois qu’un enfant meurt dans des circonstances évitables, c’est un échec collectif », a-t-il déclaré. La Ciivise préconise notamment la création d’un fichier national des signalements, ainsi qu’un renforcement des effectifs dans les services de l’ASE et de la justice. Ces propositions, déjà formulées dans un rapport remis en 2024, pourraient être intégrées dans un projet de loi attendu d’ici la fin de l’année.
Cette affaire rappelle que la protection de l’enfance en France reste un chantier inachevé, malgré les alertes répétées. Entre sous-financement chronique et manque de coordination, le système peine à jouer son rôle. Lyhanna n’est pas un cas isolé, mais un symbole des failles qui minent depuis des années la protection de l’enfance en France.
Plusieurs pistes sont évoquées : la création d’un fichier national des signalements pour éviter les oublis, le recrutement de 5 000 éducateurs supplémentaires d’ici 2027, et l’obligation de transmission systématique des signalements aux juges des enfants sous 48 heures. La Ciivise propose aussi la mise en place d’un numéro unique d’urgence pour les mineurs en danger.